Pornhub  : on a testé la plateforme d’éducation sexuelle du géant du porno Pornhub  : on a testé la plateforme d’éducation sexuelle du géant du porno

Sexologie

Pornhub : on a testé la plateforme d’éducation sexuelle du géant du porno par Elia Manuzio

Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de visiteur Icône utilisée pour page visite

PLUS LUS

Icône de montre Icône utilisée pour voir le temps de lecture de ce contenu

Temps de lecture

3 minutes

Publié le Jeudi 27 Juin 2019

Pornhub, géant du porno gratuit sur le web, a lancé sa plateforme d’éducation sexuelle baptisée Sexual Wellness Center. Coup de com’ ou coup de génie ? On a testé.

"Real talk about sex from those who know it best" (de vraies conversations sur le sexe par ceux qui s'y connaissent le plus.) Ce sont les mots inscrits sur la page d’accueil du "Sexual Welness Center" du site anglais Pornhub, leader du porno sur le web. A l’origine de cette initiative, la sexothérapeute canadienne Laurie Betito. Une idée censée répondre au problème d’éducation sexuelle des jeunes que rencontre aussi la France.

Selon une enquête menée en 2015 par le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, 25% des écoles n’ont mis en place aucune action d’éducation à la sexualité malgré la loi qui prévoit trois séances par an dans les collèges et les lycées. Y remédier en allant capter l’attention des adolescents là où ils se rendent par eux-mêmes (sur un site pornographique), l’initiative est plutôt intelligente. Le Dr Kpote, animateur de prévention dans les établissements scolaires français et auteur de Génération Q (éd. La ville brûle) est plus sceptique : "C’est de bonne guerre, ils s’achètent une seconde image. Ils ont beaucoup été pointés du doigt parce qu’ils donnent un accès facile aux jeunes à la pornographie. Mais il y a quelque chose de dérangeant à montrer du cul gratuit tout en se targuant de faire de la prévention."



Sur la forme, le site est loin de correspondre aux codes des initiatives de prévention pop et colorées qui fleurissent sur les réseaux sociaux. La plateforme, niveau zéro de la recherche graphique, ressemble plus à une banque d’images ou au site d’une entreprise de bureautique. Sur le fond, qu’y trouve-t-on ? Dans sa vidéo de présentation, Laurie Betito annonce que le Sexual Welness Center est un lieu où les jeunes (et moins jeunes) peuvent obtenir de l’information et des conseils inclusifs en ce qui concerne la santé sexuelle, les relations amoureuses et le bien-être. De l’impact d’être vegan sur sa vie sexuelle aux conseils sur la contraception, Pornhub joue finalement la même carte que les magazines féminins en ligne. Sauf que, tous les articles sont rédigés par des experts : thérapeutes, auteur.es, gynécologues etc. Et la plateforme est effectivement inclusive. On y trouve les informations classiques à destination des hétéros mais de nombreux articles sont consacrés aux LGBTQI.  Santé sexuelle des personnes transgenres et transsexuelles, coming-out, mégenrage, différences entre les identités et orientations sexuelles... Une rubrique est également consacrée aux questions envoyées par les internautes, et auxquelles Laurie Betito répond. On regrette en revanche qu’il n’existe pas une hotline ou une messagerie instantanée pour répondre aux questions urgentes des jeunes et les aiguiller, comme consulter un spécialiste, en parler à un parent, se rendre au planning familial. Mais dans l’ensemble, nous avons été surpris par la qualité des sujets et de leur traitement.

Encore faut-il que les ados s’y rendent. Si le site revendique 40 millions de vues quotidiennes, en France, le Dr Kpote n’y croit pas franchement : "Est-ce qu’un ado qui vient chercher de l’image pornographique a envie de se cogner la prévention qui va avec, je ne suis pas sûr. Je suis aussi un défenseur de l’échange-débat avec les jeunes où l’on apporte plus de complexité et de nuance qu’un simple question-réponse. C’est comme ça que l’on déconstruit les stéréotypes et qu’on fait évoluer les représentations. Pornhub, c’est toujours bon à prendre, mais cela ne suffit pas". Reste à savoir si les adolescents français mordront à l’hameçon.

Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu

* champs obligatoires