"No Fap Challenge" : qui sont ces hommes qui arrêtent de se masturber ? "No Fap Challenge" : qui sont ces hommes qui arrêtent de se masturber ?

Sexologie

"No Fap Challenge" : qui sont ces hommes qui arrêtent de se masturber ? par Anne Lods

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Publié le Jeudi 12 Septembre 2019

Certains hommes développent une addiction à la masturbation, ce qui peut déclencher de graves problèmes de libido mais aussi mener à la dépression. Parmi eux, s’il y en a qui décident de se sevrer, progressivement, d’autres voient dans l’arrêt de la masturbation définitif une philosophie. On les a rencontrés.

"Moins de branleurs, pour un monde meilleur". Non, il ne s’agit pas d’un slogan de campagne d’un quelconque candidat à une élection. Il s’agit par contre du leit-motiv du site stopfap.org, qui réunit une communauté francophone autour d’une pratique : l’arrêt de la masturbation. Ils seraient plusieurs milliers inscrits sur la plateforme, dont le seul but serait d’arrêter la branlette. Et leurs motivations sont diverses. Si certains y voient une philosophie, voire un mode de vie, d’autres y trouvent surtout un remède, après des années d’addiction à la masturbation et au porno. On a voulu comprendre ces hommes qui décident, difficilement, d’arrêter de se secouer le cocotier.

La communauté #NoFap, comme le rappelle le magazine Neon, est née au début des années 2010, en réponse à une étude peu concluante, effectuée sur 28 hommes. Ces recherches prétendaient que la testostérone accumulée, si l’on arrêtait de se masturber, avait des effets positifs sur le corps et la psyché masculine. Comme un écho, une communauté s’est regroupée sur le réseau social américain Reddit après la médiatisation de ces travaux. Un lieu de rendez-vous pour ces no-fappeurs qui s’y réunissent encore aujourd’hui, pour se soutenir quotidiennement. Parce que les 484 000 membres de cette page ne sont pas de simples amateurs de caresses et de porno. Ils sont en fait tellement addicts à la pratique, qu’ils peuvent y passer plusieurs heures par jour, à s’en rendre malades, au point de perdre toute libido et confiance en eux.

Une poigne d’enfer

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La pénétration était devenue infiniment moins jouissive (...) que de finir dans ma main.

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C’est le cas de Julien*, 19 ans, étudiant en hypokhâgne. Le jeune homme a commencé à se masturber au collège. "C’est devenu quotidien, nous explique-t-il. Sans s’en rendre compte, on fait ça avant de dormir, en se réveillant, en allant se doucher… A l’époque, comme ma maman ne me laissait jamais seul plus de 20 minutes, je me pignolais furieusement et rapidement dès que j’en avais l’occasion." Des habitudes qui ont déréglé la sexualité de Julien, avant même qu’il ait sa première relation sexuelle. "J’ai connu trois ou quatre filles avant ma première fois, poursuit-il. Je n’ai jamais pu le faire avec elles car la branlette avait tué mon érection. J’étais condamné à la fellation et aux préliminaires, car je n’arrivais même pas à les pénétrer." Pour sa première expérience, l’étudiant a du prendre du Cialis, un médicament proche du Viagra, pour maintenir son sexe en érection. "On aurait dit que j’avais réussi à bander toute ma vie, nous confie-t-il avant de préciser que c’était décevant. La pénétration était infiniment moins jouissive que ma main et, à ce jour, je suis toujours obligé de me finir à la main à chaque relation." Un symptôme que l’on appelle "death grip" et que l’on peut traduire par "poigne de la mort". Ce dernier apparaît chez les addicts à la masturbation qui, à force de maintenir avec vigueur leur pénis pour jouir, deviennent quasiment insensibles à toute autre forme de stimulation et n’éjaculent plus que de cette manière.

C’est donc pour réussir à se défaire de cette poigne de l’enfer et pour donner du plaisir à ses partenaires, autant que pour en ressentir, que Julien s’est lancé dans ce challenge. Depuis le début de son jeûne, s’il a rechuté trois fois - il blâme les tentations et autres images sensuelles que l’on trouve sur les Internets - il réussit surtout à avoir une érection naturelle le matin, au réveil. Une émotion satisfaisante qui l’aide à parer sa frustration et à ôter quelques angoisses au passage, d’autant plus que ce sont des maux dont il souffre en silence. "Je n’en ai jamais parlé que sur le ton de la rigolade avec les gens que je considère mes amis, mais jamais sérieusement, conclue-t-il. J’ai peur des sous-entendus blessants, ou alors que l’information soit divulguée. Parce que je le vis comme une sorte d’émasculation, j’ai plutôt envie de le garder privé."

Ils n’ont qu’une philosophie

Et si beaucoup d’hommes, comme Julien, préfèrent garder cette information dans le domaine de l’intime et, surtout, se servent de ce challenge comme une étape nécessaire à leur guérison, d’autres voient dans le NoFap, un véritable mode de vie. Une philosophie. C’est le cas de Boris. Le jeune homme âgé de 24 ans a intégré la non-pratique dans sa vie depuis environ 5 ans et ne s’en cache pas et en parle même régulièrement sur sa chaîne YouTube. Il voit en elle une "solution détox" pour traiter l’addiction à la pornographie et surtout à la masturbation, voire même une "astuce de productivité".
Boris est convaincu que l’éjaculation n’est pas toujours bonne et qu’elle ne permet pas d’atteindre l’état de pleine conscience. "En plus de la rétention séminale en tant que telle, il s’agit, avec le NoFap, de se cultiver soi-même autour de la canalisation de cette énergie retrouvée, explique-t-il. Pour se faire, on s’intéresse alors à la méditation, à la nutrition, au sport, ainsi qu’au développement de sa carrière professionnelle et de sa vie sociale". Bref, arrêter de se masturber pourrait ouvrir aux hommes un monde nouveau comme à Boris, qui estime même qu’en associant la non-pratique de la masturbation à la méditation et au yoga, on pourrait presque envisager de devenir un maître yogi ou un moine tibétain.

Ça vous paraît exagéré ? Soit. Cependant, sans aller dans ces extrêmes, le NoFap serait, aux yeux du jeune homme, une "pilule miracle" aux bénéfices assez subtils. "En arrêtant de se masturber, on apprend aussi à voir la beauté humaine chez les gens, détaille-t-il. Ensuite, on retrouve une vision assainie de la sexualité, avec sa puissance et toute sa magie. Une simple caresse peut vous faire un effet incroyable.Une abstinence qui permettrait donc de renouer avec ses sensations, de prendre davantage de plaisir au lit avec son.sa partenaire et de récupérer, alors, la confiance en soi perdue. 

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