Couple : pour ou contre le compte commun ? Couple : pour ou contre le compte commun ?

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Couple : pour ou contre le compte commun ? par Elia Manuzio

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Publié le Mercredi 9 Octobre 2019

L’argent est l’une des premières sources de conflit au sein d’un couple. Ouvrir un compte commun, une solution miracle ? Héloïse Bolle, conseillère en gestion de patrimoine chez "Oseille et compagnie" et auteure de "Les bons comptes font les bons amants" (éd. Le Cherche-Midi) nous aide à y voir plus clair.

"J’ai acheté trois boîtes de petits-pois-carottes, tu me fais un virement ?", "Attends mais moi j’ai payé le vin pour le pot de départ de Fabrice". Vivre en couple, pour peu que l’on ait une vie sociale et que l’on se nourrisse quotidiennement, c’est aussi gérer la répartition des coûts, du loyer aux dépenses courantes. Selon l’Insee (2015), 63% des couples auraient opté pour un compte commun, souvent par souci de simplification. Mais pour Héloïse Bolle, il serait aussi une solution pour limiter les dommages collatéraux liés à la charge mentale : "Dans les situations où le partage des tâches ménagères et la charge mentale sont peu équitables, le membre du couple qui supporte la majorité de ces tâches se retrouve mécaniquement à sortir sa carte bleue tout le temps, pour remplir le panier de courses, emmener les enfants chez le médecin, payer la cantine. C’est souvent lui qui a les plus faibles revenus, et à la fin du mois, il est obligé de faire la manche (auprès de l’autre). Avec le compte joint, il a une enveloppe commune dans laquelle piocher pour les dépenses courantes. En plus, cela permet d’évaluer qui participe à quelle hauteur."


Le compte commun, que des avantages ? Pas exactement, et certains couples n’ont pas intérêt à y avoir recours, notamment ceux qui ne gèrent pas l’argent de la même façon, précise Héloïse Bolle : "Qui dit compte joint dit carte bleue. Si vous l’utilisez pour payer 2 000 euros d’options sur votre voiture personnelle, est-ce vraiment une dépense commune ? C’est contestable. De plus, si l’un des deux met le compte à découvert, l’autre est solidaire des dettes contractées sur ce compte". La situation professionnelle est aussi à mettre dans la balance, notamment pour les auto-entrepreneurs, entrepreneurs individuels ou profession libérale : "Ce sont des gens pour qui il n’y a aucune barrière juridique entre leur patrimoine personnel et professionnel, explique Héloïse Bolle. S’il y a un litige avec l’Urssaf, si les factures traînent, le compte commun peut être siphonné pour payer les dettes professionnelles, ou tout simplement bloqué provisoirement".

Avoir un compte joint ne dispense pas de garder chacun un compte personnel. Avoir des dépenses à soi, savoir que le salaire durement gagné tombe sur un compte qui n’appartient qu’à nous est gratifiant et permet de constater le fruit de son travail. Le compte commun, lui, doit rester un "petit compte" pour le quotidien, sur lequel on limite les grosses sommes. Pour les dépenses importantes, comme le remboursement d’un emprunt, Héloïse Bolle conseille d’avoir un compte supplémentaire. Une (petite) charge administrative en plus qui peut se révéler très utile au moment d’une séparation : "Il vaut mieux que les deux participent de façon presque égalitaire à l’épargne (le crédit immobilier est une forme d’épargne) et qu’ils participent de façon inégalitaire aux dépenses du ménage, qui ne seront jamais comptabilisées en cas de séparation. Pour les grosses dépenses, il ne faut pas qu’il y ait d’ambiguïtés. S’il y a un crédit, il faut dans la mesure du possible le rembourser à la même hauteur, et surtout que les deux remboursent. Il faut absolument éviter la répartition où l’un paye toutes les dépenses courantes et l’autre toute l’épargne et les remboursements de crédits. Car dans bien des situations, notamment si le couple est en union libre, l’appartement appartient à celui qui a remboursé, pas à celui qui a financé les courses et la cantine pendant quinze ans !"


Pour les dépenses courantes, reste à se mettre d’accord sur le montant que chacun met sur le compte dédié. Et là encore, cela peut coincer. "Si l’un des deux a un sentiment d’injustice, cela risque de nourrir des rancœurs qui vont durer longtemps. Avant d’ouvrir un compte commun, il faut régler ce problème de répartition pour qu’aucun des deux ne se sente floué. Un conflit financier non résolu qui s’installe peut prendre des proportions beaucoup plus embêtantes des années après". Et surtout, ne pas négliger de revoir régulièrement la façon dont ce compte est alimenté : un passage à mi-temps, une perte d’emploi ou au contraire une grosse promotion, à chaque étape sa redéfinition de l’économie du couple.

Alors, prêts.es à vous lancer ? Rassurez-vous, vous pouvez demander à la banque de façon unilatérale de transformer le compte joint en compte "indivis". Il faudra alors les deux signatures pour toutes les dépenses. Une bonne solution de repli en cas de Black Friday qui tourne mal.

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