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Cheveux afros : le retour du naturel

Tendance écolo, retour aux origines ou désir de prendre soin de soi : de plus en plus de femmes noires s'affichent avec leurs cheveux au naturel. Rencontre avec 4 femmes qui ont fait la paix avec elles-mêmes.

play PAR GLADYS MARIVAT 25 MAR. 2012 DR
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  • Un autre idéal de beauté

    Un autre idéal de beauté

    Tout commence il y a six ans, grâce au travail d'une sociologue caribéenne Juliette Smeralda. Son ouvrage scientifique, Peau noire, cheveu crépu : l'histoire d'une aliénation fait s'effondrer des années de certitudes et de pratiques capillaires agressives. Non, le défrisage n'est pas normal, dit Juliette Smeralda. C'est une forme de violence qui remonte au temps de l'esclavage, à l'époque où porter le cheveu lisse permettait de voir sa condition s'améliorer. Aujourd'hui, selon elle, c'est pour être belles, remarquées et acceptées que les femmes continuent à se défriser et à se blanchir la  peau. Pour la sociologue, on propose aux femmes noires une esthétique (peau claire, cheveu lisse) qui n'est pas la leur : il faut puiser dans la cosmétique africaine, riche et naturelle.
     

    En quelques années, le livre est devenu l'élément de ralliement d'un vaste mouvement de retour au naturel en France et en Afrique. On y trouve des revendications identitaires comme des sensibilités écologiques ou simplement esthétiques. Le mouvement politique Black Is Beautiful l'intègre à son débat. En 2008, Andrea Pippins monte le projet "I Love My Hair" pour encourager les femmes afro-américaines à aimer leurs cheveux crépus. En France, le salon Boucles d'Ebènes, 100% naturel, a attiré des centaines de milliers de personnes. Hapsatou Sy crée les salons de beauté Ethnicia et y accueille toutes les femmes quels que soient leur couleur de peau et leur type de cheveux. Les "Nappy Girls", ces filles qui ne s'affichent jamais sans leur afro, ont développé des blogs comme "Cheveux crépus arrêtons le massacre", "My Afro Week" sur Facebook ou "Le Blog de Noire ô Naturel". La metteur en scène Eva Dombia s'est également inspirée du livre de Juliette Smeralda pour son cabaret capillaire féministe, Moi et mon cheveu. Tout n'est pas gagné pour autant. Dans les médias ou les publicités, c'est encore très rare de voir une femme noire avec ses cheveux crépus. Et les nombreux soins pour "peaux foncées" qu'on trouve de plus en plus dans les grandes surfaces sont encore loin d'être adaptés.

    Demain, tous afros ? Il ne faudrait pas non plus tomber dans l'excès inverse qui voudrait qu'une femme noire qui met des extensions ne s'accepte pas. Toutes les femmes ont toujours eu leurs artifices. L'enjeu aujourd'hui, c'est d'avoir le choix, de balayer les préjugés (comme cheveu crépu = cheveu sale ou négligé) et de ne plus avoir honte. D'aller vers un autre idéal de beauté, plus proche de soi que du mannequin sur la photo. Rencontre avec quatre femmes qui ont sauté le pas.

    Petit lexique :

    Rajouts: mèches synthétiques ou naturelles que l'on tresse avec ses vrais cheveux. Il est conseillé de les garder trois semaines à un mois.

    Tissages : perruque de mèches synthétiques ou naturelles que l'on coud ou colle sur les cheveux  préalablement tressés.

    Peau noire, cheveu crépu : l'histoire d'une aliénation, de Juliette Smeralda, aux éditions Jasor, 59 €. 

    © Lionel Loko pour Moqita

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    Un autre idéal de beauté

  • "Je ne supportais pas de me voir avec mes cheveux crépus, j'avais l'impression que ce n'était pas moi"

    "Je ne supportais pas de me voir avec mes cheveux crépus, j'avais l'impression que ce n'était pas moi"

    Eva Doumbia, metteur en scène. Son nouveau spectacle, Moi et mon cheveu, un cabaret capillaire, est en tournée dans toute la France du 10 mars au 6 avril.
     

