Les grandes chaînes de salons de coiffure sont-ils prêts pour s'occuper des cheveux afro ? Les grandes chaînes de salons de coiffure sont-ils prêts pour s'occuper des cheveux afro ?

Cheveux

Les grandes chaînes de salons de coiffure sont-elles prêtes pour s'occuper des cheveux afro ? par Marine Decremps

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Publié le Mercredi 13 Février 2019

Nouveau graal de la cosmétique, l’inclusivité commence enfin à faire son chemin en beauté. Est-ce que, pour autant, le mouvement suit dans les salons de coiffure, où l’expertise sur tous types de cheveux ne peut pas s’improviser ? Petite enquête entre couleur et coupe.

Quand Inès a poussé la porte de ce salon de coiffure réputé, elle ne s’attendait pas à un tel massacre. "Il m’a fait une coupe sur cheveux mouillés. Je ressemblais à un champignon !" Victimes : ses cheveux bruns et bouclés de Tunisienne. Coupable : un coiffeur plus rompu aux coupes sur cheveux "caucasiens" que "méditerranéens". Une expérience que la jeune femme pourrait malheureusement partager avec Marie-France, qui peine à trouver un coloriste pour ses cheveux asiatiques. Ou avec Sedy, qui ne confierait certainement pas ses cheveux crépus au premier venu.

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Il m’a fait une coupe sur cheveux mouillés. Je ressemblais à un champignon !

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En France, une écrasante majorité de coiffeurs n’est pas (encore) formée aux techniques indispensables pour répondre aux besoins d’une grande partie de la population. Le parcours pour qui souhaite devenir coiffeur est le suivant : un Certificat d’Aptitude Professionnelle agrémenté d’un Brevet Professionnel. Or "les techniques de coiffage sur cheveux “non caucasiens” ne sont tout simplement pas dispensées, ni dans le CAP, ni dans le BP", constate avec regret Alain Danieau, responsable pédagogique du Centre de formation d’apprentis Ambroise Croisat, à Paris. "Contrairement à ce qu’on observe aux États-Unis, l’institution n’est malheureusement pas en phase avec notre société dans ce qu’elle compte de métissage", résume la coiffeuse Delphine Courteille.

COUPES DU MONDE
Résultat : les rares coiffeurs formés le sont grâce à un détour par les États-Unis ou par appétence personnelle, comme c’est le cas pour Pierre Alexandre, à la tête du salon parisien L’Appart de Zach, qui a commencé par s’entraîner sur sa mère, une femme aux cheveux très fins et frisés, avant d’être initié par une Cap-verdienne, puis une Camerounaise. Aujourd’hui, reconnaît-il, beaucoup de clientes atterrissent chez lui "après s’être fait refouler ailleurs". Delphine Courteille, elle, s’est formée sur les backstages des défilés. "Si j’avais entrepris de coiffer Naomi Campbell avec une brosse en métal, croyez-moi, elle m’aurait frappée avec", plaisante-t-elle.
En attendant, il y a bien sûr les salons spécialisés, mais "les femmes aux cheveux crépus n’ont pas forcément envie d’y aller si le style ne leur plaît pas", constate la coiffeuse. Dans les grandes enseignes, il arrive souvent que des coiffeurs refusent une cliente, de peur d’un raté ou par manque de temps, comme l’a constaté Daphné Narcy, fondatrice du salon l’Atelier Green : "Dans les chaînes, les coiffeurs ont un temps imparti de 30 minutes par cliente et le week-end, parfois seulement 20 minutes, ce qui est insuffisant si on ne maîtrise pas la technique." Du coup, la meilleure façon de repérer un salon reste le bouche-à-oreille. Quitte à traverser toute la ville pour s’y rendre. "Pour un simple soin, je voudrais pouvoir aller en bas de chez moi. Au lieu de quoi, je prends le métro et croise des dizaines de salons sur ma route", raconte Julie. "Nous devrions pouvoir nous faire coiffer partout, sans que cela ne devienne une contrainte", renchérit Sedy. Mais force est de constater que, pour le moment, les solutions ne se trouvent pas au coin de la rue.

À LA TÊTE DU CLIENT
Est-ce à dire que les volontés d’inclusion n’existent pas ? "Franck Provost a ouvert, il y a plus de dix ans, son premier salon à destination des cheveux “non caucasiens” : l’enseigne Niwel (dédiée aux femmes noires, mates et métissées, ndlr)", raconte Olivia Provost, directrice marketing et communication du groupe. Ainsi a-t-il ouvert quatre enseignes Niwel en région parisienne et deux en Martinique. À cela s’ajoutent, dans le groupe, quinze salons Fabio Salsa, "experts de la diversité". Pour ces deux marques, les techniciens sont formés dans le centre de formation non diplômant du groupe, Provolite.
Des initiatives existent, par ailleurs, ici ou là, comme celles, pour cheveux texturés, proposées par le Studio Ana’e, salon parisien et centre de formation pro ouvert par une ancienne de L’Oréal, mère de deux enfants métis. Delphine Courteille ouvrira quant à elle, début 2019, un centre de formation où les particuliers pourront s’initier, entre autres, au coiffage et au soin des cheveux "non caucasiens". C’est un début.

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