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Génération 1000 euros : s'en sortir avec le SMIC

La précarité, mode d L L L 5

En 2006, deux Italiens en galère signaient Génération 1000 euros, livre qui allait devenir le manifeste du mouvement précaire dans toute l'Europe. Cinq ans après, la précarité est devenue le pain quotidien de la jeunesse. Rencontre avec 4 jeunes femmes qui serrent les poings mais gardent le sourire.

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La précarité, mode d'emploi

La précarité, mode d'emploi

On s'en souvient encore. C'était fin 2005, des stagiaires en colère défilaient à Paris avec des masques blancs. Leur mouvement, Génération Précaire, allait trouver un écho dans toute l'Europe. Pendant ce temps à Milan, Antonio Incorvaia et Alessandro Rimassa décidaient d'écrire Génération 1000 euros, journal de leur vie de galères et témoignage d'une génération de "milliéristes". A presque 30 ans et titulaires de Bac + 5, ils enchaînent les "co.co.pro.", contrats à durée déterminé payés, c'est l'idée du titre, 1000 euros par mois. Obligés de vivre en colocation, de faire de petits boulots à côté, ils font leurs courses au supermarché discount, ont tiré une croix sur les restos, comptent leur moindre sou et coupent le chauffage pour essayer de boucler leurs fins de mois. Et le tout avec humour et une distance ironique, un peu blasée : Génération 100 euros, c'est presque L'Auberge espagnole avec des Bolinos à la place des tapas.
 

Depuis, les Indignés d'Espagne, du Portugal, du Chili, de Grèce et même de New York sont passés par . Ils ont manifesté, un peu cassé. Ils se disent précaires, ça n'émeut plus grand monde. Leurs aînés, les soixante-huitards leur reprochent un manque d'engagement politique et d'esprit révolutionnaire.
"Ils acceptent le système capitaliste", disent-ils. Ils ne veulent "que de l'argent". Ça manque sans doute de glamour. C'est vrai qu'eux, en revanche, frôlent la crise d'urticaire quand ils reçoivent leur salaire confortable et autres émoluments.

 

On l'oublie souvent, mais il n'y a pas que les étudiants surdiplômés qui connaissent la précarité. Même les jeunes qui veulent faire "une formation courte qui recrute" galèrent. Parce que le logement est trop cher pour partir dans les villes qui offrent les formations qui leur plaisent. Parce qu'on demande à un jeune d'avoir déjà de l'expérience pour intégrer une école et qu'au final, c'est sur la capacité à se payer des stages, vivre dans les bonnes villes et endurer cinq années d'études sans pouvoir travailler à côté que la différence se fait. Et pour cela, tout le monde le sait, ceux qui ont des parents qui peuvent aider, seront nettement favorisés. C'est beaucoup d'illusions qui partent en poussière. Le pire étant qu'une fois tous ces obstacles abattus, il faudra encore trouver comment vivre dans une grande ville avec le SMIC (1073 euros nets/mois) ou les périodes de chômage, rémunérées ou pas.

Trouver "de la stabilité dans l'instabilité". Cela demande du courage, une sacré dose d'inventivité et de passion. Les jeunes femmes que nous avons rencontrées en ont. Il y a bien pire qu'elles, elles en sont conscientes. Révoltées, en colère ou bien résignées, elles nous livrent leurs galères et leurs bons plans pour s'en sortir avec le sourire. Leur combat est ordinaire et n'étonne plus personne, elles le savent aussi. C'est peut-être ça qui est inquiétant.

*A lire :
Antonio Incorvaia et Alessandro Rimassa, Génération 1000 euros, La fosse aux ours, 184 pages, 17 €.
Romain Monnery, Libre, seul et assoupi, Au diable vauvert, 289 pages, 18 €.
Kaouther Adimi, L'envers des autres, Actes Sud, 128 pages, 13,80 €.

