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Comment j'ai menti à mon propriétaire...

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Ils ont un travail, gagnent correctement leur vie et pourtant ils ont fraudé pour trouver un appartement. Rencontre avec une nouvelle génération de falsificateurs qui ne demandent qu'à être logés dignement.

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Faux dossier, recherche d'appartement location

Faux dossier, recherche d'appartement location

"Bonjour, j'appelle pour l'annonce, le studio de 18 m2 à 750 euros/mois.

-        Vous êtes en CDI ?

-        Oui !  (cri plein d'espoir du locataire)

-        Combien gagnez-vous ?

-        Euh, 1800 euros net par mois.

-        C'est une blague ? Désolé, ça ne va pas être possible."
 

Ce coup de fil, c'est un grand classique du monde merveilleux de la location parisienne. A Paris, les agences et les particuliers demandent aux aspirants locataires de gagner au moins trois fois le prix du loyer, d'être en CDI, d'avoir des garants propriétaires, résidant en France et qui gagnent autant voire plus qu'eux.
Un studio coûte en moyenne 700 euros par mois. Pour un deux-pièces, il faut souvent compter 900 euros.  A ce prix-là, un jeune actif, même s'il gagne bien plus que le SMIC, ne peut prétendre à rien. Idem pour un travailleur indépendant, un salarié étranger ou issu d'une famille modeste.

Nous avons rencontré des jeunes free-lance et salariés. Ils ne sont pas des arnaqueurs par nature. Sauf qu'après des semaines voire des mois à chercher un logement avec leur vrai dossier, ils ont craqué. Certains d'entre eux n'ont même pas essayé : ils savaient que leur profil était indésirable.
Plutôt que de se résigner à vivre dans un micro-studio (13/14 m2), en colocation, en sous-location ou à quitter Paris, ils ont effectué quelques arrangements avec la réalité.

De cette fraude, ils n'ont ni honte, ni peur, puisqu'ils payent leur loyer. Pour eux, réussir à décrocher ce logement, c'était surtout une question de dignité. 

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Recherche appartement dossier faux papiers

Recherche appartement dossier faux papiers

Laura, 25 ans, assistante d'édition en CDI

Tu t'es décidée quand ?

"Quand je suis arrivée à Paris il y a deux ans, j'ai d'abord vécu en colocation. J'étais en stage, j'avais encore le statut d'étudiant. Avec mes parents comme garants, je n'ai eu aucun problème à l'époque pour prouver que je pouvais payer 600 euros par mois. Tout s'est compliqué l'année dernière. J'ai commencé à chercher un appartement pour moi toute seule. Entre-temps, j'avais décroché un CDI, avec un bon salaire, 1800 euros net par mois. Mes amis me disaient que j'allais galérer, qu'il fallait que je fasse des faux papiers, mais je n'y croyais pas. Je me disais à 25 ans, avec un CDI et un salaire fixe, je peux me payer un deux pièces ! Mais dès les premiers appels, on m'a ri au nez."
 

Comment tu t'y es prise ?
"
Dans ma boîte, mes collègues m'ont dit que le chef comptable savait que nos salaires étaient trop bas pour nous permettre de trouver un logement. Il pouvait gonfler nos revenus sur le papier, comme une une sorte d'avantage en nature. Avec mes fausses fiches de paye à 2500 euros par mois, j'ai trouvé tout de suite. Aujourd'hui je paye sans problème mon loyer de 750 euros par mois. Je suis seule, sans personne à charge, ni prêt à rembourser. Une fois mon loyer payé, il me reste plus de 1000 euros pour vivre : je juge que c'est largement suffisant."
 

Comment tu l'as vécu ?
"
Ce qui est bizarre dans cette histoire, c'est que j'ai vécu l'obtention du CDI comme une régression. Je pensais qu'en temps que salarié, j'avais le droit de vivre dans un 2 pièces : c'est une question de fierté. Et finalement, je me suis retrouvée à avoir plus de difficulté à trouver un logement que quand j'étais étudiante. Au début, je me disais que c'était malhonnête, que j'aurais peut-être pu trouver, même un appartement plus petit, avec mon vrai salaire. Finalement, vu les conditions dans lesquelles on est obligé de se loger, je pense qu'il n'y a aucune pratique à exclure pour vivre dignement. C'est injuste de juger les gens trop pauvres pour être fiables et honnêtes."

Et quoi d'autre ?
"
Maintenant, ce qui me dérange, c'est l'inégalité entre ceux qui savent se servir de Photoshop pour faire de faux papiers et ceux qui ne savent pas. C'est comme si on créait un second marché. C'est la seule chose qui me fait culpabiliser."

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"Je n'ai pas hésité une seule seconde, ce n'était qu'un papier "

"Je n'ai pas hésité une seule seconde, ce n'était qu'un papier "

Lucie, 28 ans, directrice de clientèle.


Tu t'es décidée quand ?
"Une de mes amies avec un travail aux revenus, disons, instables a eu besoin de fiches de paye pour trouver un logement à Paris. Je n'ai pas hésité une seule seconde."


Comment tu l'as aidé ?
"Pour moi, c'était quelque chose de naturel, car si j'avais été dans cette situation, j'aurais aimé qu'une amie m'aide. Ce n'était rien, qu'un papier. Elle a trouvé très rapidement et à aucun moment, je n'ai eu peur qu'on retrouve ma trace."


