Contraception : peut-on raisonnablement faire confiance aux méthodes naturelles ? Contraception : peut-on raisonnablement faire confiance aux méthodes naturelles ?

Sexologie

Contraception : peut-on raisonnablement faire confiance aux méthodes naturelles ? par Elia Manuzio

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Publié le Mardi 8 Janvier 2019

Ogino, température, glaire cervicale, retrait… Les méthodes de "contraception naturelle" sont plébiscitées par de nombreuses femmes, avec une efficacité pas toujours au rendez-vous. Alors, faut-il les oublier une bonne fois pour toutes ?

"Je suis la preuve vivante que ça marche" déclare fièrement Aude à propos de la méthode du "coït interrompu", aussi appelée "retrait" ou encore "quick’n go" (pour les initiés). Le principe : l’homme "se retire" du vagin de sa partenaire avant l’éjaculation. Simple. Pourtant, le taux d’échec serait de 20 à 25% d’après l’indice de Pearl en vie réelle - nombre de grossesses observées pour 100 femmes utilisant une contraception donnée durant un an. La raison ? "Le liquide pré-séminal contient de nombreux spermatozoïdes qui peuvent suffire à la fécondation (liquide émis avant éjaculation, quelques gouttes, sans que l'homme le sente) explique Laura Berlingo, gynécologue-obstétricienne. Par ailleurs, l’éjaculation est un reflexe qui n’est pas toujours contrôlable". A côté du retrait, il existe aussi tout un tas de méthodes de contraception dites "naturelles" qui visent à identifier la période de l'ovulation de manière à éviter d'avoir des rapports sexuels fécondants à ce moment-là. Une sorte de Woodstock de la contraception qui permettrait de se passer de tout un tas d’hormones et de corps étrangers. Pas vraiment de cette trempe là, sans être une ayatollah de la pilule, Laura Berlingo explicite quand même le principe : "L’idée est de n’utiliser que les connaissances de son corps et de son cycle naturel". Et détaille avec nous ces méthodes :

La méthode Ogino : un système de calendrier du cycle menstruel que l’on peut tenir à l’aide d’applications dédiées (Clue, Ovia, Flo, Glow etc.)

La méthode de la température : suivre sur plusieurs mois la légère élévation de la température du corps (de 0,2 à 0,4 degrés) qui a lieu après l’ovulation. Evidemment, les jours de fièvre, ça ne marche pas.

La méthode Billings: observer sa glaire cervicale (donc les pertes) avec ses doigts tous les jours pour traquer les spécificités (pertes plus blanches, plus fluides, abondantes ou élastiques) qui précèdent l’ovulation. Sachant que l’activité sexuelle, les mycoses ou la lubrification naturelle peuvent modifier la glaire.

Le moniteur de contraception : après avoir uriné sur une bandelette, l’appareil, muni de mini lecteurs, indique en fonction des hormones secrétés s’il y a ovulation ou pas.


#1 Peut-on leur faire confiance ?

Pour Laura Berlingo malheureusement, la réponse est non. Elle insiste même sur le fait que ces méthodes ne sont pas des "contraceptions" à proprement parler : "Il s’agit surtout de méthodes de connaissances de son cycle menstruel. Être à l’écoute de son corps, oui ; compter dessus pour éviter une grossesse, cela ne me semble pas raisonnable". Pourtant, ces méthodes affichent fièrement des résultats de 90% (voire plus) d’efficacité. Le mensonge réside selon elle dans le fait que ces chiffres sont des estimations théoriques : "Les statistiques sont faites en conditions idéales. Les taux baissent dans la vie réelle, ce qui fait qu’on est à environ 25% d’échec selon l’indice de Pearl".
Tout comme des vomissements ou des diarrhées peuvent affecter l’efficacité de la pilule, Laura Berlingo insiste sur le fait que l’ovulation est trop aléatoire pour pouvoir en définir clairement la date chaque mois : "On jette les dés à chaque cycle. Des variations sont possibles à n’importe quel moment de la vie et pour n’importe quelle raison : un stress, un voyage, un choc émotionnel…". Les jeunes filles, qui sont souvent les moins informées sont particulièrement sujettes à ces variations poursuit Laura Berlingo : "Au début de la vie reproductive, les cycles mettent du temps à se mettre en place. Quand on est jeune, on est extrêmement fertile mais en plus les cycles sont plus aléatoires".

