'Ni Pape Ni Psychiatre' : et si nous étions enfin bienveillants avec les enfants homosexuels ? par Anne Lods

Dimanche 26 août, lors d’une interview, le Pape François a conseillé aux parents d’enfants homosexuels de les diriger vers la psychiatrie. La communauté LGBTQ+ s’est naturellement insurgée et a lancé, dans la foulée, le hashtag #NiPapeNiPsychiatre sur Twitter. Un moyen de montrer que les enfants concernés ont avant tout besoin de bienveillance et d'écoute.

"Quand [l’homosexualité] se manifeste dès l'enfance, il y a beaucoup de choses à faire par la psychiatrie, pour voir comment sont les choses". C’est ce qu’a déclaré le Pape François lors d’une interview, dimanche 26 août 2018. Des propos qui ont choqué athées mais aussi croyants, tant ils étaient homophobes et d’un autre temps. Ils ont même pris une ampleur dramatique, quand on a appris le lendemain qu’un petit américain de neuf ans s’était suicidé après avoir fait son coming-out à l’école et subi du harcèlement de la part des autres élèves.

Comment éduquer les gens à la bienveillance si le Pape, représentant de la religion chrétienne dans le monde, parle de l’homosexualité comme d’une maladie ? Contre l'homophobie et aux Etats-Unis, des mères de famille ont lancé un mouvement du nom de Free Mom Hugs. Leur but ? Faire des tournées à travers le pays pour montrer leur soutien, avec un câlin, aux jeunes homosexuels que leur famille a rejetés. 
En France, Alice Coffin, journaliste et co-fondatrice de l’Association Française des Journalistes LGBT, a lancé le hashtag #NiPapeNiPsychiatre. L'idée : proposer aux internautes de partager une photo d’eux lorsqu’ils étaient enfants, pour montrer qu’ils allaient (et qu’ils continuent d’aller) bien. Un moyen pour la militante de dénoncer l’absurdité des propos du Pape François : "D’habitude, on a tendance à réagir aux attaques que les gens font envers les gays et les lesbiennes avec colère et on entre dans des accusations qui n’en finissent pas, explique-t-elle. En mettant une photo de nous petit.e, on dit ‘regardez à qui vous vous attaquez !’. Si c’est abstrait quand le Pape en parle, notre petite bouille irrésistible montre bien que c’est absurde de tenir des propos homophobes envers les enfants".

Et si certains enfants rejettent leurs petits camarades homosexuels, c’est justement parce que certains parents se sentent mal à l'aise à l'idée de parler relations amoureuses et sexualité, en termes adaptés, avec leur progéniture. Pourtant, Alice Coffin est convaincue que l’éducation est la clé pour endiguer l’homophobie, et qu’il est grand temps de s'y mettre. "Tout passe par une prise de conscience des adultes et de leurs responsabilités, précise-t-elle. Il faut laisser aux enfants la possibilité de ne pas vivre dans une norme hétérosexuelle et leur permettre de le dire. Moi, par exemple, je leur demande : ‘tu as un amoureux ou une amoureuse ?’. Ma question n’est jamais genrée d’un côté ou de l’autre". Un changement de discours qui, pour la militante, doit prendre place au sein du foyer comme dans le système scolaire.

Enfin, si Alice Coffin ne s’attendait pas à un tel succès sur les réseaux, elle l’explique surtout par un ras-le-bol général, qu'on ressent depuis déjà cinq ou six ans. "En France, il y a une saturation du discours contre les lesbiennes et les gays. Depuis l'explosion lors du débat sur le Mariage Pour Tous, on ressent une sorte de sidération de la communauté LGBTQ+. Si aujourd'hui, on a tous été abasourdis par les propos du Pape, ce qui nous vient naturellement ensuite c’est le ‘ah non, pas encore !’, développe-t-elle. L’Eglise est, de fait, associée au mouvement de la Manif Pour Tous et on ne veut pas revivre tout ça, surtout maintenant alors que l’on avance et que la PMA va être bientôt discutée".