Comment tu l'as vécu ?
"Si par hasard, on avait pu remonter jusqu'à moi, j'imagine que j'aurais dit quelque chose comme « Et alors ? Ce n'est qu'une question de forme, d'apparence ! La personne a des revenus, elle peut payer. C'est juste que vous ne voulez pas de son dossier!» Ou alors, j'aurais pu dire « Je ne comprends pas ce qui s'est passé. On a dû me voler mes papiers». Mais à bien y réfléchir, je pense que j'aurais avoué et je me serais battu pour dénoncer cette situation anormale."


Et quoi d'autre ?
"Aujourd'hui, j'ai un poste stable dans une grande entreprise, ce qui fait de moi quelqu'un de privilégié dans notre société. Et pourtant quand j'ai dû chercher un appartement seule, un deux pièces, même avec un salaire de 3000 euros, c'était le parcours du combattant. Si je gagnais trois fois le loyer, il y avait un couple qui gagnait quatre fois le loyer. C'est jamais assez, même avec des bons garants comme ma mère qui travaille à la Banque de France et ma boîte, au CAC 40, mondialement connue, qui se porte caution. Ma situation ne me permet pas non plus d'acheter à Paris. Je n'ai pas d'apport, mes parents ne peuvent pas m'aider. Mes collègues me disent d'acheter même un garage pour capitaliser mais je rêve plutôt d'un endroit où faire ma vie, qui me tient à cœur, pas d'un investissement. Vu le prix de l'immobilier, ça ne pourra malheureusement pas être à Paris. Je me vois bien dans le Sud."

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Faux papiers, dossier appartement, dossier locataire

Faux papiers, dossier appartement, dossier locataire

Stéphanie, 30 ans, photographe de mode free-lance, d'origine belge.


Tu t'es décidée quand ?
"
Depuis quatre ans que je suis à Paris, j'ai toujours vécu en sous-location. Au début, je devais me déplacer tous les trois mois d'appartement en appartement avec mes valises à roulettes. Cette année, j'ai eu 30 ans et j'en ai eu marre de la « bohème ». En écoutant mes amis, je savais que ça n'allait pas être simple de trouver un appartement."


Comment tu t'y es prise ?
"J'ai eu l'idée de demander des fiches de paye à quelques personnes que je connaissais pour les falsifier à mon nom. C'était un peu gênant : tu vises des amis qui gagnent bien, qui sont en CDI, tu vois leur salaire. Pour les garants, tu préfèrerais demander à ta famille, mais personne n'en veut, ils ne vivent pas en France. Donc, il faut aussi des amis pour se porter caution et c'est encore moins évident de demander. Au bout de quelques semaines, le dossier était prêt : j'ai visité trois appartements et j'ai eu celui qui me plaisait."


Comment tu l'as vécu ?
"Je suis contente et en même temps cela m'énerve d'être obligée de faire des faux papiers alors que j'ai toujours payé mon loyer depuis que j'ai 18 ans. Je suis quelqu'un de respectable, j'ai grandi avec une éthique, ma mère a toujours payé son loyer même dans les moments difficiles. Avant, j'ai vécu à Londres, Milan, en Allemagne, en Suisse. Je n'ai jamais eu de problèmes pour louer : on te demande juste tes factures et puis les gens sont habitués aux free-lance et aux travailleurs étrangers. En Suisse, on n'a même pas le droit de te demander tes fiches de paye, c'est considéré comme très personnel."


Et quoi d'autre ?
"Bien sûr, je comprends que les propriétaires veulent des bons locataires. Mais ça donne l'impression qu'ils ne connaissent rien du milieu de la mode. Tous mes amis photographes, stylistes, maquilleurs galèrent, même ceux qui gagnent bien, parce qu'ils n'ont pas de CDI. C'est comme si les propriétaires avaient peur, comme s'ils ne voulaient que des gens standard."

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Dossier appartement locataire faux papiers

Dossier appartement locataire faux papiers

Yves, graphiste free-lance, 31 ans.


Tu t'es décidé quand ?
"Je suis free-lance depuis deux ans. Dès que j'ai commencé à chercher un autre appartement, je savais donc parfaitement que je n'avais aucune chance. Quand tu es indépendant, on se fie à ta déclaration d'impôt et celle de l'année dernière n'était pas très attractive."


Comment tu t'y es pris ?
"J'ai utilisé mes compétences pour me faire un dossier en béton. J'ai pris mes anciennes fiches de salaires de quand j'étais ingénieur et je les ai doublées (4000 euros par mois). Pour les garants, j'ai gonflé le salaire de mes parents. Mon père est à la retraite et ma mère a un petit revenu :  avec Photoshop, ils gagnaient 10 000 euros par mois. Le travail de falsification m'a pris un ou deux jours. Il y a beaucoup de critères à prendre en compte : la police des caractères, les variations de couleur de la fiche de paye... C'est impossible à faire pour quelqu'un qui ne s'y connaît pas. J'ai trouvé très facilement : les agences m'ont rappelé dans la journée."


Comment tu l'as vécu ?
"
Je me suis dit que j'avais su convaincre les agents immobiliers, que ma prestation était en accord avec leurs préjugés. Cela joue beaucoup l'apparence, il faut montrer qu'on peut effectivement avoir le job. Je ne culpabilise pas du tout. Après tout, je paye mon loyer, je ne suis pas en difficulté avec l'agence ou le proprio, la justice n'a aucune raison de s'intéresser à moi. Justement, je pense que ceux qui falsifient les papiers sont les locataires les plus loyaux : ils ne veulent pas d'ennui. C'est un argument qu'on pourrait mettre en avant !"


Et quoi d'autre ?
"C'est sûr que si tous les médias en parlent, les propriétaires et les agences risquent de durcir les critères. Mais on trouvera toujours des moyens de falsifier : il faut bien qu'on se loge après tout."

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