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Vos amis vous coûtent-ils trop cher ?

Vos amis vous coûtent-ils trop cher ? Généreux pour être apprécié Une ère bling et no future Des amis à l’infini 5

Cagnottes 2.0, crowdfunding et enterrements de vie de jeune fille à répétition?: aujourd’hui et malgré la crise, on investit plus d’argent dans ses amis que dans son Livret A. Glamour a enquêté sur cette nouvelle pression relationnelle.

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Vos amis vous coûtent-ils trop cher ?

Vos amis vous coûtent-ils trop cher ?

Autrefois, "les bons comptes faisaient les bons amis". C’était l’époque où l’on se prêtait 10 euros que l’on se rendait rubis sur l’ongle, où l’on cherchait ensemble les plans les moins chers. Aujourd’hui, ce sont les bons gros découverts qui font les bons amis. Si vous êtes dans le rouge le 10 du mois et qu’il vous faut secrètement vous alimenter comme un étudiant de Cité U jusqu’à la prochaine paie, il ne faut pas seulement maudire cette crise qui n’en finit pas, mais aussi vos vieilles amies qui ont décidé de se marier chacune à trois mois d’intervalles (robes + chaussures + cadeaux + hôtel : 600 euros x 2, soit un Smic).

Ou les 30 ans de cette copine qui s’est prise pour Kate Moss en faisant durer l’éthylisme trente heures dans tous les clubs de la ville, à vos frais. A moins que ce ne soit le rituel des tournées payées, certes à tour de rôle, mais dans le bar à cocktails où chaque breuvage coûte deux fois ce que vous gagnez de l’heure. A chaque célébration se profile donc l’angoissante question que chacun se pose en silence : combien ? Or ces occasions avec obligation d’achat se sont multipliées ces dernières années avec l’importation d’usages américains. En tête : la baby shower. « De plus en plus d’agences spécialisées ont ouvert depuis 2011, rapporte Anaïs Lunet, « baby planner ». Cette fête se banalise, les boutiques spécialisées ont désormais un corner spécial baby shower. Le budget moyen pour un cadeau est de 30 à 50 euros par personne. On voit aussi arriver de nouvelles tendances : la gender party – à la découverte du sexe du futur bébé –, la Mum-to-be Party, où la mère et ses copines vont se faire « chouchouter » pendant tout un après-midi, et bien sûr la naissance et le premier anniversaire de l’enfant. » Si gâter ses amis représente une noble dépense, on aimerait quand même éviter de finir avec l’emploi du temps d’une sœur Kardashian.

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Généreux pour être apprécié

Généreux pour être apprécié

La multiplication de ces rendez-vous sociaux, prétextes à dépenser, a donné naissance à ce que les Britanniques ont baptisé la  "social debt ". Et de l’autre côté de la Manche, une étude réalisée cette année par The Money Advice Service estime que cette "dette sociale" coûterait en moyenne et par an un peu plus de 1500 euros par habitant. Les raisons ? Apparaître généreux pour être apprécié et ne surtout pas montrer aux autres que l’on a des ressources financières moindres. Mais pourquoi, alors que tout le monde souffre (plus ou moins) de difficultés financières, fait-on en société comme si l’argent n’était pas un problème ? Pourquoi n’invite-t-on plus ses amis à la maison, autour d’une pizza, comme avant ?

Peut-être parce que même notre espace domestique a été colonisé par la compétition sociale. "Avec la pression des émissions comme MasterChef, les beaux plats à Instagrammer, même quand j’invite mes copains chez moi, je suis obligée de sortir le grand jeu, de cuisiner avec des produits frais et chers, il faut que mon service de table soit dans la thématique de la bouffe, bref je me ruine au final plus que si on allait au resto", avoue Julia, 32 ans et responsable en communication. Et si on voit moins ses amis parce qu’on n’a plus les moyens, on risque de perdre le lien". Mais comment le niveau de vie est-il devenu si important dans nos relations amicales ? Où est passé le temps où on vivait d’amitié et d’eau fraîche, "d’un café avec cinq pailles " ?

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Une ère bling et no future

Une ère bling et no future

Dans un contexte de récession économique et d’individualisme décomplexé, cette situation apparaît à première vue paradoxale. Pour Stéphane Hugon, sociologue et chercheur au Centre d’étude sur l’actuel et le quotidien, l’explication réside tout d’abord dans la transformation de notre rapport à l’argent. La peur d’avoir moins d’argent que nos parents favorise une attitude "no future" : "On a la certitude que le monde de demain sera moins bon que celui d’aujourd’hui, et la conséquence immédiate sur le plan économique, c’est la consommation excessive et théâtrale, surtout dans la fête. On consomme sous le regard de l’autre, on dépense pour témoigner de l’affect".