#2 La brèche de la vague "no pilule"

En plus d’avoir les plus gros taux d’inefficacité, ces méthodes peuvent s’avérer dangereuses car elles surfent sur l’inquiétude des jeunes filles, affolées depuis 2010 par les polémiques autour des pilules de 3ème et 4ème générations. "On a constaté que ces pilules pouvaient représenter un risque pour certaines femmes. Mais on sait que ce risque diminue si un bon interrogatoire est fait avant la prescription (antécédents familiaux, prise de la tension artérielle) rassure Laura Berlingo. Ce sont des choses basiques qui permettent d’éviter de prescrire une pilule oestro-progestative à une femme à risque. On préférera lui proposer par exemple un stérilet plutôt qu’elles se mettent à suivre le bon vouloir de quelques applications dites 'contraceptives'". Parmi elles, l’application "Natural Cycle" (65 euros par an) est au cœur d’une polémique en Suède après un nombre inquiétant de grossesses non désirées. "Les méthodes qui reposent sur un apprentissage ou les applications de suivi de cycle ne me paraissent pas efficaces mais moins mensongères car chacun prend ses responsabilités. Les applications payants en revanche, imposent un faux gage d’efficacité lié au prix, déontologiquement, c’est très moyen" regrette Laura Berlingo.


#3 Toujours plus de charge mentale

En plus d’être peu sûres, les méthodes de contraceptions naturelles sont extrêmement contraignantes Certaines femmes pensent que le seul jour où il faut éviter d’avoir un rapport est celui de l’ovulation. C’est plus compliqué que ça comme l’explique Laura Berlingo : "Les spermatozoïdes ont une durée de vie de cinq jours dans la glaire cervicale (à l'intérieur du corps de la femme). S’il y a un rapport dans les 5 jours précédents l'ovulation il peut y avoir fécondation (les spermatozoïdes peuvent rencontrer l'ovocyte émis). De même, une fois émis, l'ovocyte reste viable 24h, la fécondation est donc aussi possible s’il y a un rapport. Cela fait au total six jours à risques au cours du cycle". C’est presque deux semaines d’abstinence quand on rajoute la période des règles - de nombreuses femmes ne veulent pas avoir de rapports sexuels ces jours-là – et une vigilance permanente. Les femmes ont peut être autre chose à faire que de s’interroger chaque jour sur la possibilité d’avoir ou non une vie sexuelle.

#4 Faut-il jeter le bébé avec l’eau du bain ?

Si elles ne sont certainement pas le moyen le plus fiable d’éviter une grossesse, Laura Berlingo constate que les femmes qui utilisent ces méthodes le font avec la conscience que cela peut arriver : "Elles sont souvent dans une période où elles sont en fait prêtes à accueillir un enfant mais sans calendrier précis. Elles se disent 'si ca arrive dans 6 mois c’est bien, si cela vient tout de suite, ça n’est pas dramatique'. Cela permet à certaines d’arrêter la pilule et de retrouver une vision sur leurs cycles".
Vous avez entendu le message : si vous ne voulez vraiment pas d’enfant, évitez-vous la joie d’évaluer la texture et la couleur de votre glaire tous les jours, ça ne suffira pas ! Et si vous êtes fâchées avec la pilule, des tas d’autres méthodes approuvées par les médecins existent, il suffit de trouver un gynécologue assez a l’écoute du bien-être des femmes pour vous les recommander. Pour ça, allez faire un tour sur le site Gyn & Co qui référencie les gynécologues féministes.

 

 

 

 

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