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L'intello chômeuse

L'intello chômeuse

Anaëlle, 28 ans.

Master 2 d'Histoire de l'art, diplômée de l'Ecole du Louvre.
Enchaîne contrats courts et période de chômage depuis un an.
Revenus : entre 400 (le RSA) et  1073 € (le SMIC) net /mois.
Envisage un stage dans le journalisme culturel.
 

Mes débuts dans la vraie vie
"On a le choix entre faire des études pour trouver du travail ou suivre sa passion. J'ai préféré la deuxième option : je me suis inscrite à la fac d'histoire de l'art. Au moment je commençais ma thèse, j'ai été retenue à l'Ecole du Louvre, une grande chance. Mais la réalité du travail, c'est tu finis ton stage, tu fais ton contrat-tremplin, puis tu t'inscris au chômage et tu cherches. Sauf que tu ne trouves pas."
 

c'est le plus dur...
"J'ai beau avoir travaillé pendant neuf ans pour payer mes études, j'ai perdu tous mes droits aux ASSEDIC quand j'ai commencé ma formation au Louvre. C'est le genre de choses qu'on ne t'explique pas forcément. Après le Louvre, quand je suis allée à l'ANPE, on m'a dit que je ne rentrais pas dans les cases. On m'a dit « Il y a un McDo qui vient d'ouvrir dans le 19e, ils recherchent des gens ». En ressortant de ce genre de rendez-vous, tu te dis que tu ne vaux rien. A force de me remettre en question, j'ai finalement pris ce qu'on m'a proposé et j'ai revu mes espoirs à la baisse. Aujourd'hui, je suis en CDD pour 4 mois dans un petit musée qui touche plus à l'économie qu'à l'art. J'ai aussi un prêt à rembourser que j'ai dû faire pour financer mon année à l'école du Louvre."
 

Ce qui me fait tenir...
"La passion, exclusivement. Parfois je regrette d'avoir fait ce choix, mais je n'y peux rien, c'est ce qui me plait, ce qui m'anime. Après, je ne suis pas naïve. Je ne vais pas continuer ainsi éternellement. Mais je veux tout essayer. Si dans un an, je n'ai toujours rien, je penserais à me réorienter dans l'enseignement ou à quitter Paris. Ici, on ne peut pas vivre avec seulement le SMIC".
 

Révoltée ou résignée ?
"J'ai des moments de colère même si je ne peux pas en vouloir à un autre. J'ai été libre de faire ce choix. J'estime encore avoir de la chance : je n'ai pas à trouver un travail de survie. Je reste une privilégiée."
 

Tes bons plans pour garder le sourire ?
"La précarité financière implique une précarité sociale. C'est impossible de suivre ses amis au resto. Alors, je cuisine et j'invite chez moi ! Pour les sorties culturelles, mon truc, c'est les jeux-concours. J'en trouve sur Facebook, Twitter, sur les sites de journaux ou de radios. Le gros souci reste les musées. La démocratisation de la culture, c'est un beau concept. Mais dans la réalité, si tu as plus de 26 ans et que tu n'es pas chômeur, tu payes plein pot".

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L'éternelle intérimaire

L'éternelle intérimaire

Cécile, 27 ans.
Diplômée d'une école de journalisme (Journaliste Reporter d'Images).
Enchaîne les journées de piges depuis trois ans.
Revenus très variables : entre 450 et 2000 € net /mois.
 

