Et si compter les calories était l’entourloupe du siècle ? Et si compter les calories était l’entourloupe du siècle ?

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Et si compter les calories était l’entourloupe du siècle ? par Magali Bertin

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Publié le Vendredi 15 Juin 2018

Des régimes au sport, la calorie est l’étalon maître pour évaluer ses apports et ses dépenses énergétiques. Mais cette méthode est-elle vraiment fiable et efficace ? Pas vraiment.

En commençant cette enquête, on pensait naïvement que le calcul des calories relevait de grandes expériences scientifiques obscures où l’on brûlait des aliments dans des fours blindés de capteurs qui calculaient l’énergie émise par cette combustion. On s’est bien gouré : tout repose sur des moyennes. Comment sait-on qu’une pomme équivaut à 52 calories ? C’est le fruit d’un calcul arithmétique, la règle dite du 4-4-9 : on analyse la composition de l’aliment et combien il contient de protéines, glucides, lipides et fibres pour 100g. 1g de protéines équivaut à 4 points,  tout comme les glucides et pour les lipides c’est 9 et 7 pour l’alcool. Pour connaître le nombre de calories que contient un aliment, on multiplie les grammes de protéines par 4, idem pour les glucides et les lipides par 9 et on additionne le tout. Le résultat est ensuite pondéré (on ne sait trop comment) par rapport aux fibres présentes. Notre pomme contient 12g de glucides, 0.2 de lipides, 0.4 de protéines. 12 x 4 + 0.2 x 9 + 0.4 x 4 = 51.6 calories pour 100g. On pondère avec les fibres et on arrive à 52 calories. Tadaaa !
Notez que la calorie est aveugle et ne prend nullement en compte les qualités nutritives. On peut consommer 100 calories de bons nutriments, comme 100 de très mauvais, elle ne fait pas de distinguo.

Evidemment, avec ce mode de calcul, on se heurte au fait que les pommes et autres aliments peuvent avoir une teneur en protéines et autres nutriments différente les uns par rapport aux autres. Il est donc clairement impossible de savoir précisément ce qu’on ingère. Il y a quoi qu’il arrive une marge d’erreur.
Mais le pire, c’est dans les dépenses. Pour savoir combien on brûle en faisant du sport, la seule solution est de se munir d’un traqueur d’activité ou d’une montre connectée. Mais là aussi, la précision n’est pas digne des Suisses. "Il y a deux phases de calcul, explique Thibaut Colette, ingénieur chez Nokia. La première, c’est ce qu’on appelle le métabolisme de base, autrement dit les calories que notre corps brûle pour se maintenir en vie, au repos".

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Il y a deux phases de calcul : la première, c’est ce qu’on appelle le métabolisme de base, autrement dit les calories que notre corps brûle pour se maintenir en vie, au repos.

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Pour cela les constructeurs de montres et traqueurs utilisent plusieurs formules : formule de Harris et Benedict ou de Black. Les deux sont basées sur l’âge, le poids, la taille et le sexe. Or, il faudrait également prendre en compte la masse musculaire car plus on est musclé, plus on consomme d’énergie au repos. Par exemple, pour une femme de 34 ans, d’1m65 et 57 kg, son métabolisme de base peut varier de 1229 calories à 1420 selon son pourcentage de masse musculaire. "La seconde phase, c’est durant une activité. Pour cela, on prend le métabolisme de base et on y applique un coefficient multiplicateur en fonction de l’activité pratiquée". Par exemple pour une activité douce (yoga, pilates), le métabolisme de base rapporté sur la durée de l’effort, sera multiplié par un petit chiffre. Pour du running ou du HIIT au contraire, ce sera par un chiffre plus grand. "Pour déterminer le multiplicateur, deux types de tests ont été menés, détaille Thibaut Colette. Soit on a fait porter des masques à des cobayes pour mesurer le taux d’oxygène absorbé et celui de dioxygène expulsé et ainsi déterminé l’énergie consommée, soit on a utilisé des bandelettes pour analyser l’urine des cobayes avant et après l’effort". Car oui, votre urine n’a pas la même composition avant et après le sport et elle change en fonction de l’intensité de celui-ci. Le résultat est donc basé sur un métabolisme de base moyen, et une intensité d’effort moyenne également. Et si vous ne faites rien, mais que vous indiquez à votre montre connectée que vous êtes en activité, elle fera son petit calcul dans son coin (le rythme cardiaque n’est pas pris en compte, on a vérifié) pour vous informer que vous avez brûlé bon nombre de calories. Les résultats ne pourront donc être totalement exacts, mais fournissent une idée "à la louche". Louche dont la taille peut varier.

Mais alors à quoi ça sert les calories ?
On pourrait être tenté de se dire que les calories sont un leurre et cesser d’y faire attention. Mais la calorie a tout de même une certaine utilité : elle motive dans un sens et joue le rôle de garde-fou dans l’autre. Pour le sport, c’est agréable de voir les chiffres des calories défiler. Ça peut permettre de trouver un second souffle quand on peine à grimper une côte ou à boucler un entrainement. Dans l’alimentation, elles peuvent permettre de faire des choix : vous hésitez entre deux plats, vous souhaitez faire attention et ne pas manger trop fat, comparez les calories et prenez celui qui a le nombre le plus faible. Cela peut également aider à équilibrer son alimentation, même sans parler de régime. Si vous avez mangé des pâtes et un éclair au chocolat à midi, trois gaufres au goûter et que vous hésitez sur le repas du soir, calculer les calories consommées vous aidera à vous diriger vers un dîner plus light ou à prendre conscience de votre alimentation. Et c’est déjà pas mal.

On a fait un test un peu vache : faire plusieurs sports avec trois montres connectées, l’Apple Watch, la Nokia Steel HR et la FitBit Versa, et comparer les résultats.
Pour une heure d’elliptique, la machine de sport indiquait 619 calories brûlées contre 546 chez Fitbit, 568 chez Apple et 78 chez Nokia. Pour une heure de BarreShape (mélange de danse classique et de fitness), j’ai brûlé 499 calories selon Nokia, 298 selon Fitbit et 253 chez Apple. La boxe semble être le sport qui met toutes les montres d’accord : 382 calories chez Fitbit, 389 chez Apple et 394 chez Nokia pour 45 minutes de frappe en sac.

Impossible de savoir qui a raison ou tort. Il y a une marge d’erreur dans ces calculs et il serait donc dommage de baser ses entrainements dessus. Au lieu de se fixer un nombre de calories à brûler, mieux vaut viser une distance, une vitesse ou juste une sensation.

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