"Les chatouilles" : un film qui gratte, plutôt, mais ça fait du bien ! "Les chatouilles" : un film qui gratte, plutôt, mais ça fait du bien !

Cinéma

"Les chatouilles" : un film qui gratte, plutôt, mais ça fait du bien ! par Olivier De Bruyn

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Publié le Mardi 13 Novembre 2018

La comédienne Andréa Bescond, en collaboration avec Eric Métayer, signe l’un des films les plus surprenants et émouvants de l’année, où elle raconte les abus sexuels subis dans son enfance et son long chemin pour se réinventer grâce à la danse. Une merveille.

Il ne faut pas se fier au titre qui semble promettre une comédie légère, acidulée et gentiment régressive… Dans Les chatouilles, Andréa Bescond raconte sa propre histoire. Une histoire sale. Celle d’une petite fille, rebaptisée Odette dans le film, qui, durant son enfance, fut victime d’actes pédophiles de la part d’un ami de sa famille, un type manipulateur et pervers qui, au prétexte de "parties de chatouilles", imposait à la gamine des caresses et rapports sexuels tout en lui faisant croire que de ces "pratiques" étaient normales.

Avec un tel sujet, on redoutait de devoir endurer une autofiction éprouvante, balisée par des scènes chocs et des surenchères en tout genre. On avait tort. Dans ce film dont elle cosigne la réalisation (avec Eric Métayer) et où elle incarne génialement le rôle principal, Andréa Bescond fuit comme la peste la complaisance et signe une œuvre sidérante d’invention qui bouleverse.

Pour mener à bien ce projet délicat qui avait déjà donné lieu à une pièce de théâtre (Les chatouilles ou la danse de la colère, honorée lors de la cérémonie des Molière en 2016), Andréa Bescond et son acolyte s’autorisent toutes les audaces. Des brusques ruptures dans la chronologie du récit pour raconter simultanément ce qu’a vécu Odette enfant et ses combats d’adulte pour dépasser son traumatisme. Une hyper stylisation de la mise en scène, histoire de rendre compte de l’effrayante réalité qui afflige l’héroïne mais aussi de ce qui hante son imaginaire cabossé. Des embardées fictionnelles surprenantes qui correspondent aux souffrances muettes de la fillette et aux efforts désordonnés de la jeune femme qui, grâce à la danse et un dialogue fécond avec une psy, parviendra peut-être à se réinventer.

Le résultat, qui ne ressemble à rien de connu dans le cinéma contemporain, étonne, touche, déstabilise et échappe toujours au misérabilisme et aux facilités. Pour l’accompagner dans ce projet unique, Andréa Bescond a su très bien s’entourer. Et les prestations - entre autres - de Karin Viard et de Clovis Cornillac dans la peau des parents qui ne peuvent (ne veulent) pas voir l’abomination dont est victime leur gamine, contribue à la réussite exceptionnelle des Chatouilles. Pour une fois, on peut l’écrire sans se mentir à soi-même : ce film-là ne s’oublie pas de sitôt après avoir été vu.

Les chatouilles, de Andréa Bescond et Eric Métayer, avec Andréa Bescond, Karin Viard, Clovis Cornillac… Sortie le 14 novembre.

Olivier De Bruyn

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