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Cinéma

"La mule" : papy Eastwood fait de la résistance par Olivier De Bruyn

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Publié le Lundi 21 Janvier 2019

Il n’est jamais trop tard pour mal faire ! Dans son nouveau film "La mule", Clint Eastwood incarne un vieillard qui bosse pour… les cartels de la drogue. Résultat : une des meilleures fictions récentes du cinéaste inusable.

L’an passé, au cœur de l’hiver, Clint Eastwood déboulait sur les écrans avec un film désolant qui accomplissait un exploit involontaire : désespérer ses fans les plus transis. Dans Le 15 h 17 pour Paris, le cinéaste vétéran revenait sur l’attentat du train Thalys en août 2015 et sur le courage de trois jeunes Américains (incarnant leur propre rôle dans le film) qui permirent d’éviter le pire. Résultat : une fiction nationaliste ridicule, aussi consternante sur le fond que sur la forme.

Une année tout juste après ce navet, on attendait avec une circonspection certaine le nouveau bébé de Clint Eastwood, 88 ans au compteur, un âge raisonnable, convenons-en, pour prendre se retraite. Excellente surprise : La mule, où le vieux Clint incarne également le rôle principal (une première depuis dix ans et sa prestation dans Gran Torino), s’impose comme l’un de ses meilleurs films récents.

Dans cette histoire inspirée par des faits réels, Clint met en scène et interprète le dénommé Earl Stone, un vieillard qui a consacré sa vie à l’horticulture et aux fleurs, mais qui va devoir humer d’autres parfums. Sévèrement sur la paille et en quête urgente de dollars alors qu’il frôle les 90 ans, Earl accepte de jouer les chauffeurs livreurs pour d’énigmatiques commanditaires. Il ne tarde pas à s’apercevoir que ces derniers appartiennent à un redoutable cartel de la drogue mexicain et qu’ils l’ont engagé en raison de son pedigree de sénior inoffensif, idéal pour passer inaperçu aux yeux de la police. Ravi de gagner un maximum de fric en un minimum de temps, Earl, foulant au pieds la morale et les lois avec l’allégresse du vieux punk, s’acquitte de sa tâche de passeur de came et en profite pour prendre du bon temps en sirotant des cocktails et en s’amusant façon papy frétillant avec des jeunes femmes qui ont l’âge d’être ses arrière-petites-filles.

Clint Eastwood n’est jamais aussi convaincant que lorsqu’il filme des personnages imprévisibles, aux prises avec leur recherche du temps perdu. Sur ce thème qu’il plébiscite depuis toujours - de Impitoyable à Gran Torino en passant par Space Cowboys ou Sur la route de Madison - l’acteur-réalisateur, en grande forme, concocte une fiction à la fois drôlatique (son humour grinçant et incorrect touche juste) et mélancolique (Earl, sur le tard, s’aperçoit qu’il a presque tout raté dans son existence). La preuve que l’inspiration du cinéaste buriné et élégant n’est en rien menacée par la sénilité. On est content pour lui et surtout pour nous.

La mule, de Clint Eastwood, avec Clint Eastwood, Bradley Cooper, Laurence Fishburne… Sortie le 23 janvier.

Olivier De Bruyn

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