YouTube : pourquoi les Youtubeurs parlent-ils de plus en plus de sexe ? YouTube : pourquoi les Youtubeurs parlent-ils de plus en plus de sexe ?

Love etc.

YouTube : pourquoi les Youtubeurs parlent-ils de plus en plus de sexe ? par Anne Lods

Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de visiteur Icône utilisée pour page visite

PLUS LUS

Icône de montre Icône utilisée pour voir le temps de lecture de ce contenu

Temps de lecture

5 minutes

Publié le Lundi 3 Juin 2019

Depuis quelques semaines, les Youtubeuses et Youtubeurs, quels que soient leurs sujets de prédilection habituels, se mettent à parler de sexualité. Qu’il s’agisse de la leur, ou de celle de leurs abonnés, d’où vient cette mode de parler de sexe ? Est-ce un mouvement positif ? Éléments de réponses avec Claire Balleys, sociologue.

"Je suis contente de vous retrouver pour une nouvelle vidéo où on va parler d’un sujet que je n’ai jamais abordé sur ma chaîne (…) la sexualité." Voilà commence la vidéo de EnjoyPhoenix, sortie le 11 mai dernier sur YouTube. Son titre ? "Sexualité : mon expérience, tabous, etc…". Une première en 8 ans d’activité intense sur le réseau. Une vidéo sur le sexe qui s’ajoute à une longue liste de témoignages face caméra sortis ces six derniers mois. Coucou Les Girls, McFly&Carlito, Jenesuispasjolie, Swann Périssé… Presque tou.te.s se sont prêtés au jeu et ont imaginé des formats dans lesquels ils.elles évoquent leur propre expérience, donnent des conseils ou racontent des histoires croustillantes envoyées par leurs abonnés. A travers celles-ci, ils s’adressent alors à des milliers de personnes, majoritairement des adolescents ou de jeunes adultes. Mais pourquoi parlent-ils tous de sexualité ? Sont-ils légitimes ? On a demandé à Claire Balleys, sociologue spécialiste en pratiques sociales sur Internet de nous éclairer sur le sujet.

Vers une libération de la parole

Les vagues #MeToo et #BalanceTonPorc participent d’une libération de la parole féministe à travers le monde depuis bientôt deux ans. C’est sur les réseaux sociaux qu’elle circule de plus en plus, notamment avec des comptes Instagram à visée militante et surtout pédagogique comme TasJoui, JeM’enBatsLeClito, The.Vulva.Gallery… Ils sont devenus un modèle d’empowerment féminin incontournable des réseaux, encourageant les femmes, et les hommes, à apprendre et respecter le corps et la sexualité féminins. Consentement, apparence de la vulve, règles, importance du clitoris,… On y détruit les tabous et c’était nécessaire.

Pour la sociologue Claire Balleys, si les Youtubeur.se.s les plus suivis de France s’emparent du sujet de la sexualité, c’est parce qu’ils.elles ont été, eux aussi, encouragé.e.s par ce mouvement positif né sur Instagram. "C’est nouveau dans quelques média public. Avant, c’était concentré dans les médias féminins, explique-t-elle. Là, au lieu d’avoir des journalistes qui nous parlent, ce sont des amateurs. A travers ce format confession intime, où l’on parle de sexualité à partir de ses propres expériences, bonnes ou mauvaises, on en fait un discours public qui vise un réel changement social. Les Youtubeurs le font, comme sur Instagram, dans le but que les représentations et les moeurs changent." Un mélange donc entre le simple conseil et un changement à dimension social et politique qui viserait à dépasser une honte inscrite dans les mentalités pour parvenir à une émancipation féministe. Les femmes aussi on droit d’avoir du plaisir, d’apprendre à connaître et respecter leur corps, et elles ont surtout le droit d’en parler.
Les hommes quant à eux, sont invités à le respecter et à montrer l’exemple. Dans leurs vidéos sur le sexe, McFly&Carlito ou VodK, rappellent certaines règles essentielles de consentement et de respect. Un discours rafraîchissant nécessaire tant il touche, en grande partie, une communauté d’abonnés très jeunes d’adolescent.e.s qui n’ont pas toujours accès à une éducation sexuelle de qualité. 

Un besoin pédagogique pour les adolescents

Internet est la première source d’information et de divertissement pour les adolescents. D’après une étude Ipsos de 2017, 96% des 13-17 ans consomment des vidéos sur YouTube, et 79% d’entre eux y possèderaient même un compte personnel. Rien d’étonnant alors qu’ils y cherchent des réponses sur le sexe et que la plateforme ait remplacé les vieilles références comme le magazine Lolie, par exemple, qui apportait des réponses aux jeunes filles sur la sexualité avant de disparaître il y a quelques années. Ou le célèbre Dico des Filles,… Avant qu’il ne devienne très problématique en 2014, sur fond de culture du viol, remise en question du droit à l’avortement ou encore stéréotypes genrés dépassés. Ou même Le Guide du Zizi Sexuel… Aujourd’hui, à cause de ce manque de références, les YouTubeurs répondent donc à une vraie demande. "Il y a un réel besoin d’information sur la sexualité de la part des abonnés, développe Claire Balleys. Car ils ont besoin d’un modèle en matière de féminité ou de masculinité, les Youtubeur.se.s ont beaucoup de légitimité et de succès. Les jeunes sont proches d’eux comme d’un grand frère ou d’une grande soeur et les écoutent." Et ça, comme les vidéastes de la plateforme l'ont bien compris, leur discours sur la sexualité est presque devenu essentiel.

Plus qu’un modèle, ces Youtubeurs endossent donc le rôle de référent pour les ados qui n’ont pas toujours la possibilité d’en parler. "Les jeunes ne se confrontent à personne sur la plateforme et n’ont pas à se montrer à visage découvert, continue la sociologue. Les vidéos permettent de sortir d’une certaine honte sociale : il y a une véritable dimension pédagogique, mais ce n’est pas institutionnel, et c’est pour ça qu’elles séduisent. On n’est ni à l’école, ni chez le docteur." On peut poser des questions, avec un peu de chance notre Youtubeur préféré y répondra dans une vidéo ou en message privé, et si ce n’est pas le cas, on sera tout seul sur la plateforme avec une mine d’informations sur le sexe à disposition pour répondre à nos interrogations.

Tout seul, mais pas face à un contenu de mauvaise qualité. Car, si ces vidéos ont pour seules limites l’expérience des Youtubeur.se.s et qu’elles ne sont pas toujours sourcées, elles sont presque toujours de bonne qualité et ne délivrent jamais de message négatifs et/ou violents. Enfin, elles sont surtout beaucoup plus réalistes et constructives que le porno auquel ont accès les jeunes au même titre que ces vidéos en parcourant la Toile. "Ces vidéos imaginés par les Youtubeurs représentent un message universel pour que chacun s’émancipe de cadres normatifs, conclue Claire Balleys. Les institutions devraient peut-être s’inspirer de ce type de formats et adapter leur mode de communication pour alors sensibiliser le plus grand nombre". On n’aurait pas dit mieux.

Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu
Icône de voter Icône utilisée pour voir valoriser le contenu

* champs obligatoires