Yuka : pourquoi il faut cesser de scanner ses produits alimentaires et cosmétiques Yuka : pourquoi il faut cesser de scanner ses produits alimentaires et cosmétiques

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Yuka : voici pourquoi il faut cesser de scanner ses produits alimentaires et cosmétiques par Virginie Gonçalves

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Publié le Mercredi 9 Octobre 2019

L’application Yuka, qui permet d’analyser ce qu’on mange et ce qu’on applique sur sa peau, séduit toujours plus de consommateurs. Mais si décrypter chaque produit alimentaire ou cosmétique n’était pas une si bonne idée ? Voici pourquoi il faut dire non à la dictature du scan.

Entre la carotte ou le bâton, les Français ont choisi la carotte. Celle de l’icône représentant l’appli Yuka sur smartphone. Créée en janvier 2017, Yuka permet d’analyser la composition d’un produit alimentaire ou cosmétique et de connaître son impact sur la santé en scannant simplement son code-barres. Dans l’air du temps, l’appli séduit de plus en plus de "consommacteurs", comptant aujourd’hui plus de 8,5 millions d’utilisateurs. Et c’est vrai que cette application a du bon. Elle nous aide d’abord à être acteur de notre consommation. Selon une étude réalisée par Yuka auprès de 230 000 utilisateurs, 83% d’entre eux achètent ainsi moins et de meilleure qualité et 84% se tournent plus vers les produits bruts. Ils sont aussi 94% à avoir arrêté d’acheter des produits car mal notés. L’application pousse également les industriels à fabriquer des produits plus "clean". Le consommateur est donc gagnant. Pourtant, on n’achète pas cette politique du scan à tout prix. On vous dit pourquoi il faut arrêter de tout soumettre à Yuka.

Peur sur le frigo et le vanity
Ce qui pose d’abord problème, c’est le côté anxiogène de l’application. Le marketing de la peur est tendance et pousse les consommateurs à se méfier de tout. Yuka nourrit cette psychose en diabolisant de façon pas forcément justifiée certains ingrédients alimentaires ou cosmétiques. Les fondateurs appliquent en effet le principe de précaution et pointent comme à risque des composants dont la dangerosité n’est pas définitivement prouvée. "En fait, le système de notation de Yuka est subjectif. Il ne se base pas sur le consensus scientifique mais sur les études les plus alarmistes et les ingrédients qu’il est à la mode de pointer du doigt, comme le phénoxyéthanol en cosmétique par exemple" pointe Sophie Strobel, biologiste et cosmétologue. On crée de la peur où elle n’a pas lieu d’être.

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Le système de notation de Yuka est subjectif : il ne se base pas sur le consensus scientifique...

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La vérité est parfois ailleurs
Nombre de professionnels dénoncent d’ailleurs aujourd’hui le manque de fiabilité de Yuka. Son système d’évaluation repose sur un algorithme assez arbitraire et trop flou. Résultat, on se retrouve parfois avec une notation incompréhensible. En cosmétique, on s’étonne ainsi de voir des soins bio pointés du doigt. Et il n’est pas rare, pour un même produit, de trouver des avis contradictoires entre Yuka et une autre appli d’analyse. "La base de données Yuka se constituant notamment à la participation des utilisateurs, elle contient son lot d’erreurs, explique Sophie Strobel. Il suffit que l’utilisateur écrive mal le nom d’un ingrédient et le produit peut se retrouver mal catégorisé. Les code-barres et les fiches correspondantes ne sont pas non plus forcément exactes ou à jour. Les mises à jour de formule ne sont par exemple parfois pas prises en compte." Des personnes dédiées s’occupent aujourd’hui de la vérification des infos en interne et Yuka évolue, s’améliore. Mais ces erreurs ont de quoi propager la confusion chez le consommateur.

Tout est relatif
"Le hic, c’est aussi que Yuka ne fait pas dans la nuance", regrette l’experte. Pour évaluer le risque d’un produit, l’appli met sur le même plan ingrédients potentiellement nocifs, allergènes et irritants, dans le cas de la cosmétique. Tout ce qui contient l’un de ces éléments est labellisé mauvais, même si la formule ne l’est en fait pas. Car ce sont des situations bien différentes. "Un allergène ne doit être évité que par la personne allergique. Je n’ai pas à arrêter de manger des fruits à coques ou d’utiliser des huiles essentielles de mon côté puisqu’ils ne me posent pas problème". Sophie Strobel pointe enfin que Yuka ne prend pas non plus en compte la concentration des ingrédients dans chaque formule ou comment chaque produit est utilisé : "Dans la plupart des soins lavants, pour le visage ou les cheveux, les tensioactifs sulfatés ne sont pas irritants à la dose utilisée. Un produit doit aussi être évalué différemment selon s’il est rincé ou non, appliqué sur le visage, le corps ou les cheveux ou utilisé par un adulte, une femme enceinte, un bébé."

Il est impossible de faire des généralités. On consomme donc Yuka avec modération.

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