Fertilité : faut-il vraiment se mettre la pression avec l'horloge biologique ? Fertilité : faut-il vraiment se mettre la pression avec l'horloge biologique ?

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Horloge biologique : faut-il vraiment se mettre la pression ? par Elia Manuzio

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Publié le Lundi 18 Juin 2018

Dans les médias, on lit souvent des récits de maternité heureuse à 38, 40 voire après. Mais dans la vie, de plus en plus de trentenaires rencontrent des difficultés à faire un bébé. Deux spécialistes nous éclairent sur les réalités de l’horloge biologique et de la préservation de la fertilité.

#1 Le fantasme VS la réalité

L’horloge biologique, certaines l’ont bien en tête, d’autres choisissent de l’ignorer. La raison principale ? La PMA se démocratise et sort des petits secrets de famille. C’est rassurant, mais aussi dangereux selon le Professeur Célia Ravel, chef de service de biologie de la reproduction-CECOS au CHU de Rennes : "Le message selon lequel on pourrait arrêter l’horloge biologique est un leurre. Aujourd’hui, les femmes se trouvent encore très jeunes à 40 ans, mais la fertilité chez la femme est limitée et il faut absolument informer les jeunes filles. On pense souvent que la fertilité s’arrête à la ménopause mais elle est déjà altérée avant, c’est en partie ce qui fausse le message. Les femmes de 35-40 ans ne sont pas ménopausées mais ont déjà des ovaires qui fonctionnent moins bien qu’à 20 ans."

#2 Une injustice biologique

"Les spécialistes n’exagèrent pas quand ils parlent du déclin de la fertilité avec l’âge, avertit le Docteur Paula Celada, gynécologue spécialiste en PMA et responsable des patientes francophones à IVI Valencia (centre de procréation assistée). La biologie est injuste. C’est le résultat d’une diminution de la réserve ovarienne : nous avons un stock d’ovules limité, comme un sac. Chaque mois, on utilise des ovules de ce sac. Le déclin commence vraiment à 35 ans et au delà des 40, cela se complique sérieusement car la baisse de la qualité des ovocytes restants se traduit par la diminution de chances d’avoir un embryon de bonne qualité capable de générer une grossesse évolutive."

#3 Et les hommes ?

Si les hommes fabriquent effectivement des spermatozoïdes jusqu’à la mort et n’ont pas de "stock limité", n’allez pas croire qu’ils sont épargnés par le temps. "On entend dire que même les messieurs âgés peuvent avoir des bébés. Mais on sait que leurs spermatozoïdes ne sont pas aussi performants que les jeunes, prévient le Pr. Célia Ravel. On constate un nombre d’anomalies plus importantes chez les enfants nés de pères âgés. Les hommes ont une altération des spermatozoïdes avec l’âge. Cela dépend du mode de vie, de maladies sexuellement transmissibles qui auraient pu être contractées dans le passé, de l’exposition au tabac ou à l’alcool qui fait diminuer la fabrication des spermatozoïdes."

#4 On fait le bilan

Heureusement, pas besoin d’avoir essayé de tomber enceinte pendant plusieurs mois pour pouvoir évaluer ses chances de concevoir. Savoir où on en est, c’est très simple et c’est à la portée de tout le monde : "On peut faire facilement un bilan de fertilité, explique le Pr. Célia Ravel. Une prise de sang pour doser les hormones et une échographie qu’on peut faire chez son gynéco pour évaluer l’état de la réserve ovarienne et voir si des follicules antraux - les follicules de quelques millimètres se situant juste avant le stade de follicule mûr - se développent suffisamment. C’est peu couteux et pris en charge par la sécurité sociale."

#5 Une affaire de couple

Passée la trentaine, certaines femmes se cognent vite à une variable non négligeable : leur partenaire. Difficile en effet de lui mettre la pression, mais impossible de ne pas avoir LA discussion. Que ce soit lui qui soit pressé et que vous souhaitiez attendre ou l’inverse, les spécialistes de la fertilité insistent sur la nécessité de soulever cette question très tôt : "Un couple doit être basé sur la confiance, estime le Dr. Paula Celada. 33 ans, c’est le dernier délai pour mettre le sujet sur la table. Il faut que les hommes se montrent honnêtes et s’emparent du sujet. Beaucoup finissent par dire qu’ils ne veulent pas d’enfants et parfois, c’est trop tard." Car pour les femmes, il n’y a pas de retour en arrière insiste le Pr. Célia Ravel : "Il ne faut pas hésiter à mettre les pieds dans le plat très tôt. Si on se met en couple à 38 ans, on aborde le sujet tout de suite pour éviter les malentendus. Les incompréhensions portent préjudice aux femmes et les non-dits aboutissent toujours à des reproches."

#6 Congeler ses ovocytes, une solution miracle ?

En 2017, au centre IVI de Valence, le Dr. Paula Celada a reçu 1150 patientes françaises venues pour une préservation de la fertilité contre 450 en 2013. La pratique est en plein boom : "La congélation d’ovocytes est une option pour relâcher la pression sur la fertilité, explique-t-elle. Le résultat dépend de l’âge auquel on conserve les ovocytes. Si on le fait à 32 ans et qu’on veut faire un enfant à 40, on aura les mêmes probabilités de tomber enceinte qu’à 32. Mais rien n’est sûr car à 32 ans, une femme n’a pas un taux de réussite de 100% et peut déjà être en insuffisance ovarienne. On conseille de consulter avant 35 ans." Une technique qui peut accorder un sursis selon le Dr. Celia Ravel mais dont il faut se méfier : "Chaque cas est particulier. Cela peut-être bien pour les femmes qui subissent un traitement stérilisant comme une chimiothérapie ou pour celles qui ne sont pas en couple et qui ont besoin de retrouver confiance. Il faut juste en connaître les limites. On laisse trop croire aux femmes que c’est la garantie d’un projet d’enfant réussi, alors qu’il n’y a pas forcément de bébé au bout." Encore faut-il que le l’utérus soit capable de supporter une grossesse et que le corps puisse la mener sans complications. Le Dr. Paula Celada confirme : "Ce n’est pas une solution miracle. Le vrai bon conseil, c’est d’avoir un enfant avant 35 ans si on a trouvé la bonne personne."

#7 Un sujet qui sort du placard

La baisse de la fertilité des femmes, un sujet tabou ? Pour le Pr. Célia Ravel, les lignes bougent : "On observe de plus en plus de problèmes de fertilité donc les gens s’y intéressent davantage, on en parle plus qu’il y a dix ans". L’information est en effet assez récente pour le grand public : "Longtemps, la PMA était quelque chose de secret, regrette le Dr. Paula Celada. Les couples ne disaient pas qu’ils y avaient recours car socialement, on considérait que les femmes devaient être en capacité de concevoir. Ne pas y arriver, c’était une remise en question de sa féminité." Pour elle, il y a une obligation d’informer : "Si tout le monde a ces informations, le sujet de la fertilité devrait se normaliser. Les femmes doivent en parler, chez leur médecin généraliste, chez le gynécologue quand elles vont faire une révision ou un frottis". Vous savez donc ce qu’il vous reste à faire.

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