Qu’ont en commun Karlie Kloss, attablée devant un cheeseburger, et Nancy Upton, dévorant un poulet rôti ? Mis à part leur engouement pour la junk food, pas grand chose, et surtout pas leurs poids – l’une rentre dans une taille 34, l’autre peine à enfiler une taille 44. Alors qu’il est désormais sexy pour un mannequin d’afficher son amour pour la malbouffe, dans la vraie vie, une fille enrobée sera toujours perçue comme incapable de maîtriser ses pulsions : " une personne obèse aujourd’hui, est vue comme quelqu’un qui ne se contrôle pas. Dans notre société, réguler son poids est un gage d’efficacité et de valeurs morales ", remarque le docteur Gérard Apfeldorfer, psychologue spécialisé dans les troubles du comportement alimentaire. Nancy Upton, qui avait participé au concours de la marque American Apparel et été plébiscitée par les internautes, en a fait les frais. Elle s’est vue écartée du podium par la maison en raison de ses clichés jugés trop provoc’ où elle posait entourée de nourriture.
Des mannequins skinny adeptes de junk food, on en voit de plus en plus dans les séries mode des magazines. Pourquoi un tel engouement ? " Un mannequin aura tendance à afficher son appétit pour prouver qu’elle est mince sans efforts, c’est un moyen de faire taire les rumeurs d’anorexie ", explique le docteur Apfeldorfer. En effet, on se souvient de cette polémique qui avait fait grand bruit en Espagne : cinq mannequins jugés trop maigres avaient été interdits de podiums.
Pour se racheter une conduite, les magazines de mode attablent leurs modèles devant des quantités astronomiques de nourriture. Mais loin de casser l'image d'une industrie qui fait l'apologie de la maigreur, ils brouillent davantage le message, avec des conséquences pour les lectrices qui sont dévastatrices : " Voir ces filles filiformes manger sans restriction et rester minces peut culpabiliser les jeunes femmes qui lisent ce type de presse. Elles se disent qu’elles ne pourront jamais manger ce qu’elles veulent et ressembler aux silhouettes de papier glacé ".
Cette pseudo fille saine, qui peut se permettre de manger des pizzas au petit déj’, et qui en plus rentrera dans la fameuse taille 0, la presse féminine nous la sert à tous les repas. Une hypocrisie de plus, qui met à mal l’image de la femme de la vraie vie. Il semblerait que la mode ait encore une fois, mis les pieds dans le plat.
*Docteur Gerard Apfeldorfer, auteur de Manger en paix , aux éditions Odile Jacob, et psychologue du site linecoaching.com.
©Terry Richardson's Diary