Gynécologie : qu’est-ce que la vulvodynie ? Gynécologie : qu’est-ce que la vulvodynie ?

Sexologie

Gynécologie : qu’est-ce que la vulvodynie ? par Anne Lods

Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de visiteur Icône utilisée pour page visite

PLUS LUS

Icône de montre Icône utilisée pour voir le temps de lecture de ce contenu

Temps de lecture

5 minutes

Publié le Mercredi 6 Février 2019

Vous souffrez d’une douleur au niveau de la vulve et/ou du vagin et ça vous inquiète ? Vous souffrez peut-être d’une vulvodynie. Qu’est-ce que c’est ? On a interrogé Stéphanie Deis, gynécologue spécialiste des pathologies vulvaires pour vous apporter les réponses nécessaires.

Si l’on commence à rendre la sexualité féminine moins tabou et plus accessible, certains sujets sont souvent oubliés au fond d’un placard, bien fermé. Celui des douleurs gynécologiques est l’un d’entre eux. L’anatomie féminine est une mécanique bien huilée, pourtant il arrive parfois que l’on ait mal, très mal, quand on fait l’amour, quand on essaie de mettre un tampon, ou alors quand on s’assoit. Et comme c’est tabou : on n’en parle pas, on sert les dents, et en plus, à tort, on se dit que c’est de notre faute. Pourtant, s’il y a douleur, c’est qu’il y a un problème et il ne faut passer à côté d’aucun symptôme. Il peut s’agir d’une IST, dans quel cas c’est important de la détecter rapidement, mais aussi d’une pathologie comme la vulvodynie. Ça ne vous dit rien ? Il s’agit de la première cause de douleur à la pénétration vaginale et aussi de la première raison pour laquelle les femmes consultent en pathologie vulvaire.
Mais qu’est-ce que c’est ? On a demandé à une gynécologue spécialisée, Stéphanie Deis, de nous apporter un éclairage professionnel.


 

#1 Qu'est-ce que c'est la vulvodynie ?
La vulvodynie est une pathologie qui rend la vulve douloureuse et qui dure plus de trois mois. On la reconnaît par une hypersensibilité au niveau de la vulve et de l’entrée du vagin. Elle provoque des douleurs qui sont essentiellement vécues lors des rapports sexuels et qui les rend souvent impossibles. Elles peuvent être également ressenties par un simple contact avec un vêtement trop serré, en position assise prolongée, ou encore en insérant un tampon. Parfois, elles ne résultent même de rien, on dit alors qu'elles sont spontanées. 

Comment reconnaître ces douleurs ? Elles s'apparentent à des brûlures, à une sensation d’étirement ou de déchirement. Il est difficile de détecter une vulvodynie car, malgré l'intensité des douleurs, elle ne présente aucune lésion vulvaire et n’est déclenchée par aucun trouble neurologique.
Les origines de la vulvodynie sont multiples. Elle peut apparaître suite à des problèmes de santé comme une infection mycosique difficile à traiter et prolongée ou une cystite très douloureuse, mais également après des évènements marquants comme un deuil, un conflit professionnel ou familial.

#2 Toutes les femmes peuvent souffrir un jour de vulvodynie ?
Oui, même s'il existe deux types de vulvodynies qui ne touchent pas le même public : 
- Celles que l’on qualifie de provoquées, qui touchent majoritairement des femmes jeunes qui peuvent être (mais pas toujours) de nature hypervigilantes, anxieuses et dans l’hypercontrôle. Elles présentent souvent des douleurs associées telles qu’une fribomyalgie, des cystites interstitielles, une lombalgie chronique, des migraines, une colopathie fonctionnelle… 
- Les autres, dites spontanées, qui touchent les femmes plus âgées en pré ou en ménopause et qui sont associées à une atrophie vulvo-vaginale qui est dûe à une carence en oestrogène. Dans ce cas, la douleur vulvaire est plus diffuse. 

