"Leaving Neverland" : 6 questions à Dan Reed, réalisateur du documentaire "Leaving Neverland" : 6 questions à Dan Reed, réalisateur du documentaire

Cinéma

"Leaving Neverland" : 6 questions à Dan Reed, le réalisateur du documentaire par Tess Annest

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Publié le Mercredi 20 Mars 2019

Présenté lors du dernier festival de Sundance, "Leaving Neverland" n’est même pas encore sorti en France qu’il fait déjà grand bruit. A l’occasion de sa diffusion sur M6 jeudi 21 mars 2019, nous avons rencontré Dan Reed, le réalisateur de ce documentaire accablant sur Michael Jackson.

Jeudi 21 mars 2019, M6 diffusera en exclusivité Leaving Neverland, un documentaire poignant qui accuse Michael Jackson d’agressions sexuelles, témoignages à l’appui. A l’origine de ce projet : Dan Reed, un célèbre réalisateur qui s’était notamment intéressé à la tuerie de Charlie Hebdo et qui, aujourd’hui, tient à défendre son nouveau film. Et qu’importe ses détracteurs et les fidèles adorateurs du Roi de la Pop. Entretien.

Comment avez-vous eu l’idée de ce film ?

Dan Reed : "La première chose à retenir, c’est que ce film est un accident. C’est en discutant avec un responsable de la chaîne de télévision anglaise Chanel 4 que l’idée est née. Je ne voulais plus enquêter sur la mort, je ne voulais plus avoir affaire à des cadavres, parce que j’ai souvent travaillé en zone de guerre, puis je me suis beaucoup intéressé aux attentats et je n’en pouvais plus. On m’a donc proposé de réfléchir à la question de Michael Jackson. Mais à l’époque, je ne m’y intéressais pas du tout. Je me demandais même : ‘qu’est-ce qu’on peut dire de plus ?’. On a tout de même embauché un enquêteur et dans son travail, une page web qui parlait de Wade Robson et de James Safechuck a attiré mon attention. C’est ainsi que ça a réellement commencé. A vrai dire, ce n’est pas Michael Jackson qui m’intéressais, mais le mécanisme psychologique de libération de la parole". 

James Safechuck et Wade Robson sont-ils les deux seuls à avoir voulu témoigner ?

D.R : "Dans le cadre de mon documentaire, oui. J’ai parlé à Jason Francia, le fils de la femme de ménage de Neverland, qui lui aussi a été victime d’abus sexuels de la part de Michael Jackson, mais qui a été payé par la star. Lui et sa mère ont reçu une très belle somme d’argent, c’est bien connu. Il m’a donc clairement dit qu’il ne voulait pas participer à mon enquête. J’étais aussi en lien avec Gavin Arvizo, un autre accusateur, mais il n’a jamais voulu témoigner et c’est son droit. Quant à Jordy Chandler, je n’ai jamais réussi à le trouver. Pourtant, selon moi, il reste encore beaucoup de victimes de Michael Jackson qui n’ont pas encore témoigné. Mais c’est si compliqué de prendre la parole, il suffit de regarder le temps que cela a pris à Wade et James".

Quelles responsabilités attribuez-vous aux familles des deux accusateurs ?

D.R : "Pour moi, les deux mères n’ont pas vendu leurs fils, mais elles ont été aveuglées par tout ce qu’était Michael Jackson, par son statut, son charme, sa manière d’être… Pour comprendre ces deux mamans, il suffit de regarder l’attitude des fans aujourd’hui. Ces deux mères, c’étaient des fans et elles ont complètement cru à l’histoire du chanteur. Elles ont voulu croire au mythe. Et tout les poussaient à le faire. Le mécanisme était bien rodé. Quand le rapport sexuel commençait, Michael Jackson savait que tout allait bien se passer, et c’est aussi parce qu’il ciblait les familles. Il choisissait celles qui avaient des failles".

Depuis la diffusion du documentaire aux Etats-Unis, comment vivent Wade Robson et James Safechuck ?

D.R : "Pour eux, c’est un très beau moment. Pendant des années, personne ne les a cru mis à part leurs familles et leurs avocats, et tout à coup, 400 personnes les ont applaudis à Sundance. Ce fut un immense soulagement. En revanche, ils vivent isolés, c’est assez compliqué de les contacter. Ils restent très atteints, mais ils vont mieux".

Et vous, comment vivez-vous l’après diffusion ?

D.R : "Après Sundance, ma société a reçu des centaines de menaces de mort ou de procès, mais je m’y attendais. Ce qui est intéressant désormais, c’est que les messages de haine ont laissé place à des commentaires bienveillants et à des témoignages poignants. Il arrive également qu’on me dise merci. Bien sûr, restent ceux qui ne veulent pas voir, qui préfèrent fermer les yeux parce que Michael Jackson reste une icône qui, pour beaucoup, est malheureusement intouchable. Et si je m’attendais à tout ce vacarme, je ne pensais pas qu’il serait si persistant. Les fans continuent à dire que je suis un menteur mais ils ne veulent rien voir, même pas mon documentaire… Honnêtement, je ne m’attendais pas à autant de haine infondée".

Selon vous, doit-on continuer à écouter la musique de Michael Jackson ?

D.R : "Je suis assez partagé. En principe, il ne faudrait pas nier des éléments de culture forts qui, pour beaucoup, ont accompagné des moments importants, qu’il ne faut pas supprimer. Après, est-ce qu’on doit continuer à passer ses chansons lors de fêtes d’anniversaire d’enfants, je ne sais pas… C’est assez terrible, non ? Et puis, lorsque la société décide de ne plus les diffuser, de boycotter, c’est une marque de confiance forte envers les victimes. C'est ça que je trouve très important".

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