"L’audition" :  un film dont on sort groggy (et allergique au violon !) "L’audition" :  un film dont on sort groggy (et allergique au violon !)

Cinéma

"L’audition" : un film dont on sort groggy (et allergique au violon !) par Erick Grisel

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Publié le Mardi 5 Novembre 2019

On sait qu’un film allemand, ce n’est jamais la fête au village. Et cette histoire de prof de violon faisant payer à son entourage le poids de ses exigences est particulièrement éprouvante. Pourtant, ce film d’Ina Weisse a touché notre corde sensible…

C’est l’une des scènes les plus pénibles du film : prof de violon dans un conservatoire, Anna fait répéter inlassablement un jeune élève, Ilya, sur lequel elle fonde de grands espoirs "Encore !", "Recommence !" ordonne-t-elle jusqu’à ce qu’Ilya craque. Sadique, Anna ? Pas dans le sens où l’est, par exemple, le prof de musique du Whiplash, film américain qui dénonce les dérives autoritaires d’un prof de musique dans un conservatoire. Car si Anna est exigeante avec son entourage, elle l’est d’abord avec elle-même, de façon frémissante, son perfectionnisme frisant la névrose. Au restaurant, Anna demande à changer plusieurs fois de place et de plat avant de pouvoir commencer à manger. Son mari semble la comprendre. Son petit garçon, lui-même apprenti violoniste, beaucoup moins : il rejette d’autant plus les tentatives de rapprochement de sa mère qu’il jalouse l’attention qu’elle porte à son élève.

Le danger avec un film comportant plusieurs scènes de violon joué en solo, c’est que l’on s’ennuie, pour peu qu’on éprouve un amour modéré pour cet instrument. Ina Weisse nous empêche de décrocher grâce à un montage au cordeau : dès qu’une action s’installe, la réalisatrice la coupe à son acmé, ce qui rend son film tout sauf contemplatif. Elle ne s’attarde pas non plus sur les explications psychologiques. Pourquoi le père d’Anna est-il si froid et violent avec sa fille et son petit fils ? Le mari d’Anna (joué par Simon Abkarian, parfait) est-il au courant que sa femme la trompe avec un collègue musicien ? La réalisatrice nous livre seulement quelques indices, sans s’appesantir, au bénéfice de quelques moments sacrément culottés comme lorsqu’Anna vient déclarer son amour à son mari alors qu’il est assis sur le trône, aux toilettes. Dans le rôle d’Anna, l’actrice Nina Hoss, vue dans la série Homeland, est impressionnante, à la fois rigide et en ébullition, désireuse d’échapper à la violence qui gangrène les trois générations de sa famille.

A la clef de ce film, comme de tous ceux qui traitent des arts difficiles que sont la musique et la danse classique, cette question taraudante : la quête de la perfection et le talent valent-ils tous les sacrifices ? Une fois de plus, on a des doutes…

L’audition d’Ina Weisse, sortie le 6 novembre

Erick Grisel

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