    Quand j'étais petite
    "Je suis métisse et ma mère, qui est blanche, ne savait pas s'occuper de mes cheveux. Elle se contentait de me les démêler tant bien que mal et de me faire une couette. Mon père, Ivoirien, nous coiffait quand il avait le temps. Je suis née dans la banlieue du Havre et là-bas, comme on s'en doute, il n'y avait pas de salons de coiffure afro-antillais. A l'école, je me souviens qu'on se moquait de mes coiffures, on me traitait d'"ananas". Les adultes nous trouvaient mignonnes comme des poupées, et les gens disaient souvent : "Tu es belle pour une noire". Alors dès que j'ai eu 18 ans, je me suis empressée de faire des rajouts et de défriser mes cheveux."
     

    Le jour où j'ai tout arrêté
    "Il y a cinq ans, j'ai perdu mes cheveux, à force de garder trop longtemps mes rajouts. Je n'avais plus le choix : soit je devenais chauve, soit j'arrêtais les soins agressifs. J'ai tout arrêté et j'ai commencé à m'occuper de mes cheveux. J'ai réalisé que tout ce temps, je m'étais cachée derrière mes rajouts. Dès que je les enlevais, j'en refaisais d'autres tout de suite après. Je ne supportais pas de voir mes cheveux naturels, j'avais l'impression que ce n'était pas moi. Au début, j'ai eu une période très radicale : je ne voulais plus jamais entendre parler d'extensions. Aujourd'hui, je me sens libre de choisir. Je fais parfois des extensions quand j'en ai envie mais plus pour me cacher, juste pour être belle. D'ailleurs, je ne les garde que quelques semaines."
     

    Ce qui a changé chez moi...
    "Je me suis sentie libérée quand j'ai compris d'où venait mon complexe, en parlant  avec d'autres femmes. Au début, l'idée de faire un spectacle sur les cheveux, c'était une blague entre copines. Puis, je suis tombée sur des quantités de blogs, de forums et sur les livres de Juliette Esmeralda. Rapidement, j'ai créé une page Facebook où j'ai pu recueillir des tonnes de témoignages. J'ai rencontré aussi des militantes Nappy et Aline Tacite, une des fondatrices du salon Boucles d'Ebènes, qui promeut la beauté des femmes noires et métisses. Mon cabaret ne parle pas que de cheveu. Il montre que si les femmes noires ont un rapport compliqué avec leurs cheveux, c'est parce qu'elles ont intégré les codes de la période de l'esclavage, du temps où avoir les cheveux lisses permettait de voir sa condition s'améliorer."
     

    ...et chez les autres
    "A mon époque, c'était inconcevable d'être noire et belle. A l'école, on me traitait de cafard. Treize ans après moi, dans la même école, ma petite sœur était la plus belle de sa classe."

    © DR

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    "Je ne supportais pas de me voir avec mes cheveux crépus, j'avais l'impression que ce n'était pas moi"

  • "Quand tu portes tes cheveux au naturel, c'est aussi un moment où tu t'intéresses à tes racines, à ta culture"

    "Quand tu portes tes cheveux au naturel, c'est aussi un moment où tu t'intéresses à tes racines, à ta culture"

    Qita, coiffeuse, prépare l'ouverture d'un salon de beauté à Paris 100% naturel.
     

    Quand j'étais petite
    "J'ai grandi au Cameroun et je me souviens de journées entières où l'on se tressait entre copines dans la cour de la maison. Puis, à 14 ans, j'ai décidé que je voulais faire comme toutes les filles : me défriser les cheveux pour ne plus souffrir pendant des heures à me faire coiffer. Le hic, c'est quand je suis arrivée en France : les cheveux défrisés, ça s'entretient toutes les semaines et je n'avais plus les moyens de me payer le coiffeur. Alors j'ai rasé mes cheveux. J'ai essayé de les laisser pousser sans les raser ni les défriser. J'ai même tenu le coup pendant un an mais je ne supportais pas de me voir avec les cheveux crépus."
     

    Le jour où j'ai tout arrêté
    "Un jour où je n'avais ni rasé, ni défrisé mes cheveux depuis longtemps, je suis allée voir mon père. Je me souviens que j'avais une coupe afro avec un foulard blanc dans les cheveux. Quand mon père m'a vue, il m'a dit que j'étais très belle. Ça a été un déclic. J'ai senti qu'il était fier. C'était le seul. Mes amis me disaient que je n'étais pas sortable. Sous la pression, j'ai de nouveau craqué et défrisé mes cheveux en 2007. Tout a changé quand je suis allée à New York, rejoindre une amie, deux ans plus tard. J'ai découvert qu'aux USA, il y avait un vrai mouvement vers le retour au naturel. Là-bas, on pensait qu'il était possible de sublimer ce cheveu crépu tellement décrié. Je suis rentrée en France avec l'idée de créer un salon de coiffure 100% naturel."
     

