"Nappily ever after" : la nouvelle pépite de Netflix qui évoque bien plus que les cheveux "Nappily ever after" : la nouvelle pépite de Netflix qui évoque bien plus que les cheveux

Cheveux

"Nappily ever after" : la nouvelle pépite de Netflix qui évoque bien plus que les cheveux par Jennifer Padjemi

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Publié le Jeudi 4 Octobre 2018

On avait beaucoup parlé de ce mouvement qui pousse de nombreuses femmes noires à revenir à leurs cheveux "naturels", mais on n’avait jamais vu un film qui l’évoquait. Netflix l’a fait et on vous explique pourquoi c’est important.

S’il y a une chose qui est important dans le rapport à la beauté d’une femme noire, ce sont bien ses cheveux. La relation qu’elle entretient avec ces derniers peut être compliquée, mais représente toujours quelque chose de plus profond qu’un simple apparat. Qu’ils soient coiffés avec des tresses, des tissages, des perruques ou laissés au naturel, les cheveux afro ne sont jamais anodins. C’est de ce sujet que traite la dernière comédie romantique de Netflix, Nappily ever after, (traduit injustement en Une femme de tête) réalisé par Haifaa al-Mansour, originaire d’Arabie Saoudite et première femme réalisatrice de son pays. On l’avait déjà remarquée avec Wadjda, film sélectionné aux Oscars en 2014.

Nappily ever after, tiré d’un livre éponyme de Tina Gordon Chism, Lisa Loomer, Adam Brooks et Gina Prince-Bythewood, se présente comme inédit dans le paysage audiovisuel, puisque c’est la première fois qu’on voit un Big Chop (le fait de se raser la tête) à la télé. Le film suit la vie de Violet, une femme noire à qui tout réussit en apparence, jusqu’à ce qu’elle se rende compte que sa vie et la perfection qu’elle essaye d’entretenir, ne sont que des illusions. Ses cheveux deviennent alors le symbole d’un besoin de libération, pour retrouver son chemin, mais surtout pour se retrouver elle-même. A travers cette quête, c’est de ses perruques, de ses lissages et même de ses cheveux dont elle va se débarrasser.

Je ne suis pas (que) mes cheveux
Ca fait déjà plusieurs années que le "mouvement Nappy" a posé ses valises en France, prônant le retour aux cheveux naturels (non traités chimiquement), et pointant du doigt les défrisages répétitifs cassants et mauvais pour la santé des cheveux afro. Depuis, les blogs et chaînes Youtube spécialisés se sont succédés et les routines capillaires pour cheveux naturels ne sont plus vraiment un secret pour les femmes (et hommes) noir-e-s. Entre temps, on a même eu une Miss France (2017), Alicia Aylies, à la chevelure épaisse et crépue (malgré des polémiques de lissage innopportun) qui changeait ce qu’on avait eu l’habitude de voir jusqu’à présent.

Voir un film de ce type en 2018 est important, parce qu’il illustre parfaitement ce que les cheveux représentent pour une femme noire et va bien au-delà de ça. Dans le film, Violet a été élevée en pensant que la seule manière d’exister aux yeux des autres (mais surtout des hommes) était d’être parfaite, avec les cheveux lisses et toujours tirée à quatre épingles. Le tout en ayant une personnalité qui va dans ce sens : sans trop d’extraversion, ni de remous, la perfection nécessitant d’être cadrée. En décidant de se raser la tête et de se "libérer" de ses cheveux, elle se libère en réalité d’un carcan dans lequel la société et son entourage l’ont enfermée. Elle s’affirme, se montre sous son vrai jour, mais surtout se lâche, telle une #CareFreeBlackGirl, qui ne se soucie plus du regard des autres. En démontre cette merveilleuse scène où elle danse de tout son être, se révélant sous son meilleur jour.

Les cheveux afro VS les autres
On se rappelle alors de toutes les fois où Olivia Pope dans la série Scandale, laisse ses cheveux au naturel. Ce sont toujours dans des conditions de bonheur (en vacances au soleil), ou quand elle n’a pas le choix, notamment quand elle se fait kidnapper. Les cheveux apparaissent alors comme une barrière entre son vrai soi et ce qu’on décide de montrer à la société, ne laissant aucune faille passer, et par là, pas le moindre cheveux texturé. Pareil pour Annalise Keating dans How to Get Away With Murder, qui ne porte que des perruques, sauf chez elle, quand elle est seule ou avec sa mère. D’ailleurs, la fameuse scène où elle se démaquille complètement et enlève sa perruque pour la première fois, restera une scène d’anthologie car elle montre aussi un pan de la vulnérabilité que les femmes noires expérimentent dans le monde extérieur et qui nécessite de se protéger, à travers un élément aussi simple qu’une perruque.

Impossible cependant de ne pas remettre les cheveux crépus dans un contexte plus sociologique et historique qui remonte à l’esclavage, et à la manière dont on a poussé les femmes noires à détester leurs propres cheveux, leur inculquant que la seule référence acceptable était le cheveu lisse et long. Une analyse développée plus longuement et sociologiquement par Juliette Sméralda qui avait écrit en 2005, Peau noire, cheveux crépus : L’histoire d’une aliénation et dans lequel elle explique les origines de cette relation qui a toujours été complexe.
Plus récemment en 2015, c’est la journaliste Rokhaya Diallo qui en avait parlé dans Afro !, le remettant dans un contexte plus moderne, après que la vague "Natural and Happy" soit passée par là. Nappily ever after n’est pas qu’un film qui parle "de cheveux", ni qu’un "film romantique", loin de là. C’est avant tout un récit sur l’acceptation de soi et les épreuves par lesquelles il faut passer pour en arriver là. Finalement, ce n’est pas (que) l’amour que Violet va trouver, mais surtout la capacité à s’aimer elle-même avec ses spécificités et ses propres envies.

Avec plein de bons sentiments, mais pas trop non plus, cette nouvelle pépite de Netflix a le mérite de rappeler que le choix de garder ses cheveux naturels n’est pas une raison de pointer du doigt celles qui ne le souhaitent pas, mais aussi que ce cheminement n’est pas unilatéral.. Le plus important étant de trouver ce qui correspond à chacune.

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