Sexe : pourquoi ces hommes se font-ils circoncire à l’âge adulte ? Sexe : pourquoi ces hommes se font-ils circoncire à l’âge adulte ?

Sexologie

Sexe : pourquoi ces hommes se font-ils circoncire à l’âge adulte ? par Anne Lods

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Publié le Jeudi 3 Octobre 2019

Circoncision et religion ne vont pas toujours ensemble. Certains hommes décident en effet de se faire retirer le prépuce à l’âge adulte. On a voulu comprendre leurs motivations.

C’est lors d’une conversation avec une amie, dans un café, que l’on a été mises au courant : il y a des hommes qui décident de se faire circoncire à l’âge adulte. Plusieurs. Et si on pensait qu’il s’agissait d’une pratique réservée à certaines religions et que l’on pratiquait peu de temps après la naissance ou encore à des pathologies du prépuce comme le phimosis, certains adultes sauteraient le pas pour des raisons qui leurs sont personnelles. Nous avons donc interrogé deux trentenaires qui ont abandonné ce petit bout d’eux-même pendant leur vingtaine, ainsi qu’un urologue, afin de saisir toute la complexité de la pratique. 

Changer de regard sur son sexe et sur soi

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Un prépuce, ça fait un peu trompe d’éléphant

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Il aura fallu (sans mauvais jeu de mot), d’une discussion avec sa copine pour que Rémi*, 32 ans, s’intéresse à la circoncision, à l’âge de de 27 ans. L’ingénieur de métier s’est alors penché sur la question, en parcourant les Internets à la recherche de réponses mais également auprès de ses amis. "Rien a été simple. A cause du patriarcat on ne parle pas des questions liées au pénis entre mecs, regrette-t-il. Mais dans ces conversations, deux réponses revenaient : 'il paraît que les meufs préfèrent' et 'c’est plus beau, regarde tous les acteurs pornos le sont '. " Des exemples qui ont nourri sa réflexion jusqu’à le mener dans le bureau d’un urologue d’une clinique privée. Ce dernier lui aurait alors présenté les avantages médicaux d’une telle pratique. De quoi motiver davantage le jeune homme à passer sur le billard. 
Pour Paul*, 32 ans également, les choses se sont passées un peu différemment, puisqu’il est lui-même à l’origine de cette initiative, qu’il a mûrement réfléchi et qui lui a permis de se réconcilier avec son corps. "Je trouve les pénis circoncis plus sexy, nous confie-t-il. Un prépuce, ça fait un peu trompe d’éléphant." C’est à 21 ans qu’il a passé le cap, après avoir pris rendez-vous avec un urologue, qui a, pour lui aussi, vérifié quelles étaient ses motivations et s’il n’avait aucun problème de santé. 

Pour les deux hommes qui ont grandi et apprivoisé leur sexualité avec un prépuce, ce changement radical a été plutôt positif. Passée la convalescence un peu douloureuse et surtout, la (trop) longue période d’abstinence sexuelle, les deux n’ont finalement aucun regret. Et s’ils ont tous deux dû réapprendre à se masturber, ils ont une vision neuve de leur sexualité, tout à fait différente l’un de l’autre. Pour Rémi, d’abord, la circoncision lui aurait permis d’asseoir une certaine virilité, représentée par un gland désormais apparent. "Je trouve mon pénis plus beau aujourd’hui, voire plus ‘masculin’, nous dévoile-t-il, avant de se réjouir des changements qu’il y a eu dans sa vie sexuelle. J’ai la sensation d’avoir gagné en endurance, mais pas perdu en sensations ! J’ai également l’impression d’avoir des orgasmes plus 'profonds', plus intenses. En ce qui concerne les fellations, je ressens la même chose qu’avant."
Paul, quant à lui, n’observe pas de différence notable si ce n’est sa nouvelle confiance en lui. "J’ai eu de la chance de connaître l’avant et l’après circoncision, donc je peux plus ou moins comparer, nous explique-t-il. Et si certains disent qu'il y a une diminution de plaisir, pour moi ce n'est pas le cas. Mes sensations seraient même plutôt identiques à avant. " 

Et si cette opération bénigne avait simplement changé le regard de ces hommes sur eux-mêmes et, de fait, rendu leur vie sexuelle meilleure ? 

Une opération sans preuves avancées par la science

Il existe en effet peu de preuves scientifiques avancées autour des bienfaits - ou non - de la circoncision, d’abord sur la sexualité. Aucune étude ne prouve l’efficacité de la circoncision sur le plaisir, comme nous le rappelle Matthieu Durand, chirurgien urologue. "Quoique l’on dise sur les prétendues retentissements sur la vie sexuelle sont des commérages " Il faut néanmoins s’attendre à des changements. Tout comme Paul et Rémi ont du réapprendre à se masturber car la peau ne coulissait plus sur leur gland, celui-ci va aussi changer de texture. "Le gland décalotté va finir par se kératiniser, c’est-à-dire que la muqueuse va se raffermir après plusieurs années d’exposition", nous a précisé le spécialiste. Voilà tout.

Car si Paul et Rémi ont sauté le cap pour des raisons esthétiques, aucune étude ne prouve non plus l’efficacité de la circoncision sur la santé. "Dans l’Egypte ancienne, on pratiquait l’ablation du prépuce à visée hygiénique, nous explique Matthieu Durand. Il n’y avait pas de douche et on n’avait pas l’habitude de se laver." Des habitudes qui ancrent également les religions juives et musulmanes, dans lesquelles on pratique la circoncision comme pratiques de "purification" et qui ne sont pas discutables d’un point de vue médical, ici. Pourtant les habitudes hygiénistes demeurent encore aujourd’hui et, pour beaucoup, la "saleté" qui se logerait sous le prépuce serait synonyme de maladies. "Si on a l’habitude normale de prendre une douche par jour, poursuit l’urologue, que l’on nettoie cet endroit tout comme on nettoierait son oreille, il n’y a aucune raison que ce soit plus sale qu’ailleurs." Il suffit donc simplement de bien décalotter un pénis non circoncis pour venir à bout des odeurs et des résidus - somme toute naturels - qui viennent se loger sous le prépuce. Ces derniers qui s’installent finalement aussi sur un pénis circoncis. Le spécialiste de rappeler qu’il n’y a donc aucun risque de contracter plus d’infections sexuellement transmissibles si l’on garde son prépuce, ni même moins de chances d’en contracter si l’on est circoncis. D’un point de vue médical donc, comprenez bien que les deux se valent. 

Enfin, pour la précision, la circoncision n’a rien à voir avec l’excision. "Il faut tordre le coup à ce débat, précise Matthieu Durand. L’excision est une barbarie. Chez l’homme, ça reviendrait à lui couper le gland". La circoncision se rapprocherait en fait davantage des nymphoplasties. Comprenez alors que chacun.e fait de son sexe ce qu’il souhaite, en dehors des maladies qui peuvent entraîner ce genre d’opérations. 

* Les prénoms ont été modifiés pour respecter l'anonymat de nos témoins.

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