Synonymes: un film qui nous laisse à court de synonymes (subjuguant, fascinant, époustouflant…) Synonymes: un film qui nous laisse à court de synonymes (subjuguant, fascinant, époustouflant…)

Cinéma

"Synonymes" : un film qui nous laisse à court de synonymes (subjuguant, fascinant…) par Erick Grisel

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Publié le Vendredi 22 Mars 2019

Adjugé, vendu ! "Synonymes", du franco-israélien Nadav Lapid est la pépite ciné du printemps. L’histoire d’un jeune israélien qui s’éprend (momentanément) de la France, de la langue française et d’un jeune couple de Français. Le film a obtenu un Ours d’Or amplement mérité au Festival du film de Berlin.

Yoav parle comme dans un livre. Normal, il apprend le français dans le dictionnaire Larousse. Et s'il donne un souffle épique à chacune de ses phrases, c’est parce que ses parents, en Israël, lui racontaient les histoires d’Hector, prince de Troie, quand il était petit. Mais désormais, Yoav (Tom Mercier, magnétique), tout juste arrivé à Paris, ne veut plus voir ses parents, comme il ne veut plus revoir Israël, ni parler un mot d’hébreu. Que lui est-il donc arrivé pour qu’il rejette en bloc sa vie d’avant ? Pas de flashbacks chocs pour nous mettre sur la voie. Seulement quelques images d’entraînement dans le désert, avec en fond sonore une chanson de Pink Martini pour rythmer les rafales de mitraillettes. Et surtout les mots, les histoires du passé, que Yoav ne cesse de raconter à ses deux premiers amis parisiens. Un jeune couple (Quentin Dolmaire et Louise Chevillotte, parfaits) qui le découvre nu et frigorifié dans l’appartement au-dessous du leur (on lui a volé toutes ses affaires alors qu’il prenait son bain). Émile puis Caroline vont alors littéralement le réchauffer…

Il y a des scènes incroyables, parfois d’une grande sensualité, parfois terriblement crues, dans Synonymes, couronné d’un Ours d’Or au dernier festival du film de Berlin. Des scènes d’une grande maîtrise que le montage au cordeau de la mère du réalisateur à qui son fils dédie son film, rend totalement imprévisibles. On est transporté et parfois tétanisé, comme lorsqu’un ami de Yoav, coiffé d’une kippa, hurle des chants hébreux sous le nez des voyageurs dans le métro parisien. Mais le film n’est pas exempt d’humour : il faut voir Yoav réclamer d’un ton désinvolte des cacahuètes avec sa bière dans un bar pour comprendre que son processus d’intégration dans la capitale est en cours. Et lorsqu’il s’attèle à sa séance d’abdos, ce sont ses pieds en l’air, incongrus, qui apparaissent seulement à l’écran. Synonymes est un film qui déborde du cadre de la caméra. Quand Nadav Lapid filme le pavé ou un bout de trottoir, c’est tout Paris qu’il nous fait voir. Un Paris de carte postale qui se transforme insidieusement en cauchemar. Car c’est au moment où le jeune homme semble définitivement conquis par la beauté de la France et celle de ses deux amis, que patatras… ! Yoav a eu beau fuir la violence de la guerre, il ne peut lui échapper. Elle est en lui.

Synonymes, de Nadav Lapid, sortie le 27 mars.

Erick Grisel

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