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Japon : 1 an après, c'est comment ?

Fukushima, le traumatisme japonais  Thomas, directeur de création à Paris : "Même si le gouvernement communique, tout n Noriko, coordinatrice mode : "je suis fière d Aurélie, professeur au Japon : "Aujourd 4

Le 11 mars dernier, un séisme sans précédent dévastait le nord du Japon, déclenchant un tsunami d’une rare violence et provoquant l’explosion de la centrale nucléaire de Fukushima. Une année plus tard, ceux qui y étaient nous racontent leur histoire.

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Fukushima, le traumatisme japonais

Fukushima, le traumatisme japonais

En bref
Le 11 mars 2011, un séisme d'amplitude 9 se déclare près des côtes Nord-est du Japon, en plein Océan. Quelques minutes plus tard, un tsunami dévastateur déferle sur les côtes, avec des vagues atteignant les 30 mètres de haut. Il s'agit du séisme le plus important que le Japon ait jamais connu. Les quatre centrales nucléaires proches de l'épicentre cessent automatiquement de fonctionner, mais le tsunami submerge celle de Fukushima, entrainant les 14 et 15 mars 2011 les explosions successives de ses réacteurs nucléaires. En moins de quelques heures, les médias internationaux s'emparent du phénomène et diffusent au monde entier les images des deux catastrophes. A ce moment-là, les craintes sont multiples, et les questions se posent : comment évacuer les sinistrés ? Tokyo, la capitale et plus grosse ville du monde, n'est qu'à 230 km de là (l'équivalent d'un Paris-Lille) : ses 35 millions d'habitants sont-ils en danger ? Est-ce un nouveau Tchernobyl ?
 
 
Aujourd'hui : le bilan
Le Japon déplore aujourd'hui 10 804 morts et 16 244 disparus. Mais s'il n'est plus question de vie ou de mort, plus de 200 000 personnes sont encore en attente d’être relogées. Dans des gymnases ou au mieux dans des logements provisoires, ces japonais ont tout perdu, y compris leur travail. Au sein de la population se forment des clans : ceux qui veulent rester, dans l'espoir de retrouver leur logement, et ceux qui veulent quitter le pays ou la région. De son côté, le gouvernement a revu ses ambitions nucléaires à la baisse, puisque sur les 54 réacteurs japonais en activité avant le séisme, il n'en reste plus que 5 en fonctionnement. L'arrêt complet du nucléaire est envisagé pour juin 2012, face aux pressions de la population.
 
 
Les témoignages
La confiance en le nucléaire a largement chuté, y compris dans le monde entier et les consciences se sont éveillées face à la tragédie. Pour Glamour.fr, 3 personnes ayant vécu la catastrophe en direct nous ont confié leur histoire et leur bilan personnel un an après Fukushima.
 
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Thomas, directeur de création à Paris : "Même si le gouvernement communique, tout n'est pas dit"

 Thomas, directeur de création à Paris : "Même si le gouvernement communique, tout n'est pas dit"

Comment as-tu vécu la catastrophe ?
Très mal. J'étais à Tokyo depuis 24 heures pour voir ma famille quand le séisme a eu lieu. J'étais avec une amie dans un restaurant en sous-sol. Ce qu'il est conseillé de faire, c'est de rester sous une table ou un encadrement de porte. Là, c'était tellement violent que j'ai pris la décision de sortir dans la rue, de peur que l'immeuble ne s'effondre sur nous. A l'extérieur, tout bougeait et tanguait : les grues, les poteaux, les immeubles... Je sentais que ce n'était pas un simple séisme. Il s'amplifiait et durait vraiment plus longtemps que d'habitude.  J'ai accompagné mon amie à son travail, il y a eu une réplique et je me suis décidé à rentrer chez moi. Evidemment, les lignes de téléphone étaient saturées, je n'avais pas la possibilité de joindre ma famille. Tous les taxis étaient pris, ou rentraient chez eux et les trams et métros ne marchaient plus. Pour la première fois de ma vie, il a fallu que je rentre chez moi à pied, ce qui est impensable à Tokyo, au vu des distances à parcourir. Je marchais donc de poste de police en poste de police pour demander ma route. Au bout d'une vingtaine de minutes, je me suis aperçu que tout le monde faisait comme moi. Après trois heures de marche, et 11 étages, j'ai retrouvé ma mère qui m'attendait chez moi. Dès le lendemain, nous sommes allés dans le Sud du Japon, où nous avons (par chance) une maison. Tout le monde a fait comme nous. Ceux qui sont restés étaient ceux qui n'avaient pas les moyens de partir.
 