Mes débuts dans la vraie vie
"A la fin de mes études, je suis venue à Paris pour un CDD de 2 mois dans une chaîne de télévision privée. Comme ça s'est bien passé, ils m'ont proposé de piger (une sorte d'intérim à la journée ou à la semaine, ndlr) pendant 4 mois. Puis, la chaîne a embauché une dizaine de journalistes d'une filiale et, du jour au lendemain, ils ont cessé de faire appel aux pigistes. J'avais gagné environ 2000 euros par mois depuis mon arrivée, je me suis retrouvée sans rien. Je n'avais pas assez travaillé pour prétendre aux ASSEDIC. Cette galère a duré 6 mois pendant lesquels j'ai puisé dans l'argent que j'avais mis de côté. Finalement, j'ai réussi à intégrer le planning d'une chaîne publique. Il a fallu du temps pour qu'ils m'appellent plus souvent et au début, je n'ai eu que 3 ou 4 piges par jour, à peine 400 euros pour vivre."

c'est le plus dur...
"Le logement. Je vis depuis trois ans dans 18 m2 et je ne pense pas pouvoir me permettre un deux pièces à Paris. J'ai un appartement d'étudiant, pas de quelqu'un de bientôt 30 ans. Bien sûr, les bons mois, ça serait possible. Mais quand je n'arrive qu'à gagner 1000 euros, un loyer de 800/900 euros, c'est impossible."
 

Ce qui me fait tenir
"Je pense que c'est pareil pour tout le monde, même si certains sont plus précaires que d'autres. Être pigiste dans mon métier, c'est aussi une opportunité exceptionnelle : on peut aller voir ailleurs quand on veut, on peut se diversifier. Les périodes creuses, c'est aussi ce qui m'a permis de monter un projet de documentaire. J'ai trouvé une forme de stabilité dans l'instabilité."
 

Révoltée ou résignée ?
"Je pourrais rejoindre une manifestation même si je penserais au fond de moi « A quoi bon? ». J'ai l'impression que c'est aussi le cas des Indignés en Espagne, même des manifestants à New York. Leur révolte est désabusée : ils veulent simplement plus de fric, pas une révolution. Il n'y a aucune proposition. Ils manifestent sans trop y croire, en se disant « On verra bien ». Autour de moi, beaucoup de jeunes, découragés, décident de s'évader à l'étranger. Pour eux, comme pour moi, penser à une carrière ou à une retraite, c'est du domaine du surnaturel. Mais je ne vois pas l'intérêt de fuir à l'étranger si c'est pour revenir deux ans plus tard et trouver les mêmes problèmes."
 

Tes bons plans pour garder le sourire ?
"J'ai un très petit loyer (560 euros), donc je ne suis pas trop limitée. Mon seul vrai loisir, c'est le cinéma et là j'ai une carte d'abonnement. Et puis pour les vacances, j'achète aux enchères sur internet."

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L'abonnés aux contrats aidés

L'abonnés aux contrats aidés

Alexia, 27 ans.
Diplômée en Master en Communication Culturelle en 2009.
En CAE (Contrat d'Accompagnement dans l'Emploi) dans un centre de formation pour musiciens.
Revenus : 1073 € net/mois (le SMIC).
 

Mes débuts dans la vraie vie
"Après une licence en lettres modernes, j'ai suivi ce master en communication culturelle pendant deux ans dans une école privée. J'ai faire un prêt pour la payer. Pour mon premier boulot, j'ai eu un vrai coup de bol. En cherchant sur Internet, j'ai trouvé rapidement un contrat de 9 mois comme chargée de communication pour une structure d'accompagnement d'artiste. Au bout de neuf mois, ma boîte a fermé. J'ai commencé alors une période de chômage de 6 mois jusqu'à trouver un nouveau contrat aidé dans une structure similaire."
 

c'est le plus dur...
"J'ai eu une période de chômage de 6 mois. C'était très long. Et je me suis rendue compte que je décrochais beaucoup plus d'entretiens quand j'étais encore en poste qu'une fois au chômage. Pendant ces 6 mois, j'ai pensé trouver un stage. J'ai aussi rencontré une conseillère Pôle Emploi qui m'a dit «Vous ne pouvez pas rester sans rien faire. Faites du baby-sitting, du ménage. » Je lui ai dit que j'avais fait cinq ans d'études et que bizarrement je préférais faire le boulot pour lequel j'ai été formée. C'est sûr que beaucoup de gens de ma promo sont retournés à la fac, mais j'ai préféré continuer à chercher dans cette voie."
 