Privée de la possibilité d’acheter un appartement, une voiture, ou d’épargner, la Génération Y fonctionne à la gratification immédiate, autrement dit dépense pour elle-même. Rien n’est jamais trop beau. Cette démarche hédoniste et ostensible serait même une stratégie de survie dans un monde où domine la violence sociale et économique. "On trompe la réalité économique en scénarisant son existence, commente Stéphane Hugon. En offrant un sac Vuitton alors qu’on gagne le Smic, on se réinvente une identité qui échappe à nos déterminismes sociaux". "Le cadeau entretient l’illusion qu’on a de l’argent, même pour la personne qui le reçoit ", confirme la coach en intelligence financière, Nathalie Cariou. Alors on claque, au mépris de notre situation réelle. "J’ai une bande de copines assez aisées et c’est parfois dur de suivre financièrement. On a fêté les 30 ans de l’une d’elles en louant un riad au Maroc. Rien que l’avion et la location me faisaient un sacré trou sur mon compte en banque, mais j’avais envie d’y aller. Seulement, une fois sur place, c’était la vie de princesse: spa, restos branchés, champagne. Au bout de deux jours, j’étais à découvert et j’ai dû inventer un mensonge pour rentrer en catastrophe", raconte Charlotte, illustratrice de 29 ans.

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Des amis à l’infini

Des amis à l’infini

Paris, comme les autres villes de plus de 100 000 habitants, compte 51 % de célibataires. L’âge moyen du mariage est de plus de 30 ans. Et le temps de cette longue adolescence, les amis sont devenus notre nouvelle famille, celle dont il faut en permanence s’assurer l’affection. Et chaque soirée, vacances, pot de départ auquel on participe soigne un peu notre FOMO ("Fear of Missing Out"), notre peur de passer à côté de moments de la vie du groupe. Une angoisse dont une étude anglaise de 2012 estime qu’elle nous coûterait 2 000 euros par an.

Problème : la sphère amicale s’est largement agrandie depuis l’apparition des réseaux sociaux. Plus de "friends", plus d’invitations à des événements destinés à devenir autant de photos qu’on espère désirables. Ils ont aussi rendu transparentes les coulisses des cagnottes, qui ne sont plus réservées aux grandes occasions, mais quasi systématiques en cas d’événement "important" – une définition bien flexible. Laëtitia en a récemment fait les frais : "Une bande de copains qui n’est pas la mienne organise une cagnotte Leetchi pour une amie afin de lui payer le permis bateau, un projet que je trouve plutôt yuppie pour une fille qui bosse dans l’humanitaire. Il faut mettre 30euros minimum, et ne pouvant pas venir à la fête, je lui écris un mail pour savoir si elle est contente du cadeau. Sa réponse me laisse entrevoir que mes 30euros n’étaient pas à la hauteur. C’est dingue parce qu’au final, on m’a forcé la main et je ne suis pas remerciée, il aurait fallu que je débourse 300euros!", s’indigne-t-elle.

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Non-dits et radinerie : les nouveaux tabous

Non-dits et radinerie : les nouveaux tabous

Souvent, les inégalités apparaissent après les premières années de vie active : "Il y a un terrible sentiment de déclassement, car à études égales, on n’aura pas tous le job désiré et les inégalités salariales entre professions similaires se creusent de plus en plus actuellement, remarque Stéphane Hugon. Du coup l’argent est tabou parce que les gens partagent la même culture et les mêmes valeurs, mais n’ont plus les mêmes revenus". A 20 ans, on vit tous plus ou moins aux crochets de nos parents, et on ne dépense pas son propre argent. A 30 ans, c’est le moment douloureux où un clivage économique et les différences de "réussite" viennent s’incruster dans les conversations et compliquer le choix des vacances entre amis…

Pour Nathalie Cariou, éradiquer les non-dits autour de l’argent est une tâche difficile puisque cela reviendrait à révéler une part plus sombre et complexe de soi : "L’argent est un grand bavard qui parle de nos peurs enfouies : celle de ne pas être à la hauteur, de manquer d’argent, de confiance en soi". Et ce genre de peur, on en parle éventuellement à ses amis. Pas à ses copains. C’est tout le paradoxe : on finit par dépenser plus avec son deuxième cercle d’amis, ceux à qui on n’ose pas raconter ses problèmes, ou simplement son ambiguïté par rapport à l’argent. "Avec mes amis proches, je ne suis pas gênée de dire que je suis à découvert, que je ne peux pas aller au resto. Avec des copains, je n’ai pas envie de me justifier donc je paye. Je ne veux surtout pas qu’on se dise que je suis radine", confie Léa. Pourtant, le tableau n’est pas aussi noir que le futur de Jérôme Kerviel. Car la crise a aussi apporté une certaine transparence, et on se met à en parler un peu plus ouvertement. "J’ai arrêté de me soucier du fric le jour où j’ai compris que mon angoisse du découvert était partagée par une bonne partie de mes amis. Je n’ai jamais eu besoin de me justifier sauf une fois où l’un d’eux m’a dit : “C’est ton tour d’offrir ta tournée”, et je lui ai répondu que ma tournée était passée dans les deux taxis que je venais de payer", s’amuse Clémence, auteure, 37 ans. Mais la bonne nouvelle, c’est que si vos amis vous coûtent, ils vous rapportent aussi. Une étude américaine menée auprès de 10 000 étudiants pendant 35 ans a démontré que les personnes devenues les plus aisées étaient aussi celles qui avaient le plus d’amis à l’école, chaque ami supplémentaire par rapport à la moyenne ajoutant 2 % de plus au salaire moyen. Et si l’amitié avait finalement un prix ?

Laureen Parslow
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