Too Much Pussy ! est un O.F.N.I (objet filmique non identifié) : road movie d’une troupe queer de 6 filles, il permet aussi de connaître le mouvement féministe "pro sex". Rencontre avec la réalisatrice Émilie Jouvet et l’une de ses actrices, Judy Minx.

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Quelle est l’intention du film ?
Émilie Jouvet (EJ)
 : Elle est née à Berlin, j’étais avec la performeuse Wendy Delorme*. Ça faisait des années qu’elle et moi, en voyageant, rencontrions des artistes – actrices, chanteuses, slammeuses, danseuses… - issues du mouvement féministe sex-positif. Il s’en dégageait une énergie assez forte. J’ai voulu leur donner la parole.
* Wendy Delorme est danseuse burlesque, et auteur du livre "Insurrections ! En territoire sexuel " (Éd. Du Diable Vauvert), réflexion sur les genres, et où elle fait notamment l’apologie du fist fucking.

C’est quoi, ce féminisme sex-positif ?
Judy Minx (JM) 
: La source, c’est le féminisme classique de Simone de Beauvoir. Dans les années 70, en réaction au porno, deux courant se sont séparés : le féminisme anti-porno incarné par un auteur comme Catherine MacKinnon, et donc le pro sex qui, plutôt que de condamner le X a préféré en proposer un différent, moins normé, où tous les corps sont possibles, pas rythmé que sur le plaisir de l’homme. Ce fut la cause en particulier de l’actrice Annie Sprinkle.

Comment avez-vous découvert le mouvement ?
EJ
 : Dans ma famille, de mère en fille, on est féministes. J’allais à des meetings, mais certaines idées me gênaient. Le discours était parfois moralisateur. Et puis, je suis tombé sur le livre "Parlons cul, contre l’hypocrisie puritaine" de Sally Tisdale : un choc. Elle parlait de sexualité de façon cash et décomplexée.

JM : Moi ce fut Virginie Despentes et son King Kong Theory. Je militais déjà dans des associations féministes radicales en 2006. À l’époque, ça faisait longtemps que j’avais envie de faire du porno, mais avec des réserves : était-ce compatible avec mon engagement féministe ? Despentes m’a montré que c’était possible.

Parenthèse, pourquoi tu avais envie de faire du porno ?
JM 
: Pour plein de choses différentes. On est dans une société où la sexualité est pétrie de tabous. Le porno, c’est la réponse la plus directe, la plus frontale.

La plus normée aussi, non ?
JM
 : Tout dépend de ce qu’on y fait. Moi, j’ai enculé un mec sur un tournage de John B.Root. J’ai eu des espaces de liberté malgré tout. C’est peut-être normé, mais au moins, il n’y a pas de pudibonderie.

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