Vos extensions capillaires et vos soins à la kératine proviennent peut-être de trafics douteux Vos extensions capillaires et vos soins à la kératine proviennent peut-être de trafics douteux

Cheveux

Comment savoir si vos extensions capillaires et vos soins à la kératine proviennent de trafics douteux par Pierre-Guillaume Ligdamis

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Publié le Mardi 6 Août 2019

Depuis quelques années, les extensions capillaires, les perruques mais aussi tous les soins à base de kératine ont le vent en poupe. Cependant ceux-ci sont parfois issus de trafics suspicieux menés par des commerçants malhonnêtes qui abusent de la faiblesse de certaines populations ou de l’ignorance des clients.

L’industrie capillaire est pleine de zones d’ombres méconnues par les clients. Si dans une grande majorité de pays occidentaux toutes les folies capillaires sont permises, la transparence concernant la provenance des produits ou de leurs composants n’est pas toujours au rendez-vous. 
Le marché des extensions capillaires et des perruques est particulièrement trouble et il a donné naissance à de nombreux trafics de cheveux humains. Marlène, fondatrice du salon parisien Studio Extensions (spécialisé dans les extensions depuis plus de 13 ans) nous a indiqué que la provenance des cheveux n'était pas la première préoccupation des clientes : "elles sont surtout orientées par une marque qui a une bonne renommée". Elles vont aussi être attentives à la qualité des mèches et aux tendances du marché. Ces consommatrices sont souvent loin de s'imaginer que le commerce de cheveux occasionne des "violences capillaires" dans de nombreuses régions du monde.

De beaux cheveux mais à quel prix ? 
C’est notamment le cas au Vietnam où culturellement les cheveux longs et épais sont un réel critère de beauté. Certaines vietnamiennes souvent issues de quartiers modestes ont donc trouvé en leurs longues chevelures un moyen de se faire de l’argent et d’échapper à la prostitution. Néanmoins elles font souvent face à des marchands mal intentionnés qui les sous-payent et qui parfois même leur volent leurs cheveux.
Dan Choi un coiffeur new-yorkais spécialisé dans les extensions a rapporté au média The Insider : "certaines grandes entreprises occidentales engagent des gangs locaux pour agresser les femmes avec un couteau et leur couper leurs cheveux en pleine journée ou pendant qu’elles dorment". C’est pour lutter contre ces abus qu’il a décidé de développer un "commerce équitable des cheveux" en offrant 3 à 4 fois plus d’argent aux vietnamiennes en échange de leurs cheveux. Selon-lui la plupart des acheteurs donneraient "entre 1 et 25 dollars" pour une queue de cheval alors que celles-ci valent beaucoup plus d’argent. 

 

Marlène de Studio Extensions, nous a également fait part de ses réserves à travailler avec des cheveux d’origine russes pourtant très demandés par les clients. Elle indique : "la Russie est un pays très secret et il n’y a aucun moyen d’avoir une réelle transparence sur la provenance des mèches". Elle raconte que dans des campagnes retirées des pays slaves pour subvenir à leurs besoins certaines femmes se retrouvent obligées de monnayer leurs cheveux souvent à des prix très bas. Impossible de savoir si ces échanges commerciaux se font dans des conditions morales. Marlène évoque aussi le possible "racket organisé par des mafias à l'encontre de ces femmes".

L’Inde représente aussi une grande source d’approvisionnement "gratuite" en cheveux. C'est le pays qui poserait le moins de problèmes en terme d'éthique car les femmes font naturellement don de leurs cheveux en guise d’offrandes aux dieux dans les temples. Ceux-ci sont ensuite récupérés et vendus au lieu d’être jetés. Toutefois, on peut regretter que ces généreuses donatrices ne soient jamais valorisées alors que leurs cheveux vont générer des business à plusieurs milliers voire millions d’euros. Selon Marlène, pour des cheveux d'excellente qualité elle doit payer "entre 2000 et 4000 euros le kilo" auprès des fournisseurs. 

