"Si Beale Street pouvait parler" : une caresse dans la nuit noire "Si Beale Street pouvait parler" : une caresse dans la nuit noire

Cinéma

"Si Beale Street pouvait parler" : une caresse dans la nuit noire par Olivier De Bruyn

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Publié le Mardi 29 Janvier 2019

Barry Jenkins, le cinéaste oscarisé de "Moonlight", met en scène une histoire d’amour fou dans le Harlem des années 1970, gangréné par le racisme. Résultat : un mélodrame ultra singulier et émouvant.

Ce n’est pas un hasard : à l’heure sinistre où Donald Trump squatte la Maison Blanche, le racisme n’en finit pas d’occuper les esprits des cinéastes américains ambitieux. La semaine dernière, Peter Farrelly déboulait sur les écrans avec Green Book, l’histoire (vraie) d’un pianiste noir qui entamait une tournée dans les états ségrégationnistes obtus de l’Amérique profonde. Cette semaine, c’est au tour de Barry Jenkins (Oscar du meilleur film en 2017 avec le troublant Moonlight, le portrait d’un jeune black gay de Miami), de hanter les salles de cinéma avec Si Beale Street pouvait parler, un film qui regarde dans le blanc des yeux l’abjection raciste.

Années 1970, Harlem. Tish et Fonny, à peine 20 ans, oublient la misère de leur quartier new yorkais all black en s’aimant éperdument et en rêvant d’un avenir radieux. Mais bientôt la réalité, cette chienne galeuse, se rappelle à leur pire souvenir. Victime d’une obscure machination policière et judiciaire, Tish, le garçon, est accusé à tort du viol d’une jeune femme portoricaine et est envoyé en prison. Désespérée et enceinte, Fonny met tout en œuvre pour que l’homme qu’elle aime puisse sortir de taule et reprendre le cours de son existence prématurément saccagée.

Oubliez les fictions démonstratives qui, en évoquant de "gros" sujets, délaissent leurs personnages en chemin. Dans Si Beale Street pouvait parler, une adaptation d’un bouquin de James Baldwin, Barry Jenkins ne se contente pas de mettre en scène une glaçante histoire de racisme. Aussi politique qu’intimiste, le cinéaste, avec son sens inouï de l’esthétique, donne aussi à voir (et le spectacle est somptueux) l’amour fou qui unit ses deux personnages et leur combat de chaque instant pour ne pas céder à la désespérance.

Aux antipodes du pamphlet en forme de coup de poing, le cinéaste signe un film tout en délicatesse et suggestions, qui ne se lasse pas de mettre en scène les sentiments ardents des deux amants martyrisés par le sort. Envoûtant et poétique (sans niaiserie), Si Beale Street pouvait parler, remarquablement interprété par les outsiders Kiki Layne et Stephan James, avance tel un mélo étrangement apaisé et honore le combat éternel de la passion contre la connerie et l’injustice. Un film bouleversant sur deux amoureux qu’on aime aimer.

En salle le 30 janvier 2019.

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