Pourquoi les applications de fertilité sont-elles en train de nous rendre folles ? Pourquoi les applications de fertilité sont-elles en train de nous rendre folles ?

Sexologie

Pourquoi les applications de fertilité vont-elles nous rendre cinglées ? par Elia Manuzio

Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de visiteur Icône utilisée pour page visite

PLUS LUS

Icône de montre Icône utilisée pour voir le temps de lecture de ce contenu

Temps de lecture

5 minutes

Publié le Jeudi 26 Avril 2018

Déjà très populaires pour surveiller son cycle menstruel, les “fertility apps“ ont le vent en poupe pour maximiser nos chances de concevoir… Jusqu’à nous rendre folles. On vous explique pourquoi la “fertility tech“ ne passera pas par nous.

Clue, Flo, Glow… On ne compte plus les applications permettant d’établir un calendrier de ses menstruations et de son ovulation (Garance Doré a récemment expliqué être addict à l’appli Ovia). Une tendance qui monte si l’on en croit une étude menée par le magazine Cosmopolitan US qui révèle qu’une part grandissante des 70% de millenials qui ont délaissé la pilule se rabat sur les applications pour surveiller leurs périodes de fertilité. Aux États-Unis, les applis de period tracking sont les 4èmes applis de santé les plus téléchargées, et les secondes applis préférées des ados. Il y en aurait 255 sur le marché selon les recherches de l’Université de Columbia. D’ailleurs, les critiques sont bien plus dithyrambiques outre-Atlantique – le site Refinery 29 gage par exemple qu’elles rendraient la vie moins stressante. Ah bon ? Remplacer le “R “ griffonné sur un agenda papier à la date de nos règles par un calendrier numérique, pourquoi pas. Mais ça ne s’arrête pas là : qualité des selles, observation de la glaire cervicale et variations de températures grâce à un thermomètre connecté (Kindara), c’est sûr, le 2.0 s’est aussi incrusté dans nos désirs d’enfant. Si ces applications peuvent aider certaines femmes qui ont du mal à concevoir, on pense plutôt que c’est un coup à devenir cinglée.

#1 Parce qu’on a déjà toutes un ami un peu collant

Bien sûr, rien ne vous oblige à activer les notifications qui vous rappellent que votre SPM (Syndrome Prémenstruel) pointe le bout de son nez et que vous pourriez vous sentir un peu déprimée ce weekend, ou que vos règles devraient arriver dans les 24h. Mais si vous êtes en mode procréation, vous allez sûrement le faire. Et c’est envahissant. Votre bonne amie qui vous demande tous les jours si, ça y est, vous êtes enceinte vous rappellera très bien d’être attentive à la date de vos règles. Qu’à cela ne tienne, l’application Fertility Friend, qui combine tutos, quizz vidéos et graphiques rappelant vos pires heures d’SVT, se présente détente comme une new BFF. Sur Pink Pad (rachetée par Honest Company, l’entreprise de Jessica Alba) il y a même un réseau social - pardon une “communauté“ - pour parler ovaires polykystiques et disfonction érectile. De quoi sensiblement relâcher la pression.

#2 Parce qu’elles tuent le romantisme

Une alarme pour baiser ça vous dit ? Enfin pas une alarme mais une gentille notification rose bonbon qui vous rappelle que “C’est maintenant les amis, pour faire un bébé faut y aller hein !“. Merci, on n’avait pas fait le lien entre ovulation et fécondation. L’effet pervers, et toutes les femmes qui utilisent ces applications vous le diront, c’est la pression que cela met sur elle et sur leur conjoint. Ne pas faire l’amour quand la notification arrive, c’est louper un créneau. C’est donc soit de votre faute, soit de la faute de votre copain qui n’a pas réussi à se libérer alors même qu’il y avait une fenêtre de tir (on ne vous raconte même pas s’il a le malheur d’avoir une panne ou pire, de ne pas avoir envie ce jour-là). Parce que oui, votre homme peut lui aussi se connecter à vos cycles et recevoir toutes les infos en direct sur son smartphone. Cute non ?



#3 Parce qu’elles sont culpabilisantes

Le double effet Kiss Cool, c’est qu’en plus de vous rappeler quand tenter de faire un enfant, l’appli ne manquera pas de vous rappeler que vous avez échoué. Si contrôler son cycle menstruel peut avoir un pouvoir d’empowerment (reprendre contact avec ses émotions et son corps), ces applis mettent une pression sur la procréation. Beaucoup vous demandent d’ailleurs dès l’inscription si vous êtes ici pour concevoir. Et le graphisme est bien rodé pour vous montrer à que point femme = génitrice. Interface pastel, bouton de rose à peine éclos, symboles de la fertilité à tout va, petits cœurs… l’approche est subtile. Et parce que tomber enceinte, ça suppose un mode de vie sain, Predictor vous envoie un conseil santé par jour pour mettre toutes les chances de votre côté. Dans certaines versions premium, vous pouvez même ajouter des fonctionnalités de tracking fitness (comme ça vous saurez si vous avez fait assez de burpees pour avoir une chance de vous reproduire).

#4 Parce qu’elles ne sont pas fiables

Coding Right, un think tank brésilien spécialisé dans les droits humains à l’aire de la vie connectée, a révélé le risque de voir ses infos personnelles récoltées sur les fertility apps et vendues a des tiers, des labos pharmaceutiques par exemple (décidément on n’est tranquilles nulle part). Mais bon, pour tomber enceinte, ça peut valoir le coup, non ? Sauf que, malgré leur popularité, leur efficacité est discutable. Une étude du Medical College of New York montre que 81% des applis de fertilité sont inefficaces et que seulement 33 applications donnent une prévision fiable du meilleur moment pour tomber enceinte. On le rappelle, la moyenne, c’est 7 mois d’essais. Alors avant ça, épargnez vous une orga militaire qui ne donnera peut-être pas plus de résultat qu’un bon lâcher-prise.

 

 

Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu

* champs obligatoires

En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies pour disposer de services fonctionnels et d’offres adaptés à vos centres d’intérêts, dans le respect de notre politique de confidentialité. Cliquez ici pour en savoir plus