    Ce qui a changé chez moi...
    "En attendant l'ouverture de mon salon, je coiffe à domicile, et de plus en plus sur cheveux naturels. Beaucoup de mes clientes avouent qu'elles ont défrisé leurs cheveux parce que leur idéal de beauté, c'était les blondes aux cheveux lisses des magazines. La mode, les médias sont responsables de cette image : la fille belle du clip, c'est la métisse aux boucles claires. Les hommes sont coupables aussi : c'est pour leur plaire que les femmes se blanchissent la peau avec des produits chimiques. Quand je réussis à convaincre une cliente de cesser de se défriser les cheveux, qu'elle peut s'accepter, c'est une victoire pour moi, j'ai le sentiment d'avoir accompli une mission. Quand tu retournes au naturel, tu fais plus attention à toi, à ton corps. C'est aussi un moment où tu t'intéresses à ta culture. Comment on faisait avant, sans défrisage ? Il existe en réalité toute une tradition ancestrale à exploiter. Mais je ne suis pas une de ces extrémistes qui disent que quand tu portes un tissage, c'est que tu es une fausse noire. Ce ne sont que des cheveux, quand même !"
     

    …et chez les autres
    "Une étude a montré qu'une femme noire dépensait 3 à 4 fois plus qu'une femme blanche en cosmétiques : c'est un marché énorme et toutes les grandes marques ont sauté sur l'occasion. Même si c'est un signe de démocratisation, ces produits de grandes marques ne sont pas forcément adaptés au cheveu crépu. Aux États-Unis, il est très facile de trouver des produits naturels adaptés aux peaux et cheveux noirs. Il y a encore du progrès à faire chez nous."
     

    Pour en savoir plus sur son projet de salon, c'est ici.

    © David Tergémina

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    "Quand tu portes tes cheveux au naturel, c'est aussi un moment où tu t'intéresses à tes racines, à ta culture"

  • Carine : "Les coiffures sur cheveux naturels, c'est un art"

    "Les coiffures sur cheveux naturels, c'est un art"

    Carine, professeur des écoles.
     

    Quand j'étais petite
    "Ma mère me coiffait et dès que j'ai été ado, je me suis défrisée les cheveux. Enfant, on est pris dans le modèle de Cendrillon, la Belle au Bois Dormant, ces jolies princesses aux cheveux blonds et lisses. On se dit qu'il faut avoir ça pour être belle."
     

    Le jour où j'ai tout arrêté
    "Je suis partie vivre en Guadeloupe après le bac. Là-bas, presque personne ne porte de rajouts et la mère des enfants que je gardais m'a conseillé d'arrêter. Elle a soigné mes cheveux avec des produits naturels comme du beurre de karité, de l'huile de carapate. En un an, mes cheveux ont beaucoup poussé. Je me suis rendue compte que les cheveux pouvaient être un accessoire de beauté. Les coiffures sur cheveux naturels, c'est un art."
     

    Ce qui a changé chez moi...
    "Avant, je me disais que je n'étais pas correcte, pas normale avec mes cheveux crépus. J'avais cette image du filmRue Case-Nègres avec ces enfants à la tignasse dure. En Guadeloupe, j'ai appris à m'aimer, à m'accepter de nouveau. Ces mèches, ces défrisages, c'était en fait comme un masque."

    …et chez les autres
    "J'ai l'impression qu'aujourd'hui, les coiffures sur cheveux naturels sont devenues un signe de beauté que beaucoup de femmes veulent adopter, même les Américaines et les Européennes. L'autre changement, c'est la présence de produits pour peaux foncées et cheveux crépus dans les supermarchés. C'est un signe d'intégration de voir des visages noirs, métisses dans les rayons des grandes surfaces. Ça permet aussi d'éviter la foule des quartiers Château d'Eau et Château-Rouge où l'on trouve tous les produits cosmétiques africains et antillais à Paris."

    © DR

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    Carine : "Les coiffures sur cheveux naturels, c'est un art"

  • "On pense se défriser les cheveux pour le côté pratique. En fait, c'est un refus de soi"

    "On pense se défriser les cheveux pour le côté pratique. En fait, c'est un refus de soi"

    Yana, réalisatrice de films.
     

