Deauville 2019 : des adolescentes géniales chahutent le festival Deauville 2019 : des adolescentes géniales chahutent le festival

Cinéma

Deauville 2019 : des adolescentes géniales chahutent le festival par Erick Grisel

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Publié le Vendredi 13 Septembre 2019

L’adolescence était le sujet central de beaucoup de films en compétition à Deauville cette année. Derrière la caméra, des réalisatrices très inspirées, et devant la caméra, de jeunes actrices hyper douées. Voici notre top 4 d’une programmation exceptionnelle.

1. Extravagantes et délurées dans Knives and Skin
Regarder un film comme on découvre un cabinet de curiosités dont les tiroirs s’ouvrent un par un sur de menus trésors… C’est un peu l’effet que nous a fait ce Knives and Skin aux couleurs acidulées et aux décors flashy. Un film-chorale où le destin amoureux des personnages, pour la plupart des adolescentes, se noue et se dénoue autour d’un fait-divers: la disparition inexpliquée d’une des leurs suite à une dispute avec son petit ami. Quand une jeune fille hurle à la figure de ce dernier "Tu traites les femmes comme de la merde !" en lui rendant son blouson oublié chez elle, on s‘émeut. Et lorsque le goujat en question, enfilant son blouson, laisse apparaître dans son dos, sans le savoir, l’inscription en lettres pailletées Tu traitres les femmes comme de la merde, on rigole. Voilà donc exactement où le film trouve sa place : entre humour et gravité. Féministe, ce Knives and Skins est pour nous la pépite de ce festival de Deauville.
"Knives and Skin", de Jennifer Reeders, sortie le 20 novembre

2. Boudeuse et déterminée dans Bull
Elle fait la gueule, Kris, dans Bull. Et il y a de quoi : sa mère, en prison, accumule les conneries et elle s’ennuie à mourir dans la banlieue pauvre de Houston. Un soir que son voisin, un solide quinqua noir, s’absente, elle sème la pagaille dans sa maison. "Ou tu ranges tout, ou c’est la maison de correction !" lui propose alors le rodéo-man sur le retour après l’avoir prise sur le fait. "Je préfère la maison de correction !" dit-elle alors à l’homme qui ne l’entend pas de cette oreille et l’entraîne avec lui dans son univers de cow-boys et de taureaux déchaînés (impressionnantes scènes de rodéo). Peut-on remettre quelqu’un dans le droit chemin alors que soi-même on coule ? La réalisatrice Annie Silverstein choisit de nous dire oui. Et c’est de façon minutieuse qu’elle nous décrit le chemin qui amène l’adolescente à mater les dealers du coin de la même façon que son voisin mate les taureaux. Dans le rôle de Kris, la petite Amber Havard est d’une justesse sidérante. Quand un sourire traverse soudain son visage maussade, c’est tout le film qui s’illumine.
"Bull" d’Annie Silverstein, sortie prochainement.

3. Responsable et hyper mature dans Mickey and The Bear
Tu ne partiras pas, hein ?” supplie Hank, en proie à la dépression depuis la mort de sa femme, à son unique fille. Mickey promet. Mais combien de temps va-t-elle pouvoir supporter le comportement versatile de son père qui, aussi touchant soit-il, va de plus en plus loin dans la transgression. Et surtout, va-t-elle sacrifier son avenir dans une école d’art de San Diego où elle vient d’être reçue ? Une fois de plus, nous voilà plongé dans une Amérique qu’on connaît peu, celle des laissés-pour-compte qui vivent dans une caravane améliorée et oublient leur peine à coup d’Oxycodone, l‘antalgique puissant qui fait des ravages en ce moment aux États-Unis. Impressionnant de découvrir après le film que l’actrice principale, Camila Morrone est un top-model accessoirement petite amie de Leonardo DiCaprio et donc habituée aux mondanités. A la voir dans le film, on a l’impression qu’elle a vécu toute sa vie en survêt dans une caravane.

"Mickey and The Bear", d’Annabelle Attanasio, sortie prochainement.

4. Enigmatiques et transgressives dans Ham on Rye
Trois adolescentes se pomponnent pour un événement spécial. Sur la route de ce qu’on imagine être une remise de diplôme ou un bal de promo, elles s’arrêtent soudain. Toute de dentelle vêtue, l’une d’elle annonce avoir besoin de "poser une pêche ". Elle décide alors d’aller sonner chez quelqu’un au hasard pour utiliser ses toilettes. C’est l’une des scènes les plus étonnantes de ce film qui semble de plus en plus mystérieux à mesure que l’on avance en même temps que ces adolescents, de tous les horizons ethniques et sociaux, vers un but unique qui ne suscite chez eux aucun questionnement. L’évènement en question s’avère être une réunion dans une sorte d’épicerie (où l’on mange du jambon sur du pain de seigle, du "ham on rye") une sorte de rite initiatique auquel, au dernier moment, refuse de participer l’une des adolescentes, Haley. C’est du refus de se conformer aux normes et de suivre le troupeau que traite le film de Tyler Taormina, jeune metteur en scène new-yorkais que l’on a rencontré dans le hall d’un hôtel au moment où on écrivait ces lignes (il est venu à Deauville accompagné de son père). Son film est une expérience sensorielle fascinante qui, on l’espère, trouvera distributeur en France.
"Ham on Rye" de Tylet Taormina, sortie prochainement.

Erick Grisel

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