Michel Piccoli :  let si le cinéma français, c’était lui  ? Michel Piccoli :  let si le cinéma français, c’était lui  ?

Cinéma

Michel Piccoli : et si le cinéma français, c’était lui ? par Erick Grisel

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Publié le Mardi 19 Mai 2020

94 ans d’existence, c’est presque un siècle de cinéma ! Peu tapageur, l’acteur laissera pourtant une empreinte indélébile dans le septième art. Le comédien Renaud Danner nous a raconté son expérience enchantée avec lui sur le tournage de "Milou en Mai".

La dernière fois qu’on avait vu Michel Piccoli "pour de vrai" c’était il y a trois ans dans le petit bar attenant au Théâtre des Bouffes du Nord à Paris. À la sortie d’une pièce de Peter Brook, il buvait un verre, tranquillement, avec l’écrivain Jean-Claude Carrière. On l’avait reconnu de dos, une question de prestance sans doute. Très grand, légèrement voûté mais avec de larges épaules. Piccoli était un homme d’épaules. Soutenant ses partenaires féminines sans craindre de se faire voler la vedette. Romy Schneider, Brigitte Bardot, Catherine Deneuve, Anouck Aimée, Emmanuelle Béart… ils les a toutes serrées dans ses bras. On le sentait protecteur. Viril mais ultra sensible. Lui-même était une star, sans être ostentatoire. Plus occupé à bosser ses rôles qu’à faire parler de lui dans les journaux.  Nommé cinq fois aux Césars, il ne décrocha jamais la récompense. On soupçonne qu’il s’en fichait un peu, qu’il considérait que travailler était une récompense en soi, et que le vrai métier de comédien s’exerçait sur une scène. L’acteur Renaud Danner qui avait fait ses débuts au cinéma à ses côtés dans le film Milou en Mai de Louis Malle nous l’a confirmé au téléphone "Il était plus intéressé par les artisans du théâtre que par les paillettes du cinéma. Il me disait "Surtout ne lâche pas le théâtre !", me donnait des conseils tels que "Pour rire ou pleurer, tout se passe au niveau du ventre." Ou "Ne regarde pas les rushs. Cela ne sert à rien."

Le réalisateur Louis Malle voulant récréer sur le plateau une ambiance familiale, il avait demandé à Renaud qui n’était pourtant pas de toutes les scènes, de rester pendant les deux mois de tournage "Au début, Michel était sur la réserve, puis, comme je lui posais des questions sur son métier, un jour il m’a dit : 'Ça te dirait de venir dîner avec nous ?'" Il y avait ce soir-là sa femme et Dominique Blanc. "C’était quelqu’un de très attentif aux autres. Il avait un charme solaire. Mais il pouvait avoir ses animosités. ll ne pouvait pas sacquer Yves Montand par exemple. Et je me souviens qu’un jour, ça m’avait fait rire, le producteur Toscan du Plantier était venu sur le plateau avec Isabelle Huppert. Il n’avait pas du tout envie de lui parler. Et lui avait à peine serré la main". Au cinéma, même lorsqu’il incarnait un personnage désagréable, l’acteur ne pouvait s’empêcher d’y insuffler un grain d’humanité. Lâche, le scénariste du Mépris de Jean-Luc Godard mais devant ses vains efforts à reconquérir Brigitte Bardot, on ne pouvait qu'éprouver pour lui de la compassion. Lubrique, le bourgeois sussurant "11 cité jean de Saumur" aux oreilles de Catherine Deneuve, effarouchée, dans Belle de jour de Luis Bunuel. Oui, mais si séduisant. C’est par un rôle de pape que Michel Piccoli a clos sa riche carrière au cinéma. Dans Habemus Papam de Nani Moretti (2011), il incarnait un homme sage qui avait des doutes. Tout lui, en somme.

Erick Grisel

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