Les cheveux de ces femmes sont en effet extrêmement rares. Ils appartiennent à la catégorie "remy" c’est-à-dire qu’ils sont vierges de la racine aux pointes, non traités chimiquement et qu’ils proviennent de la tête d’une seule personne. Les mèches de cette qualité sont les plus prisées par les clientes du monde entier et la demande dépasse souvent l’offre. C’est pour cette raison que les commerçants n’hésitent pas à faire preuve d’abus pour s’en procurer. 
Pour offrir aux clientes des tarifs plus compétitifs, il faut savoir que certaines entreprises n'hésitent pas à recréer chimiquement des mèches en effectuant des mélanges de fibres naturelles avec du synthétique ou même des poils d'animaux. Malheureusement pour les clients les indices de qualité présents sur les emballages sous la forme de note ne sont pas toujours fiables et il est souvent impossible de vérifier la provenance exacte des cheveux.

Comment reconnaître de bonnes mèches ? 
L'entreprise Great Lengths, leader mondial de l'extension depuis 20 ans est l'une des seules entreprises à garantir qualité et traçabilité dès l'origine des cheveux. Ils nous ont affirmé avoir un contrôle total sur tout le circuit : de la collecte des cheveux en Inde à la vente finale aux clients. "Nous sommes sûrs à 100% de la provenance de nos cheveux et savons exactement quelles transformations sont effectuées. Contrairement à d'autres entreprises nous ne passons pas par plusieurs intermédiaires. Tout est réalisé dans la même usine et nos lots sont numérotés". Great Lengths nous a aussi rappelé que pour eux : "la transparence est primordiale, tout est détaillé sur notre site internet et dans notre communication".
Pour ne pas vous faire avoir la marque nous a également partagé quelques conseils pour reconnaître des mèches de bonne qualité : "vérifiez bien que les cheveux soient doux, qu'ils ne brillent pas trop, que les mèches soient toutes dans le même sens et qu'elles ne s’effilochent pas". 

 

Attention à la kératine 
Si vos routines capillaires contiennent des produits à base de kératine, sachez qu'ils peuvent eux aussi s’avérer problématiques. La provenance de cette protéine n’est jamais vraiment précisée par les marques. La kératine peut provenir de plusieurs sources. Elle est notamment extraite de déchets d'origine animale : des cornes, des sabots d’animaux ou encore de plumes de volaille, de laine de mouton ou de coquilles d’œufs. Ces techniques sont souvent barbares, peu contrôlées et peuvent s’avérer dangereuses pour la santé. Il est donc plutôt recommandé de privilégier des produits à base de kératine végétale issue du blé ou du soja.
Plus étonnant encore, la marque américaine Virtue propose des shampoings et des soins à base de kératine directement extraite de cheveux humains grâce à une technique dévelopée par son fondateur le Dr. Luke Burnett. Cette kératine humaine appellée "Alpha Keratin 60ku" serait plus facilement intégrée par notre corps et aurait donc selon la marque des bienfaits pour les cheveux abîmés qui ont de quoi faire rêver. Néanmoins la question de la provenance des cheveux utilisés pour l'extraction se pose à nouveau même si la marque se veut plutôt rassurante : "nous utilisons des cheveux d’origine éthique n’ayant subi aucun traitement pour en extraire l’Alpha Keratin60ku. Ces cheveux sont achetés à des fournisseurs de renom, sélectionnés par l’entreprise. Tous les cheveux utilisés par Virtue ont été achetés à des personnes qui les ont vendus de leur plein gré et ils ne sont pas issus de dons. Les coupes sont réalisées manuellement, ce qui assure la qualité du cheveu et le bien-être du vendeur ". Cependent comme il n'existe aucun label de traçabilité, il en va finalement de la bonne foi de la marque. 

 

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