Sexe: pourquoi certains hommes simulent-ils l'orgasme ? Sexe: pourquoi certains hommes simulent-ils l'orgasme ?

Sexologie

Sexe: pourquoi certains hommes simulent-ils l'orgasme ? par Elia Manuzio

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Publié le Mardi 19 Novembre 2019

Jouir ou ne pas jouir ? Là n’est plus la question. Plutôt que de toujours devoir performer, certains hommes préfèrent simuler. Mais pourquoi tant de fake ?

Il s’est fait griller. Il a cru qu’avec quelques contractions du bassin et du pénis, sa partenaire ne verrait que du feu à son petit stratagème. Mais l’absence de semence de Colin, 22 ans, l’a trahi. "Pourquoi tu fais semblant ? C’est moi ? Je ne te plais pas ?" lui a demandé sa copine de l’époque. Raisonnable, il a joué l’honnêteté. Elle est plus demandeuse sexuellement que lui, il s’est forcé, tout en sachant qu’il ne jouirait pas. Quand elle lui a demandé s’il "venait" bientôt, il a préféré simuler, pour "mettre un terme au rapport de manière agréable".

Les hommes en parlent peu mais, selon une étude réalisée en février dernier par le site de médecine en ligne Zavamed.com auprès d’Américains et d’Européens, 27% d'entre eux ont déjà simulé au moins une fois dans leur vie. Dans une enquête de l’Ifop publiée le même mois, ce chiffre grimpe à 42% et concerne la moitié des homosexuels, un tiers des bisexuels et un peu moins d’un quart des hétérosexuels. On est loin du score des femmes, qui sont deux sur trois à avoir déjà simulé. Mais les hommes avouent-ils aussi facilement avoir eu à feindre le plaisir ? "Chez eux, c’est mécanique", "ça marche à tous les coups", entend-on régulièrement. Pour Elisende Coladan, praticienne en sexothérapie, le sujet est encore tabou : "Notre société véhicule l’idée selon laquelle la sexualité est extrêmement complexe pour les femmes et évidente pour les hommes. Quand ça n’est pas le cas, un homme va penser que quelque chose ne fonctionne pas."

Biberonnés au culte de la performance, certains préfèrent, sans surprise, simuler plutôt que de faillir au mythe selon lequel un-homme-un-vrai, ça banderait, éjaculerait, jouirait et s’endormirait heureux comme un pape (enfin, pas tout à fait comme un pape). Un a priori responsable de beaucoup de pression, selon Elisende Coladan : "Je reçois en consultation des hommes qui, lorsqu’ils ont un rendez-vous avec quelqu’un rencontré via un site, ne se demandent plus s’ils vont passer un bon moment mais, plus franchement, s’ils vont être à la hauteur."

UN PETIT TOUR DE PASSE-PASSE
C’est ce genre de pression qui pousse Damien, 39 ans, à simuler régulièrement : "Un jour, pendant l’acte, ma partenaire m’a dit : “Vas-y, fais mieux que mon ex, s’il te plaît.” Le fait de me dire qu’elle pensait à lui m’a stoppé net." Pour donner le change, Damien ne fait pas "dans le théâtral", raconte-t-il : "Je donne deux ou trois coups de reins prolongés, en prenant de grandes inspirations et en bloquant. Je prends un mouchoir et une lingette et j’y mets le préservatif, qui est vide, du coup." Un tour de passe-passe qui illustre un lieu commun bien tenace : éjaculation = jouissance. "Je fais une distinction entre orgasme et jouissance, explique Elisende Coladan. L’orgasme masculin est quelque chose de mécanique, pas nécessairement lié à l’éjaculation, que la plupart des hommes vivent avec la masturbation. Cette éjaculation peut libérer des tensions, mais n’est pas forcément agréable et accompagnée de plaisir. Un homme peut éjaculer sans jouir, et inversement."

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"Un jour, pendant l’acte, ma partenaire m’a dit : ‘’Vas-y, fais mieux que mon ex, s’il te plaît.’’ Le fait de me dire qu’elle pensait à lui m’a stoppé net." Damien, 39 ans

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NE PAS VEXER
C’est justement parce qu’il a déjà discuté avec sa copine de cette possible déconnexion entre éjaculation et plaisir du moment, qu’Adam, 35 ans, se permet régulièrement de jouer les illusionnistes. Et finalement, il le fait pour les mêmes raisons que les femmes : lorsqu’il sent qu’il n’arrivera pas à jouir, il simule, pour "ne pas vexer". Difficile, alors, de ne pas se remettre en question quand la machine déraille. Pour Elisende Coladan, la mauvaise connaissance générale de la sexualité pose problème : "La sexualité n’est souvent liée qu’à l’orgasme, beaucoup moins aux notions de plaisir et de partage. Toute notre peau est une zone érogène et il y a plein de manières de jouir et d’avoir des orgasmes, qui ne sont pas liées à la génitalité." Martin Page, auteur d’Au-delà de la pénétration (éd. Monstrograph) abonde dans ce sens et déplore une vision monolithique de la sexualité masculine : "On a cette idée du corps féminin comme d’une immense zone érogène, alors qu’on n’envisage pas le corps masculin comme ça. Les hommes s’empêchent d’aller vers d’autres formes de plaisir. Ils se concentrent sur leur sexe." Pour lui, c’est toute une redéfinition de la sexualité masculine qui est nécessaire : "Les hommes ne sont pas éduqués à parler de ce qu’ils ressentent, de leurs subtilités. Il y a encore cette idée qu’un homme est un bloc qui bande et éjacule. La sensibilité des hommes est encore peu travaillée et peu discutée."

JOUIR À LA CARTE
Des initiatives comme les podcasts Les Couilles sur la table, The Boyz Club, ou la bande dessinée Pénis de table (éd. Steinkis) tentent de déconstruire les stéréotypes des sexualités masculines. Un travail dont Elisende Coladan illustre la nécessité avec une vérité encore plus taboue : certains hommes n’ont tout simplement pas de désir sexuel. "Il y a des hommes asexuels qui peuvent avoir des ressentis compliqués, des rejets, et ne pas comprendre ce qui ne va pas chez eux, précise-t-elle. Certaines sexualités masculines sont sexuelles, demi-grises, asexuelles parfois. Tant que les hommes n’auront pas conscience qu’il existe toutes ces nuances et que cela relève d’un fonctionnement normal, ils vont continuer de simuler." Et, après tout, est-ce si grave ? Finalement, sait-on vraiment où commence la vraie simulation ? Soupirer un peu plus lascivement, y aller un peu plus fort sur les "han-han" et les "oui-oui", est-ce plus pardonnable ? Non, mais on admet volontiers que cela ne fait pas de mal, comme de dire "miam-miam" au restaurant. Ça ne suffit pas pour exécuter une recette trois étoiles, mais, occasionnellement, ça donne du goût au plat de résistance.

Article paru dans le numéro 10 de GLAMOUR

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