Nouvel an ‘chinois’ : et si on arrêtait les clichés sur les asiatiques ? Nouvel an ‘chinois’ : et si on arrêtait les clichés sur les asiatiques ?

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Nouvel an ‘chinois’ : et si on arrêtait les clichés sur les Asiatiques ?

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Non, le nouvel an lunaire n’est pas uniquement chinois. Et si c’est à chaque fois l’occasion pour la communauté asiatique de subir amalgames et clichés racistes, la jeune génération a décidé de faire bouger les lignes.

La communauté asiatique est à l’honneur à l’occasion des célébrations de la nouvelle année lunaire, celle du Chien de Terre, à partir du 16 février 2018 et durant les deux prochaines semaines. Un "quart d’heure de gloire" au goût amer, l’événement étant surtout l’occasion pour la société occidentale de montrer son ignorance quant aux cultures d’Asie. Pour preuve : le nom de "nouvel an chinois" qu’on donne à la nouvelle année lunaire, totalement à côté de la plaque selon Kimberly Truong. Dans un article de Refinery29, la journaliste américano-vietnamienne rappelle qu’elle existe dans d’autres pays que la Chine, comme le Viêt Nam (qui célèbre la fête du Têt), la Corée du Sud ou encore la Thaïlande. Preuve encore, la façon dont les marques se servent de cette tradition pour vendre (Donatella Versace a par exemple annoncé que son Jack Russel était sa nouvelle égérie) et, pour certains médias, pour écrire des articles stigmatisants (dédicace au HuffPost, qui nous propose d’apprendre à cuire un "riz parfait"). Et on ne parlera pas de Twitter, qui a sorti aujourd’hui sa collection de vannes racistes à base de trucs kawaï et de nems fourrés au chien. Ou l’art de résumer les cultures asiatiques en trois thèmes : la Chine, ce qui est petit et mignon, et la bouffe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De la vanne sur les raviolis à la violence 

Si le traitement accordé aux communautés asiatiques (ou son absence) est surtout visible lors du nouvel an lunaire, le problème existe 365 jours par an. On se souvient ainsi de la comptine "Chang, le petit Chinois", qui avait mis le feu aux poudres en décembre dernier. Le Web s’était alors demandé comment un tel texte avec pu être publié dans un manuel scolaire. Selon Daniel Tran, le président de l’Association des Jeunes Chinois de France (AJCF), c’est notamment car le racisme anti-asiatique "est vu comme moins grave, parce qu’il est banalisé". Il n’en reste pas moins lourd au quotidien. Voire dramatique. "Les inconnus me font des réflexions lorsque je les croise dans la rue", raconte Aurore, étudiante française d’origine chinoise. "On m’a aussi appelée Mulan, ou on s’est attendu à ce que j’aie des difficultés avec le Français, alors que c’est ma langue maternelle". Minh Hiên, elle, explique qu’elle a "régulièrement droit à des ‘nĭ hăo’, c’est-à-dire ‘bonjour’ en chinois, alors que (ses) parents sont vietnamiens".

Pire : en août 2016 puis en mars 2017, deux immigrés chinois, Chaolin Zhang et Shaoyao Liu, étaient agressés et tués. Le premier par des voleurs, le second par les forces de l'ordre. "C’est surtout le cliché de l’Asiatique qui travaille au black et qui a beaucoup d’argent en liquide, qui mène à la violence", explique Mathilde Pinson, responsable du contentieux pour SOS Racisme. Mais si on comprend l’origine de ces attaques, il existe peu de chiffres sur le sujet. "Très peu de plaintes sont déposées, parce qu’il y a une méconnaissance du droit Français, la barrière de la langue et une forme de fatalisme, analyse Mathilde Pinson. Les victimes acceptent ces agressions, en se disant que les autorités ont mieux à faire". Elodie Ye, vice-présidente de l’ACJF, estime qu’il y a eu "100 agressions durant les 6 premiers mois de l’année 2016. Les femmes et les personnes seules sont les premières victimes". Mais depuis les manifestations qui ont suivi le décès de Chaolin Zhang, les agressions sont toutefois en baisse : "Il y a une prise de conscience des autorités et une prise de parole chez les asiatiques, note Elodie Ye, notamment les jeunes". Qui ont décidé de ruer dans les brancards.

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S’émanciper de la culture du silence

"On reproche aux Asiatiques de rester silencieux, mais aujourd’hui, ils prennent la parole", annonce d’emblée Julie Hamaïde. Fatiguée par les amalgames et lassée de voir les Asiatiques se taire, cette jeune journaliste a lancé le magazine Koï en septembre 2017, pour aider le public à mieux connaître sa culture. Une prise de parole très attendue, puisque la rédactrice en chef note que son lectorat est composé de personnes asiatiques soulagées que l’on parle enfin d’elles, et de lecteurs non-asiatiques qui ont envie d’apprendre (et d’éviter les gaffes). D’origine vietnamienne, c’est en remarquant le vide médiatique que Julie Hamaïde a décidé d’agir. "Dans tous les pays qui ont accueilli des immigrés d’origines asiatiques, on les enferme dans cette image de communauté modèle, qui serait plus respectueuse des règles, plus travailleuse et plus discrète. En traduction : ‘fermez bien votre gueule’", s’énerve quant à elle Grace Ly dans le podcast La poudre. Auteure et réalisatrice, Grace Ly a créé son propre blog de bouffe, "La Petite Banane" – un fruit "jaune à l’extérieur et blanche à l’intérieur" – suite à un ras-le-bol des clichés sur la nourriture asiatique. En 2017, elle a aussi lancé une Web-série, "Ça reste entre nous", pour ébranler les stéréotypes. A regarder tous les jours de l’année, histoire de ne plus jamais sortir "Je nem que toi" à votre pote d’origine japonaise. 

Laura Carreno-Müller

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