 
Que sais-tu des conséquences de la catastrophe ?
Quand je suis revenu à Tokyo avec ma famille une semaine plus tard, nous avons retrouvé une ville déserte, sans bruit. C'était assez terrifiant. Mais les conséquences à long terme concernent les besoins de base : la nourriture notamment. Tout est potentiellement contaminé ! Dans les supermarchés, même si l'on prend soin de vérifier la provenance de ce qu'on achète, on n'est jamais sûrs de rien. Une tomate qui aurait poussé dans le Nord mais conditionnée au Sud peut être étiquetée "provenance Sud". Alors à qui faire confiance ? J'ai trouvé le gouvernement très peu réactif, et pas transparent du tout. On sentait bien qu'ils étaient désemparés. L'aide internationale a réagit au quart de seconde, tandis que les japonais qui voulaient aider devaient suivre le rythme (lent) du gouvernement japonais.
 
 
Qu'est-ce-qui a changé au Japon ?
Il y a un mois, je suis retourné au Japon. C'est une population qui s'adapte vite. Tout se construit, se détruit... On a une société qui accepte la temporalité des choses. Contrairement aux occidentaux, on sait que rien n'est jamais permanent, et nous nous résignons face aux catastrophes naturelles. La différence ici, c'est que c'est un fait nouveau et partiellement engendré par l'homme. On attend encore de voir ce que le gouvernement va décider. Ils essaient de communiquer, mais les rumeurs courent... On dit que le gouvernement coupe l'électricité volontairement pendant une ou deux heures dans certains quartiers de Tokyo, pour pouvoir dire ensuite que le nucléaire est quand même indispensable. Je ne sais pas ce que ces "on dit" valent, mais ils témoignent quand même d'un sentiment général de questionnement, d'attente.
 
Quelle est ta position face au nucléaire ?
Je ne vais pas mentir en disant qu'il faut supprimer toutes les centrales dès demain. Le nucléaire nous rassure tous. On chauffe nos appartements, on allume la lumière... sans jamais se poser de question. C'est un peu facile de dire "je suis catégoriquement contre". Je pense que la vie que l'on mène aujourd'hui n'est absolument pas adaptée à une réduction de cette ressource. Mais c'est ce que je voudrais pour l'avenir, parce qu'on ne contrôle pas assez bien cette énergie. Ce qui me fait le plus peur, c'est de me dire que nous vivons dans un cocon mais que se passera-t-il lorsque l'Inde ou la Chine voudra vivre au même rythme que nous ? Ce ne sera pas au moment où l'on se rendra compte que le nucléaire n'est plus la bonne solution qu'il faudra dire aux autres de ne pas s'y mettre. On a profité de cette ressource tant qu'on a pu, les autres voudront faire pareil, c'est évident. Il va falloir que tout le monde fasse des concessions.
 
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Noriko, coordinatrice mode : "je suis fière d'être Japonaise car nous sommes restés solidaires"

Noriko, coordinatrice mode : "je suis fière d'être Japonaise car nous sommes restés solidaires"

Comment as-tu vécu la catastrophe ?
J'étais en France à ce moment-là. A la télévision, je ne voyais que des choses très choquantes de mon pays dévasté et d’une population qui n'avait plus aucune ressource. Pendant une semaine, je n'ai pas réussi à trouver le sommeil. Heureusement, ma famille et mes amis n'étaient pas dans la zone du sinistre. C'est une chance que d'autres n'ont pas eue.
 
 
 
 
 
Que sais-tu des conséquences de la catastrophe ?
Plusieurs zones sont inhabitables et ne seront pas constructibles avant des dizaines d'années. Au Japon, le problème est très clair : il y a eu deux catastrophes bien distinctes. D'abord le tsunami, puis l'accident nucléaire à Fukushima. Les gens disent "la catastrophe de Fukushima" en regroupant les deux. Pourtant, le tsunami était un phénomène naturel, alors que nous aurions pu éviter l'incident nucléaire.
 
Qu'est-ce-qui a changé au Japon ?
La manière qu'ont les Japonais (et même les occidentaux) de penser. Toutes les catastrophes qui ont eu lieu avant étaient dans des pays peu préparés, ou dans des pays pauvres. Là, on prend vraiment conscience que même dans un pays ultra-préparé comme le Japon, des catastrophes naturelles ET nucléaires ne peuvent pas être prévues.
 
