Pornographie : pourquoi les jeunes débandent-ils ? Pornographie : pourquoi les jeunes débandent-ils ?

Sexologie

Pornographie : pourquoi les jeunes débandent-ils ? par Elia Manuzio

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Publié le Vendredi 18 Octobre 2019

Plusieurs études attribuent les problèmes d’érection des jeunes à la pornographie en ligne. Faut-il vraiment s’alarmer ?

Parmi les études sur les troubles de la sexualité et les dysfonctionnements érectiles, celle menée par des chercheurs américains en 2016 a particulièrement fait parler d’elle. Réalisée sur 300 femmes et hommes de 20 à 40 ans, elle pointe la possible responsabilité de la pornographie en ligne dans les troubles de l’érection chez les hommes (ils étaient 27% à déclarer avoir du mal à en avoir une). Plus récemment (2019), une étude de l’Ifop menée dans le cadre du lancement de la plateforme charles.co révèle que 55% des jeunes de moins de 35 ans adeptes du porno ont déjà souffert d’une dysfonction érectile. Des résultats qui n’étonnent pas Aurore Malet, docteure en neurosciences et sexologue mais qu’elle recommande de lire avec précaution : "Il y a plusieurs catégories de troubles. Certains sont organiques (maladie, opération) et d’autres sont psychogènes (stress, anxiété, dépression). Le porno se situe plutôt dans cette deuxième catégorie mais on a du mal à mesurer son impact, les troubles de l’érection sont très complexes. L’érection est contrôlée par le cerveau, on connaît les régions cérébrales impliquées mais on n’en comprend pas bien la mécanique. L’explosion de la pornographie sur internet date de dix ans, il est trop tôt pour graver des conclusions dans le marbre."

Ce qui semble ressortir, c’est que les jeunes seraient plus touchés que les autres et même plus touchés que les hommes de plus de 40 ans selon la spécialiste : "Pour 80 à 85% des jeunes qui présentent des troubles, ils sont psychogènes". Pour elles, trois mécanismes entrent en jeu : un désinvestissement érotique (un jeune qui regarde régulièrement du porno est conditionné à ne pas faire fonctionner son imaginaire), un problème de mécanique de la stimulation (à force de se masturber manuellement devant de la pornographie, le cerveau ne va pas reconnaitre les stimuli dans un autre contexte) et enfin une mécanique d’addiction. "Le plaisir est régit par les mêmes régions neuronales que les mécanismes de l’addiction précise Aurore Malet. Quand on regarde de la pornographie, c’est comme avec les drogues, on en veut toujours plus. Il y a donc des jeunes qui commencent de façon soft et qui ont besoin d’augmenter leurs doses, quitte à regarder des contenus de plus en plus explicites ou violents."#


Résultat, dans la vraie vie et face à un.e partenaire en chair et en os, le "sexe vanille" n’est pas suffisant. Par ailleurs, la pornographie impose de nouvelles normes qui créent une forte pression de la performance chez les plus jeunes, qui n’ont pas toujours d’autres références. "Cela leur donne une image de la virilité totalement irréelle notamment sur la taille du sexe, c’est un vrai problème chez les jeunes garçons qui développent des complexes face à des acteurs embauchés précisément pour la taille de leur pénis" précise-t-elle.

Pourtant, Aurore Malet insiste, il faut ne faut pas forcément s’alarmer : "Depuis quelques temps, on a renversé un paradigme. La sexualité est plus importante qu’avant, on en parle, on consulte dès qu’il y a un problème, c’est devenu une préoccupation majeure. Les diagnostics sont bien meilleurs qu’avant. Cela biaise les chiffres parce que les jeunes ne parlaient pas forcément avant, les troubles de l’érection atteignaient trop leur masculinité. Cela devient moins honteux aujourd’hui donc on ne sait pas vraiment avec quoi on compare. Il faut vraiment prendre du recul sur le sujet."

 

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