Chef d'entreprise en pleine forêt
Marie, 35 ans, chef d'une entreprise de communication et auteure de livres de cuisine.
Basée à Quimperlé (Morbihan) depuis 1 an.
Là, j'ai décidé de quitter Paris
"J'ai rencontré celui qui allait devenir mon mari ici, en Bretagne. Pendant trois ans, je faisais des allers-retours en TGV. Et puis, je suis tombée enceinte. Depuis quelques années, je pensais à créer une entreprise. Mais pour cela, j'avais besoin de place chez moi. Je travaillais comme responsable communication dans une maison d'édition. L'année 2010 avait été une superbe année pour moi au boulot et c'était l'occasion de partir sur un bon souvenir. Ca m'a donné beaucoup de force et de confiance. Une nouvelle vie, un enfant, c'était le bon moment. Attention, ma vie parisienne, je l'ai aimée et vécue pleinement aussi bien en shoppings qu'en sorties et en vie nocturne. Mais faire 45 minutes de trajet pour aller au travail tous les jours quand on est enceinte, le bruit, la nuit et le jour dans mon quartier, à Pigalle, tout ça me fatiguait beaucoup. Aussi, je dépensais une grosse partie de mon budget dans les allers-retours en Bretagne. Mais Paris, quand on n'a pas les sous pour en profiter, c'est beaucoup moins intéressant. "
J'ai adoré
"Les premiers jours, tout est génial. L'espace, la nature. Je suis passée de mon 44 m2 surchagé à Pigalle à 600 m2 dans une longère en pleine forêt au bord d'une rivière. Tout m'émerveillait : j'étais heureuse de me promener dans la nature, de pouvoir avoir des chats à la maison.
J'ai moins aimé
"Qu'on me traite de bobo. On parle beaucoup des Parisiens hautains avec les Provinciaux, mais il y a aussi un racisme anti-Parisiens. On dit d'eux qu'ils sont plus riches et qu'ils ne vivent pas dans la réalité. Mais, nous, cette longère, c'est un vrai choix de vie. On a beaucoup dépensé pour la rénover, la chauffer. Alors, oui, je m'émerveille devant une rivière, une fleur, mais cela ne justifie pas ce mépris. Et le permis ! Un vrai cauchemar ! Je l'ai eu au bout de la cinquième fois après 62 heures de leçon. Je soupçonne mon examinateur, qui allait partir à la retraite, de me l'avoir donné par gentilesse. Sans voiture, avec un bébé, en pleine forêt, ça aurait été impossible."
Paris et moi aujourd'hui
"J'y vais cinq jours par mois. Le prétexte, c'est le boulot : chercher des clients, entretenir le réseau. Mais j'en profite pour voir mes copines, aller au théâtre, courir les ventes privées. Je profite beaucoup plus de Paris qu'avant, je ne vois que les avantages. Ce qui me manque ? L'esprit Monop'. Comme d'aller acheter des collants le soir à 22 heures. Il y a un Monoprix à Lorient mais ce n'est pas pareil. Et aussi, la pharmacie, le dimanche. Ici, il faut passer par le commissariat pour aller à la pharmacie le week-end. Alors quand je vais à Paris, j'en profite à fond."
Alors, heureuse ?
"Je me sens fière d'avoir sauté le pas, de ne pas m'être laissée porter par les choses ou d'avoir choisi la facilité. Ici, je vois un avenir : je ne finis pas quelque chose, je commence quelque chose. Tout me semble possible, l'horizon est ouvert. C'est tellement plus enthousiasmant. "
©Hélène Epaud