Cinéma

"Mes Provinciales" : un film sur des étudiants délicieusement arrogants par Erick Grisel

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Publié le Mercredi 18 Avril 2018

Du noir et blanc, de longs dialogues et des citations de grands auteurs : ce sont les ingrédients du parfait film pénible, non ? Surprise ! “Mes Provinciales“ est une fresque attachante et émouvante sur une jeunesse passionnée (par ses études de cinéma, ses amours, ses amitiés…)

Crédit : ARP

Le cinéma, c’est si important que ça ? Pour Etienne et ses amis, c’est toute leur vie. Etudiants dans une fac de cinéma à Paris, ils peuvent palabrer pendant des heures sur un film italien, s’étriper au beau milieu d’un cours au sujet de leurs courts-métrages respectifs. Ils citent Drieu La Rochelle et écoutent Bach et Mahler. Ils vous énervent d’avance, ces jeunes parigots arty ? On vous le promet : vous ne les trouverez arrogants que pendant les quinze premières minutes du film. Ensuite vous les adorerez, chacun avec ses failles et ses amours contrariées (Jean-Noël aime Etienne qui aime Annabelle qui aime Mathias…)

Quant au côté “parisien“, on repassera. Car ils viennent tous de province, de Lyon, Poitiers ou Bordeaux, fraîchement débarqués dans la capitale avec toutes leurs illusions. Et comme chacun sait : rien n’est plus cinégénique que les désillusions de la jeunesse, surtout si cette dernière a les traits de jeunes comédiens charismatiques. La talentueuse Sophie Verbeeck a le physique d’une Marie Laforêt période Plein Soleil. Révélé par André Téchiné, Corentin Fila est parfait en bourreau des cœurs à l’apparente assurance. Jenna Thiam est superbement solaire. Diane Rouxel joue les plaintives avec panache. Dans le rôle d’Etienne, Andranic Manet, beau ou pataud selon les plans, dégage une mollesse touchante. Et en copain gay aussi loyal que radical, Gonzague Van Bervesselès est toujours juste même quand il ne dit rien, comme dans cette scène mémorable où Etienne loue ses qualités de “second couteau“. Le réalisateur Jean Paul Civeyrac démontre alors qu’il accorde autant d’importance aux silences qu’aux dialogues. La petite musique qu'il distille tout au long de son film, entre marivaudage et philosophie Pascalienne, n’exclut pas les grands moments d’émotion: un baiser donné au mauvais moment, une déclaration posthume d’amitié. Dans Mes Provinciales, les portables sont présents mais pas trop. Et les scènes de boîtes de nuit, inhérentes à tout film sur les “jeunes“, nous sont épargnées. Privé de couleurs, le Paris de Civeyrac, avec ses bars et ses bords de Seine se teinte de mélancolie. Et les quais fermés par la mairie de Paris s’inscrivent pour la première fois en beauté dans l’histoire du cinéma.

Mes Provinciales, de Jean Paul Civeyrac, sortie le 18 avril


 

Erick Grisel

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