"Gazon maudit" et "Pédale Douce" sur Netflix : deux films à thématique LGBTQ qui ont très très mal vieilli "Gazon maudit" et "Pédale Douce" sur Netflix : deux films à thématique LGBTQ qui ont très très mal vieilli

Cinéma

"Gazon maudit" et "Pédale Douce" sur Netflix : deux films à thématique LGBTQ qui ont très très mal vieilli par Erick Grisel

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Publié le Vendredi 12 Juin 2020

Vingt-cinq ans après leur sortie, on a revu ces deux films sur Netflix. Et les bras nous en sont tombés ! Pas sûr que ces deux films aient servi la cause LGBT et celle des femmes en général.

Quelle drôle d’idée a eu Netflix d’avoir programmé ces deux films sortis au milieu des années 1990! Réputée pour ses thèmes progressistes et son soutien aux minorités, la plateforme s’est mise en tête de programmer ces derniers temps des films français «culte». Alors Truffaut, Demy, Godard, très bien ! Mais Pédale douce ??? Si on voulait rendre homophobes les 73 % de Français qui ne le sont pas (selon une étude de 2013), rien de tel que de leur montrer ce film où les personnages gays, sous prétexte de faire rire, sont tous veules, superficiels, décérébrés, lâches, obsédés sexuels, menteurs et combinards. Et les femmes, dans ce film, ne sont guère mieux loties. Le personnage d’Eva, jouée par Fanny Ardant, est décrit comme une femme seule et amère qui comble son manque d’amour en se soulant avec ses copines pailletées. Et la petite amie du chirurgien esthétique est une blonde totalement idiote dont la seule réplique est "Je n’ai qu’une seule ride et je suis assise dessus." Patrick Timsit se donne un mal de chien pour paraître efféminé et Jacques Gamblin devait à l’époque avoir vraiment besoin d’argent pour accepter de jouer un homo au placard dont le désir d’émancipation s’exprime par un strip-tease pitoyable sur une piste de danse. Dans quel personnage peut donc se projeter le spectateur ? Dans celui joué par Richard Berry, bien sûr, un chef d’entreprise richissime qui affiche un air méprisant chaque fois qu’il rencontre un gay (c’est-à-dire tout le temps). C’est bien simple, on a jeté l’éponge au bout de quarante minutes, regrettant les facéties de Michel Serrault dans La Cage aux folles, une comédie datant de 1978 dont la réussite tenait à ce qu’elle alliait tendresse et drôlerie.

Le cas de Gazon Maudit est plus complexe. En se donnant le rôle d’une lesbienne butch, la réalisatrice et actrice du film Josiane Balasko semblait partir d’un bon pied. Mais les rapports hommes-femmes dans son film sont atroces. Cocufiée par son mari, Victoria Abril se jette en pleurant aux pieds de ce dernier pour se faire pardonner d’avoir flirté avec une lesbienne. Et dans le rôle du mari adultérin fulminant de voir sa femme se faire draguer par une femme, Alain Chabat est tellement sympathique que quatre millions de spectateur lui ont pardonné de tenir des propos abjects sur les lesbiennes en particulier et sur les femmes en général. Le pompon étant une scène d’ivresse interminable où il traite de "poufiasse" et de "salope" toutes les femmes qu’il rencontre sans que quiconque ne bronche. C’était donc ça les comédies françaises censées faire avancer les mentalités dans les années 1990. Ne reste plus à Netflix qu’à programmer Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu? (2014) pour qu’on puisse contempler, ébahis, d’autres sortes de clichés, racistes ceux-là, véhiculés par ce film.

 

 

Erick Grisel

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