Qu'as-tu fait pour venir en aide au Japon ?
J'ai crée mon association, "Hope and Love", qui organise des évènements où les fonds sont reversés à des organismes "de terrain" au Japon. Je veux que tout ce qu'on donne serve tout de suite, pour tous les besoins de première nécessité. L'an dernier, c'était une vente privée. Cette année, le 11 mars (la date anniversaire), ce sera un évènement plus axé sur la beauté. Nous aurons des maquilleurs, des masseurs shiatsu, des coiffeurs, des esthéticiennes... Uniquement des professionnels, habitués à travailler pour de grands créateurs. Pour en savoir plus : le site de l'association Hope and Love. Nous allons également planter des cerisiers au Japon, à la limite de la zone de sinistre. C'est important de pouvoir dire aux générations futures qu'il s'est passé quelque chose. Et la fleur de cerisier est un symbole très fort au Japon.
 
 
Quelle est ta position face au nucléaire ?
J'étais déjà contre avant la catastrophe. Là, ça devient plus grave que ce que je pensais : je sens que le gouvernement et Tepco, la société propriétaire de la centrale de Fukushima, ne maîtrisent plus vraiment les choses.

 

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Aurélie, professeur au Japon : "Aujourd'hui, j'ai peur d'acheter de la nourriture japonaise"

Aurélie, professeur au Japon : "Aujourd'hui, j'ai peur d'acheter de la nourriture japonaise"

Comment as-tu vécu la catastrophe ?
J'habite à Nagoya, à 600 km de l'épicentre mais j’ai quand même ressenti le tremblement de terre. J'ai bien cru que j'allais m'évanouir. Quand j'ai ouvert les yeux, toute ma maison bougeait. J'ai rampé pour aller chercher mon fils, et nous nous sommes réfugiés sous la table. Au Japon, juste avant ou après un tremblement, les informations disent où est l'épicentre et sa magnitude. J’ai allumé la télé et j'ai commencé à avoir très peur quand j'ai vu les présentateurs mettre des casques. Ils n'arrivaient même pas à tenir debout à cause des secousses. Ensuite, j'ai appris que les centrales nucléaires du nord du Japon avaient de graves problèmes. C’était la panique.
 
 
Que sais-tu des conséquences de la catastrophe ?
La semaine juste après les gros séismes, il n'y avait plus rien dans les rayons des supermarchés. Ensuite, nous avons été restreints : pas plus d'une bouteille d'eau par jour, pas plus de 2 kilos de riz... On avait extrêmement peur pour la suite.
 
Qu'est-ce qui a changé au Japon ?
Ce qu'on mange, déjà. Je n'achète plus tout ce qui provient du nord du Japon. Je trouve que le gouvernement n'a pas été clair au sujet de la radioactivité. Quand j'achète, je me fie à mon instinct : de la viande américaine, du riz thaïlandais... Je ne suis pas rassurée, personne ne nous dit vraiment ce qu'il en est. Le gouvernement a publié il y a quelques semaines un rapport sur la contamination de l'eau du robinet. J'y ai appris que mon eau était contaminée au césium et à l'iode. Pourtant, elle ne s'est pas arrêtée de couler, et je n'ai pas les moyens de tout cuisiner à la Volvic. Alors je fais avec. J'ai le sentiment d'être impuissante face à la situation. Maintenant, tout le monde est très anxieux. Des scientifiques ont annoncé que ce très gros séisme allait sans doute en déclencher d'autres, encore plus puissants. Mais comment s'y préparer ?
 
Quelle est ta position face au nucléaire ?
Sur les 54 réacteurs, je sais qu'il n'en reste plus que très peu en activité. Pour moi, un pays aussi sujet aux séismes ne pouvait pas avoir d'installations nucléaires : j'ai été naïve. Savoir qu'il y en avait partout a été un vrai choc pour moi. Aujourd'hui, les choses rentrent progressivement dans l'ordre, car j'ai la chance d'être assez éloignée de la zone sinistrée. Mais dans 20 ans ? La population sera peut-être malade ! Ce qui me fait le plus de mal, ce sont tous ces enfants qui n'ont pas pu quitter la zone, et qui se font rejeter où ils vont, car les gens ont peur qu'ils soient radioactifs. Ils ne sont pas vraiment pris en charge ! Alors oui, je suis contre le nucléaire, et aujourd'hui plus que jamais.
 

 

Laurianne Melierre
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