#3 S’agit-il alors d’une maladie ou est-ce psychosomatique ? 
C'est une pathologie médicale compliquée. Comme la vulvodynie ne présente aucune "preuve" visible, les examens cliniques ressortent toujours "normaux". Il faut donc insister et voir plusieurs spécialistes si la douleur subsiste et que l'on vous dit qu'il n'y a rien. Car ce n’est pas dans sa tête. Dans le jargon médical, on parle d’une hyperesthésie vestibulaire, soit une hypersensibilité de la zone, appelée "allodynie". C’est une douleur déclenchée par un stimulus, normalement indolore, comme le simple contact d’un coton-tige, dans le cas d’un examen médical.
Les origines de cette douleur sont malheureusement encore peu connues des spécialistes. L’allodynie est un mécanisme complexe qui pourrait venir d’une modification des circuits neuronaux à l’intérieur même de la moelle épinière, et créer ainsi une sensation intense de douleur.

Elle est appelée "dépression du vagin" par le grand public. Pourquoi ? Car elle a forcément des conséquences sur le moral, souvent un syndrome anxio-dépressif, accompagné d’une baisse de libido, due cette impossibilité d’avoir des rapports vaginaux indolores et une pénétration qui mènent, à la longue, à une perte d’estime de soi et de confiance. 

#4 Comment se soigne-t-elle ?
Comme on l'a dit, la vulvodynie est une pathologie encore mal connue de tous les praticiens. Elle nécessite donc de se tourner vers un spécialiste en pathologies de la vulve. Pour cela, il existe des gynécologues ou des dermatologues spécialisés en pathologie vulvaire. En région parisienne, on peut se rendre à l’hôpital intercommunal de Créteil où il existe un service gynécologique spécialisé. Autrement, à l’hôpital Tarnier, dans le 6e arrondissement, on trouve également un service de consultation en dermatologie vulvaire. Enfin, partout en France, il existe des dermatologues spécialisés en vulvodynie qui sauront accueillir les patientes, ainsi que certains gynécologues.

La première consultation est longue et plusieurs stratégies doivent se mettre en place. Plusieurs solutions sont alors apportées, et il faudra être assidue. On aura à appliquer régulièrement des crèmes locales hydratantes et apaisantes sur la zone douloureuse puis, comme dans la plupart des cas on observe une "hypertonie musculaire périnéale", il faudra certainement passer par une kinésithérapie spécialisée à base de relaxation du périnée, mais aussi de massages par des praticiens spécialisés.
Se soigner d’une vulvodynie est long processus. Il nécessite souvent de passer, en plus, par une psychothérapie, avec un.e spécialiste en sexologie, pour favoriser sa guérison.

#5 Quels conseils pour renouer progressivement avec sa vie sexuelle ?
Tout d'abord, on peut pratiquer la relaxation par la respiration abdominale, pour détendre les muscles du périnée. Puis, pour retrouver progressivement une vie sexuelle agréable, on favorise les préliminaires longs pour stimuler une meilleure lubrification. On n'hésite pas, alors, à utiliser des lubrifiants pour s’accompagner. Surtout, on choisit aussi des positions confortables où la pénétration est moins douloureuse. Il est donc vraiment important de prendre son temps et de faire de cet instant un vrai moment privilégié (et ce, même si l'on ne souffre pas de vulvodynie).
Pour diminuer la sensation douloureuse et l’appréhension, on peut aussi utiliser des gels anesthésiants à appliquer en massant bien avant le rapport. Dans le cas d’une relation hétérosexuelle, attention à penser à se protéger avec un préservatif : ces crèmes anesthésiantes peuvent de fait, endormir les sensations de votre partenaire au niveau du gland et du pénis.
Après le rapport, on pense à appliquer des crèmes apaisantes et hydratantes. Stéphanie Deis conseille le baume Cycaplast de La Roche-Posay, le Cicalfate de la marque Avène, ou même l’huile de coco

Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu

* champs obligatoires