Pourquoi il faut que les parents arrêtent d’utiliser des surnoms "mignons" pour désigner les parties intimes de leurs enfants Pourquoi il faut que les parents arrêtent d’utiliser des surnoms "mignons" pour désigner les parties intimes de leurs enfants

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Faut-il cesser d’utiliser des surnoms "mignons" pour désigner les parties intimes des enfants ? par Pierre-Guillaume Ligdamis

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Publié le Vendredi 20 Septembre 2019

Un sondage réalisé par une association britannique fait apparaître que 44% des parents préfèrent employer des surnoms que des termes anatomiques pour désigner les parties intimes de leurs petites filles. Si cela peut paraître anodin, d'après les auteurs du sondage cette habitude ne serait en réalité pas sans conséquences et pourrait aussi empêcher un enfant d’avoir une bonne connaissance de son corps. Qu'en est-il réellement ?

Vous faites peut-être partie de ces jeunes filles qui n’ont compris que très tard qu’elles avaient une vulve et un vagin parce que dès votre plus jeune âge vos parents vous ont habitué à employer des termes comme "nénette","foufoune", "zézette" ou encore "minou" pour évoquer vos parties génitales.
C’est en effet une habitude qu’ont beaucoup de pères ou de mères comme nous l’apprend un sondage réalisé par Eve Appeal, une association britannique qui œuvre pour la prévention contre les cancers gynécologiques. Parmi les 1175 parents interrogés, 44% ont admis préférer emprunter des "euphémismes" pour désigner le sexe de leur enfant (plus particulièrement s’il s’agit d’une fille) au détriment des termes scientifiques exacts qui sont même considérés comme "inappropriés" pour 31% des interrogés. Ainsi comme s’il existait un tabou autour de ces mots seulement 19% des parents emploient fréquemment le mot vagin et 1% le mot vulve en présence de leur enfant. 22% reconnaissent même tout faire pour ne pas avoir à désigner les parties intimes féminines devant leur fille, en précisant qu'ils préfèrent attendre qu'elles atteignent l'âge de 11 ans pour commencer à leur en parler.  

Vagin n'est pas un gros mot
Des réponses pointées du doigt par l’association qui indique que même si ces parents pensent peut-être bien faire en optant pour des termes plus délicats, "mignons" et régressifs, cela n’est en fait pas forcément judicieux et peut même davantage porter préjudice à l’enfant plutôt que l’aider. Eve appeal fait également bien de rappeler que le mot vagin n’est en aucun cas une insulte mais qu’il s’agit d’une partie du corps au même titre qu’un bras, qu’une jambe ou qu’un nez.
"Les enfants ne naissent pas en ayant honte ou en étant embarrassés par leur corps, ce sont des choses qui se développent au cours de leur vie. Pour arrêter les tabous et empêcher qu’ils ne soient repris par une nouvelle génération de femmes il est important d’être ouvert avec ses enfants et de leur transmettre des informations claires, exactes et précises" peut-on notamment lire dans les conclusions de cette étude publiée sur le site de l’association.

Est-ce vraiment préjudiciable ? 
Et si cette censure n’a effectivement pas forcément lieu d’être, selon Cécilia Commo, sexologue et psychothérapeute, les noms des organes génitaux (comme vulve, vagin, clitoris, pénis, testicules etc…) demeurent encore très liés à la sexualité. Elle nous a ainsi indiqué qu’elle pouvait comprendre que des parents "aient du mal à associer des termes "sexuels", et donc liés également à une activité sexuelle, aux organes de leurs enfants" en précisant que les surnoms portaient "une charge érotique et sexuelle" moindre et qu’ils étaient donc davantage ""inoffensifs" psychiquement".
Et même si idéalement les parents devraient utiliser des termes anatomiques en face de leurs enfants sans aucune gêne et sans que cela n’ait une "connotation érotique", pour beaucoup d’entre eux cela reste encore un sujet encore délicat et difficile à aborder. Pour la sexologue, les parents font donc bien souvent "comme ils peuvent, avec leur propre pudeur, ou gêne pour expliquer un sujet qui est parfois déjà bien compliqué pour eux-mêmes" voilà pourquoi il ne faut surtout pas les "culpabiliser d’être mal à l’aise avec le sujet"

Donner des explications avant tout
Pour Cécilia Commo, si ces surnoms permettent au moins aux parents de parler de sexualité à leurs enfants c’est déjà l’essentiel : "Certes, ce nouveau nom n’est pas le véritable nom attribué à l’organe désigné mais l’enfant a au moins conscience qu’on lui reconnait cette partie de son corps et qu’elle n’est pas honteuse ou à ignorer". Elle suggére néanmoins d’accompagner ces surnoms d’explications "un peu plus étoffées" : "cela permet de continuer à appeler le sexe féminin «minou» tout en lui reconnaissant son "futur" nom d’adulte, la vulve"

Et en ce qui concerne l’impact de ces euphémismes sur la méconnaissance de son corps ou de sa sexualité, la sexologue ne pense pas qu’il existe réellement un lien et envisage avant tout "la maturité sexuelle comme une conquête psychique". Elle explique que le plus important c’est de "comprendre cet être sexuel que nous sommes, pas forcément de savoir le nommer, même si les mots aident à exprimer un concept". D’où l’importance de créer et d’instaurer un dialogue avec ses enfants pour les accompagner au mieux dans leur éducation sexuelle, le simple fait de nommer des parties intimes avec des termes scientifiques n’étant pas suffisant.
Lors des premières règles ou des premiers rapports sexuels, Cecilia Commo insiste bien sur l’importance de donner des explications car "la connaissance anatomique ne résout malheureusement pas toujours tout en terme de sexualité épanouie". Pour elle ce n’est donc pas nécessairement un mot ou un terme employé qui va compter dans l’approche qu’un enfant aura de sa sexualité, mais plutôt toutes ces choses qu'on ne lui dit pas forcément toujours  : "il faut lui faire comprendre que tout cela est très naturel tout en lui expliquant les autres processus qui vont suivre, et pourquoi ils vont suivre sans omettre de lui apprendre qu’il.elle doit accueillir le plaisir que son sexe lui procure sans gêne et sans honte"

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