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Cinéma

"Once upon a time in... Hollywood" de Tarantino : l'un adore, l'autre pas

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Publié le Mardi 13 Août 2019

Boudé lors du dernier festival de Cannes, le très attendu "Once Upon A Time in… Hollywood," avec Leonardo DiCaprio et Brad Pitt a déçu l'un de nos deux journalistes ciné. Et enchanté l'autre. De quel bord serez-vous ?

Olivier De Bruyn : "C'est trop long !"

Vingt-cinq piges après avoir reçu une palme d’or pour Pulp Fiction, Quentin Tarantino débarquait en mai dernier au Festival de Cannes avec des espoirs exponentiels de récidive. Patatras : son Once Upon a Time in… Hollywood incarné, excusez du peu, par la paire Leonardo DiCaprio Brad Pitt, est reparti bredouille de la grand-messe cinéphile et, sur la Croisette, personne n’a hurlé au scandale tant la chose semblait bâclée, bancale, mal fichue, voire problématique. Trois mois plus tard, le constat reste le même.Dans son nouveau film, Tarantino, zoome sur l’année 1969, alors que la vague hippie submerge tout sur son passage, et s’intéresse aux cas de deux personnages improbables : Rick Dalton (DiCaprio), un acteur has been, et Cliff Booth (Pitt), un cascadeur qui sert de doublure au premier nommé. Le cinéaste, durant deux heures quarante, retrace les aventures à Los Angeles des deux losers et, sans se soucier de l’agitation politique qui marque l’époque au fer rouge, étire longuement un scénario qui rend hommage au cinéma de la fin des sixties, à grand renfort de séquences étirées mettant en scène Rick sur ses tournages. En parallèle, Cliff, toujours accompagné de son plus fidèle ami (un pitbull qui jouera un rôle essentiel dans l’intrigue), fréquente une jeune fille qui appartient à la secte de hippies dégénérés de Charles Manson, le gourou maléfique qui, dans la vraie vie, sera responsable de l’assassinat de Sharon Tate, la copine de Roman Polanski.

Avant une dernière demi-heure, la meilleure, où Tarantino revient sur le meurtre de Sharon Tate (incarné par Margot Robbie) et prend ses libertés avec la réalité historique - ce qui pose un tantinet problème - le cinéaste impose au spectateur deux très longues heures d’hommage décousu et fétichiste à l’industrie cinématographique de ces années-là et à ses petits soldats dévoués. Deux heures où, plus fétichiste que jamais, il s’amuse à reconstituer superficiellement une époque révolue et à filmer sous tous les angles ses deux acteurs cabotins qui promènent avec élégance leur dilettantisme sur l’écran.Brillamment mis scène et balisé par quelques séquences réjouissantes (dont une de bagarre entre Cliff et… Bruce Lee), le film, hélas, compte plus de tunnels interminables que d’envolées excitantes et ressemble avant tout à un exercice de style réalisé par un cinéphile obsessionnel pour les cinéphiles obsessionnels. Pas sûr que les autres s’y retrouvent…

Erick Grisel :  "Oui, c'est long... mais c'est bon !"

C'est vrai qu'il prend son temps, Tarantino, pour nous dévoiler les arcanes d'un cinéma révolu, celui d'une époque, les années 1960-70, où l'on jetait ses mégots par la fenêtre de sa Cadillac et où l'on écrasait ses gobelets en plastique sur les plateaux de tournage (Mon Dieu, que diraient Marion Cotillard et Mélanie Laurent si cela se passait de nos jours ?!). Mais on se délecte, justement, de ce temps qu'il prend à installer ses scènes, chacune pouvant constituer à elle-seule un mini film, avec son prélude, son acmé, sa chute. Alors il y a la scène, drôle et percutante, où le cascadeur joué par Brad Pitt met sa raclée à Bruce Lee. Celle, construite comme un thriller, où Brad débarque dans un ranch squatté par le terrifiant clan Manson. Celle où Leonardo, en acteur has-been, est confronté au professionnalisme excessif d'une petite fille actrice… On ne les citera pas toutes, mais chacune d'entre elles tourne en dérision une obsession : le culte de la beauté et de la jeunesse, la tyrannie des enfants roi, la toute-puissance des producteurs, le désespoir de ceux qui n’ont plus la carte, le devoir de virilité des acteurs… Si Tarantino prend un malin plaisir à passer à la moulinette tous ces ingrédients de la célébrité, c’est pourtant sa passion pour le cinéma qui prend le dessus. Et son amour des acteurs, lesquels sont tous stupéfiants, Leonardo DiCaprio en tête. Il faut le voir fondre en larmes chaque fois qu’on le renvoie à sa condition de has-been ! Pour une fois qu’un peu de tendresse s'invite dans un film de Tarantino, on ne va pas faire la fine bouche. Mais le réalisateur culte ne renonce pas pour autant à son ingrédient préféré: la violence. On l’attend, on l’attend, on la sent monter avec une légère appréhension (après tout, le meurtre de Sharon Tate, auquel le film fait allusion, est l’un des faits-divers les plus terrifiants du vingtième siècle). Et lorsqu’il nous la sert enfin, c’est sur un plateau sanguinolent, certes, mais accompagné d’un joli pied de nez.  

Once Upon a Time in… Hollywood, de Quentin Tarantino, avec Leonardo DiCaprio, Brad Pitt, Margot Robbie… Sortie le 14 août.

Olivier De Bruyn et Erick Grisel

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