Plaisir prostatique et sextoys : le plaisir masculin, vers la fin d’un tabou ? Plaisir prostatique et sextoys : le plaisir masculin, vers la fin d’un tabou ?

Sexologie

Sextoys : le plaisir masculin, vers la fin d’un tabou ? par Elia Manuzio

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Publié le Mardi 12 Février 2019

De plus en plus curieux et avides de nouvelles sensations, les hommes hétéros n’hésitent plus à se munir de compagnons de jeu spécialement conçus pour eux. Un virage important dans une industrie trustée par les vibromasseurs rose bonbon.

En 2014, l’artiste Paul McCarthy installait un gigantesque plug anal sur la place Vendôme. Coïncidence ou non, entre 2014 et 2018,  l’enseigne Passage du Désir a enregistré une  croissance de 800% des ventes de plugs anals. Dans le même temps, les termes "plug anal" et "plaisir prostatique" explosent dans les recherches Google. Patrick Pruvost, fondateur de ce "love store", a remarqué que dans ses boutiques, le ton avait changé : "Quand nous avons ouvert, lorsque l’on parlait de sextoys dédiés au plaisir masculin, les hommes étaient sur la défensive – 'C’est pour les homos'. Maintenant, ils se disent 'Pourquoi pas', ils posent des questions sur des objets vers lesquels ils ne seraient jamais allés avant, ils s’intéressent, ils sont prêts à essayer". Concrètement, le rayon masculin aujourd’hui, ce sont les objets destinés au plaisir prostatique (plug anal et autres), les gaines de masturbation (qui donnent l’illusion de pénétrer un vagin de femme), et les sextoys de "couple" (anneau pénien, pinces vibrante). Et ça cartonne : au Passage du Désir, le "Egg" de la marque Tenga (une gaine de masturbation) est la plus grosse vente en volume toutes catégories confondues. Il est loin le temps de l’hégémonie du "Rabbit" de Charlotte York dans Sex and The City.

Des hommes en quête de nouvelles sensations
Si les ventes décollent, le plaisir masculin ne représente pas encore la plus grosse part du marché du sextoy. Paradoxalement, ce sont les hommes qui ont le plus de facilité à se masturber et à l’assumer, mais ce sont aussi ceux qui disposent du moins de "jouets" pour le faire – 80% du marché est dédié aux femmes et aux couples. Car le plaisir masculin n’a pas toujours eu bonne presse explique Patrick Pruvost : "Il est très caricaturé. Historiquement, une femme qui utilise un sextoy, elle explore, un homme, c’est qu’il n’a pas trouvé mieux, c’est un peu vu comme une défaite sociale". "Il y a 15 ou 20 ans, on voyait d’un mauvais œil le plaisir masculin parce que cela voulait dire qu’au lieu de s’occuper de sa partenaire, l’homme s’occupait de lui, ajoute Quentin Bentz, manager France de la marque de sextoys LELO. Le marché s’est donc volontairement concentré sur les femmes. Aujourd’hui, on vit une sorte de retour à la normale, on s’occupe de tout le monde". Un changement de paradigme qui s’explique aussi par la prise de conscience des nuances du plaisir masculin. Non il ne suffit pas d’astiquer un pénis en érection et d’attendre que ça se passe. "Les hommes découvrent que les vibromasseurs ne sont pas que pour les femmes, poursuit Patrick Pruvost, en témoigne le succès du WeVibe par exemple. Le sextoy féminin est aussi de moins en moins féminin. En boutique, on suggère de les utiliser aussi sur les hommes par exemple en passant un appareil vibrant ou soufflant sous les testicules".

Un marché ultra inventif
Pour décomplexer les hommes et faire du sextoy masculin un objet hautement désirable, les marques redoublent d’inventivité. Fini les gaines singeant l’apparence d’un sexe féminin avec des poils, les sextoys dédiés aux hommes sont maintenant de vrais objets de design aux technologies ultra sophistiquées. "Le design, c’est vraiment un élément qui a joué dans la popularisation du sextoy pour hommes" explique Patrick Pruvost.  Et il suffit de faire un tour sur les dernières nouveautés pour s’en rendre compte : le sextoy est devenu high-tech. Parmi les derniers nés, le "Flip Zero" (une gaine masturbatoire aux airs d’enceintehaut de gamme), le "Satisfyer Men Vibration", noir, mat et hyper sharpé, ou encore le "Peak Performa", sorti tout droit d’une pub Axe. Mais à l’avenir, sur le marché du plaisir masculin, c’est probablement la SexTech qui raflera la mise. Demain, à leur collection de gadgets technologiques s’ajouteront des sextoys connectés comme le F1, calibré comme une voiture de course toutes options et présenté comme le masturbateur du futur. Quant au "Love & care", tendance sur laquelle parient les marques de sextoys pour séduire les femmes en recherche de bien-être (œufs Yoni, compléments alimentaires et rituels de soin du vagin), il y a peu à parier qu’elle se développe pour les hommes : "On a tenté un virage, de parler aux hommes de bénéfices santé. Mais le marché est encore très viriliste. Les hommes veulent de la performance et des outils connectés pour s’évaluer et s’améliorer" conclut Quentin Bentz.

Plus d’infos sur passagedudesir.fr

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