Sexe : et si on arrêtait de serrer les dents quand on a mal ? Sexe : et si on arrêtait de serrer les dents quand on a mal ?

Sexologie

Sexe : et si on arrêtait de serrer les dents quand on a mal ?

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Il suffit de poser la question à son entourage féminin pour réaliser l’ampleur du phénomène : toute femme sexuellement active a un jour ressenti une gêne, voire une douleur, pendant qu’elle faisait l’amour… et s’est forcée à continuer. Une décision tout, sauf anodine.

Ça frotte, ça pique, ça tiraille. Si, en théorie, le sexe est censé être une partie de plaisir, des situations d’inconfort ou de souffrance peuvent survenir lors d’un rapport. Parfois, il s’agit d’une pathologie, comme l’endométriose ou la vaginite – une inflammation généralement due à une infection, qui touche 75% des femmes au moins une fois dans leur vie. Certains médicaments peuvent aussi avoir un impact, comme l’explique Soraya, 31 ans. "Pendant mes études supérieures, j’ai commencé un traitement contre l’acné, aux effets secondaires connus : perte de libido et sécheresse vaginale. Résultat, j’avais mal en faisant l’amour". D’autres facteurs peuvent jouer : stress, fatigue… Ou tout simplement, le fait de ne pas avoir envie, comme l’explique Enora, 32 ans. "Après un décès dans ma famille, j’ai eu moins envie. Ça a duré un an". Clémence, 26 ans, est elle "moins dans le délire certains jours, sans raison objective". Rien de grave, a priori… Sauf que ces jeunes femmes racontent avoir fait l’amour malgré tout, en serrant les dents.

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"Mon ex, elle me suçait, elle…"

Soraya en est sûre : quand son traitement anti-acné a entrainé des douleurs, son copain de l’époque a fait ce qu’il fallait. "Il savait que c’était dû aux médicaments, mais on avait aussi des problèmes de couple. Il me disait 'Tu te caches derrière ça, parce que tu n’as pas vraiment envie'. Et je pensais la même chose, car parfois, ça marchait". D’autres soirs, elle fait semblant de s’endormir rapidement, ou bien elle cède, "pour faire plaisir". Une forme d'injonction, selon Elisende Coladan, praticienne en sexothérapie et thérapeute féministe. "Ce n’est pas parce qu’il y a consentement préalable ou apparent qu’il n’y a pas violences par la suite, rappelle-t-elle. Elles peuvent être pernicieuses, de l’ordre de l’intangible, du psychologique". Armelle pratique ainsi la fellation, qu’elle n’affectionne pas particulièrement, "parce que (s)on mec a dit dès le début que son ex aimait ça". Et si la jeune fille reconnaît qu’elle ne devrait pas se contraindre, elle estime tout de même que l’égalité prime dans son couple"Nous restons dans une société patriarcale, affirme Elisende Coladan, où des décalages persistent, notamment dans la sphère intime. Et ils sont d’autant plus difficiles à percevoir que nous vivons dans une apparente égalité femmes-hommes". Résultat : des meufs au caractère bien trempé, mais qui trouvent normal de se dire "Je finirai bien par mouiller", au lieu de réclamer un cuni (ou une bonne nuit de sommeil).

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Yaourt salé et scènes de cul

Si on entend déjà les mascu’ s’exclamer : "C’est pas bien grave, de se forcer un peu !", il ne leur viendrait pourtant pas à l’idée de manger un plat qu’il trouve dégueu, un sourire aux lèvres. Ce que les femmes font pourtant depuis des siècles, comme l’expliquait, en 2017, Virginie Despentes dans une interview au Monde. Son exemple : une émission de télé espagnole, dans laquelle des enfants devaient manger du yaourt salé. Résultats, des petits garçons criant leur dégoût… et des gamines avalant sans broncher. "Les filles intègrent très tôt qu’elles doivent faire plaisir", résume Elisende Coladan. Quitte à accepter de souffrir pour ça.

Autre source du problème ? "Les parents et l’école, qui n’expliquent la sexualité que sous l’angle de la contraception ou des MST". Pour comprendre comment ça marche, de nombreux ados se tournent alors vers le porno en ligne, "qu’ils consomment sous forme de scènes mises bout à bout, sans scénario ni mise en perspective". Soraya évoque aussi ses héroïnes de ciné "capables de jouir en trois minutes dans les chiottes d’une boîte", et qui la font "culpabiliser d’avoir besoin de longs préliminaires". De son côté, Clémence a intégré que "le plaisir, c’est plus compliqué chez les nanas que chez les mecs" – un avis souvent relayé par le corps médical lui-même, et qui repose surtout sur un gros tas de clichés… La solution ? "Envisager enfin ces questions dans une perspective féministe, argue Elisende Coladan, pour déconstruire les stéréotypes qui engendrent violences et frustrations". Et qui ramollissent en prime nos vies sexuelles : "On se conforme à ce que la société attend de nous : une sexualité hétéronormée, des rapports d’une grande pauvreté, se résumant à 'préliminaires-coït-jouissance'…". En conclusion, la praticienne rappelle que le principal organe du plaisir reste la peau et recommande, plutôt qu’une partie de baise forcée, "un bon massage", à terminer (ou pas) sous les draps.

Coline Clavaud-Mégevand 

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