Ce qui me fait tenir
"L'aide de mes parents. Comme j'ai ce crédit à rembourser et 500 euros de loyer, je ne pourrais pas vivre sans. En gros, il me manque 300 euros pour vivre correctement à Paris. Je sais qu'en province même avec 1000 euros par mois, je m'en sortirais mieux." 
 

Révoltée ou résignée ?
"Je vois bien que partout en Europe, on est loin de la jeunesse dorée. Après, je ne suis pas sûre qu'aller crier et tout casser dans la rue va changer grand chose. Nous sommes nombreux à espérer que notre condition s'améliore mais si les gens continuent de voter à droite, il n'y a pas de raison que ça s'arrange. Même si la gauche ne fera pas des miracles."
 

Tes bons plans pour garder le sourire
"L'avantage de mon boulot, ce sont les places de concert gratuites. J'achète aussi des vinyles, c'est moins cher et plus joli qu'un CD. Pour les fringues, j'achète tout sur Internet et pendant les soldes."

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La formation impossible

La formation impossible

Lucie, 22 ans
Bac ES
Enchaîne les petits boulots depuis bientôt trois ans pour se payer une formation de soigneur animalier dans un zoo.
 

Mes débuts dans la vraie vie
"J'ai été mal orientée. On m'a dit que j'avais plus de chance d'intégrer une formation pour soigneur animalier avec un bac S. Alors, je suis partie dans une fac à Angers pour passer une remise à niveau scientifique. Sauf que rapidement, je me suis rendue compte que j'avais été mal conseillée : le bac S, ce n'était pas du tout indispensable. Dégoûtée, j'ai arrêté d'aller en cours. Seul point positif : être à la fac, ça m'a permis de suivre mon premier stage dans un zoo."
 

c'est le plus dur
"La formation de soigneur que je vise exige des candidats d'avoir de l'expérience. Faire des stages est donc obligatoire. Surtout que nous sommes en compétition avec des personnes qui travaillent dans des zoos depuis des années et qui passent ce concours juste pour avoir un diplôme. Qui dit stage, dit être dans une école pour avoir des conventions. Et pour faire ces stages, je veux absolument mettre de l'argent de côté. Parce que, depuis que la loi qui oblige à rémunérer les stages au bout de deux mois est passée, les employeurs ne proposent que des périodes très courtes pour ne rien payer. Pas de quoi avoir suffisamment d'expérience. C'est un casse-tête infernal."
 

Ce qui me fait tenir
"Je n'ai pas envie de faire autre chose que ce métier. Je veux mettre des sous de côté pour partir et m'assumer. Quand j'étais au McDo, il y avait une bonne ambiance. Je savais que c'était temporaire, ce n'était pas pour faire carrière. Beaucoup de mes collègues n'avaient pas ce projet. Ils se sont installés, se sont endettés pour leur voiture et maintenant ils sont coincés ici. Mes parents pourraient m'aider mais l'année à Angers m'a trop fait culpabiliser vis-à-vis d'eux. Je ne veux plus rien leur demander."
 

Révoltée ou résignée ?
"Je doute, surtout. Autour de moi, tout le monde parle de ses études, de son travail et moi je me sens un peu bizarre. J'essaye de faire de plans mais je ne sais jamais je vais mettre des pieds, si je vais finir par trouver un stage. Ce qui m'agace vraiment, c'est la question de l'orientation. Je me suis rendue à Pôle Emploi mais ils m'ont dit qu'il fallait prendre les rendez-vous sur Internet ou sur une boîte vocale. On n'a jamais personne en face de nous pour aider. Juste un 3949."
 

Tes bons plans pour garder le sourire
"Heureusement, il y a Internet. J'y trouve des prix cassés pour tout : voyages, sorties, concerts. Et des réductions pour les restos."

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