    Quand j'étais petite
    "J'ai grandi au Cameroun et on se faisait des tresses tous les week-end entre copines jusqu'à mes 13 ans. A 14 ans, je me suis défrisée les cheveux, j'ai fait des permanentes et des tissages. Mes cheveux étaient complètement abîmés. En même temps, à l'adolescence tout le monde se défrise les cheveux. Ca devient le critère normal : c'est plus pratique, plus clean, plus acceptable. A cette époque, il n'y avait pas de femmes aux cheveux crépus à la télé et dans les magazines. C'était donc impossible que ça soit beau puisque ça n'existait pas."
     

     Le jour où j'ai tout arrêté
    "J'étais en quête de mon identité. Je me suis coupée les cheveux très courts et j'ai changé mon prénom de baptême pour un prénom africain. J'ai eu l'impression de m'être trouvée. J'ai compris que mes cheveux étaient beaux, qu'ils n'avaient rien de dégoûtant."
     

    Ce qui a changé chez moi...
    "Aujourd'hui, je n'ai plus besoin de me dire tous les matins : ce sont tes cheveux naturels, ils sont beaux. Je ne suis plus dans la revendication, c'est juste une acceptation. Les années où je me suis défrisée les cheveux, je pensais faire quelque chose de normal. Avec le recul, je sais que je me suis voilée la face : il s'agit d'un refus de soi, qu'on reproduit sans se poser de questions."
     

    …et chez les autres
    "Il y a 13 ans, quand je suis arrivée aux États-Unis avec mes cheveux naturels, on m'a demandé si j'étais sûre que c'était approprié. Là-bas, beaucoup de personnes se mettent des extensions, des cheveux blonds. Et en même temps, quand j'étais à Brooklyn, 90% des personnes que je fréquentais avaient les cheveux naturels. Pour certaines femmes, c'est un choix qui va avec un style de vie plus respectueux de l'environnement, des animaux et lié à un militantisme politique."

    © Droit réservés

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    "On pense se défriser les cheveux pour le côté pratique. En fait, c'est un refus de soi"

  • Conseils et salons de prédilection

    Conseils et salons de prédilection

    Des produits purs et simples
    Yana
    utilise du vrai beurre de karité. Aux États-Unis, elle trouve facilement des produits naturels au Whole Foods Market et dans la ligne de soins Iman Cosmetics : "Pendant longtemps, on s'est imaginé plein de choses très contraignantes sur nos cheveux. Qu'il fallait absolument les tresser avant de se coucher par exemple. L'important, c'est de tester ce qui marche avec ses cheveux."

    Du bio et du naturel
    Carine
    n'achète jamais de marques grand public dans les supermarchés. Elle aime particulièrement la gamme écolo-cosmétique Baayo : "Les shampooings au karité ou au cacao des marques standard ne contiennent en réalité qu'1% de produits naturels".

    Osez les locks...
    Qita
    porte des locks et la mauvaise image qui va avec : "J'ai été très critiquée quand j'ai fait mes locks. Mais pour moi, c'est un accomplissement. On dit souvent que les locks sont sales, négligées. Pourtant, la plupart des garçons et des filles qui ont des locks en prennent soin. Moi, je les soigne en faisant des bains d'huile et en allant régulièrement chez le coiffeur."

    ...et les salons de coiffure
    Longtemps, le salon de coiffure, c'était dans le quartier Château-Rouge ou Château d'Eau à Paris, pour se poser des mèches ou des tissages et basta. Impossible pour une femme aux cheveux crépus d'aller dans un salon standard. Aujourd'hui à Paris et en Province, de nouveaux espaces de beauté accueillent toutes les clientes, quelles que soient leur couleur ou la qualité de leurs cheveux. Parmi eux, coup de cœur pour les salons Ethnicia dont la fondatrice Hapsatou Sy a fait le choix de considérer les clientes "comme des individus et non comme des catégories". "Mon rêve, c'était de créer un lieu qui soit un vrai melting pot, une ouverture d'esprit, explique-t-elle. Chez nous, il y a un vrai mélange, un métissage qui est à l'image de la France d'aujourd'hui."

    Plus d'infos sur www.ethnicia.com.
    Et aussi sur lesafronautes.blogspot.com

    © Michael Rowe/Getty

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    Conseils et salons de prédilection

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