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Pourquoi les femmes sont-elles en général plus petites que les hommes ?

Pourquoi les femmes sont-elles généralement plus petites que les hommes ?

Les femmes plus petites que les hommes, une donnée biologique immuable ? Ou plutôt le fruit, au long de l’évolution, de discriminations qui perdurent encore aujourd’hui, dans l’assiette et au lit ?

Globalement, dans le monde, les hommes dépassent les femmes en taille. Et en Europe, 15 centimètres en moyenne nous séparent. Mais le fait que la gent masculine nous toise n’est clairement pas dans l’ordre des choses. Paléontologues et obstétriciens s’accordent sur ce point (attention vous allez tomber de haut) : comme d’autres espèces – araignées, primates ou mammifères marins, telle la baleine bleue –, les femelles humaines devraient être plus grandes que les mâles. C’est parce que leur bassin s’est rétréci lorsqu’elles sont devenues bipèdes que les femmes Homo sapiens ont dû grandir, afin de faciliter l’accouchement. Et, selon la théorie de l’évolution de Darwin, les petites, pour qui le risque de prématurité et de décès en couches reste plus élevé, auraient dû être naturellement "contre-sélectionnées".

GRANDS CORPS MALADES

"Si les gènes des femmes grandes ne l’ont pas emporté, et si les hommes, qui n’avaient pas d’intérêt biologique à grandir, les ont dépassées, c’est que d’autres pressions se sont exercées", explique l’ethno-anthropologue Priscille Touraille. "Etre grand devient un handicap quand on manque de nourriture", pointe cette chercheuse au CNRS, et un corps qui crie famine dédiera son énergie à la croissance du cerveau plutôt qu’à celle des os.


Selon elle, les mâles ont en fait creusé l’écart en instaurant un système de carence alimentaire à leur profit : "Les femmes enceintes et allaitantes ont des besoins supérieurs en protéines. Mais la culture n’est pas allée dans le sens de nos besoins naturels." A eux la chasse, à nous la cueillette, et voilà comment, reproduite depuis le paléolithique, cette inégalité alimentaire fondée sur une différenciation de genre s’est inscrite dans notre génome. Si la taille est conditionnée, entre autres, par notre patrimoine génétique, elle est aussi un fascinant indicateur de nos conditions de vie : les cadres mesurent ainsi 3,2 centimètres de plus que les ouvriers. Récemment, des scientifiques ont même observé qu’avec la crise, les Américains et les Indiens rapetissaient. Et que chez les femmes qui se sacrifient pour leurs enfants dans ces périodes de disette, le phénomène commence plus tôt et dure plus longtemps.

ENVOIE LE STEAK

Alors, comment les hommes ont-ils réussi ce tour de force ? La journaliste Nora Bouazzouni s’est penchée sur la question dans son essai Faiminisme, quand le sexisme passe à table 2, qui montre comment l’alimentation a, de tout temps, permis de maintenir les femmes à une place assignée. Elle cite la thèse de l’anthropologue Alain Testart (qui évoque dans L’Amazone et la Cuisinière les croyances autour des menstruations) : les hommes ont interdit à leurs compagnes ou à leurs sœurs d’aller à la chasse parce qu’indisposées, elles feraient fuir le gibier – le même genre de mythe qui voudrait qu’une femme qui a ses règles loupe forcément une mayonnaise.

Une ségrégation symbolique mais qui perdure dans nos assiettes, comme si le steak avait un sexe. "Les femmes préféreraient le rosé, la salade et les viandes blanches. Aux hommes le vin rouge, le tartare, le barbecue, réminiscences du temps où ils pensaient absorber la puissance de l’animal", constate la journaliste. "Ce goût alimentaire genré n’est pas inné. C’est une construction scientifiquement absurde qui met en danger la planète et notre santé. La spiruline contient plus de fer qu’un cœur de cheval et cette injonction virile à manger de la viande tue les hommes de cancers colorectaux", indique-t-elle. Selon un rapport sur l’alimentation des Français de l’Agence nationale de la sécurité sanitaire publié l’été dernier, les hommes mangent toujours plus que les femmes.


Avant 10 ans, l’apport énergétique des garçons dépasse d’environ 10 % celui des filles. A la puberté, moment où l’écart de croissance entre les sexes apparaît, leurs apports caloriques sont supérieurs de 17 % à ceux des adolescentes. Et, l’âge adulte atteint, les hommes consomment près de 40 % de viande de plus que les femmes. Aujourd’hui, dans les sociétés riches, la malbouffe tue plus que la malnutrition et, grâce à la médicalisation, les femmes ne meurent plus en accouchant. Les phénomènes sélectifs entre petites et grandes ne sont donc plus actifs. Mais la taille des hommes progresse toujours plus vite que celle des femmes : l’écart moyen entre les sexes en France était de 9,7 cm en 1970, 11 cm en 1980, 12,1 cm en 2001... Les discriminations alimentaires n’en sont plus la seule raison. Comme dans tout rencard réussi, passons de la table au lit.

RAPPELS A L'ORDRE SOCIAL

Dans L’Attaque de la femme de 50 pieds, film de série B des années 1950 resté dans les mémoires par la seule grâce de son affiche (et d’un triste remake, en 1993, avec Daryl Hannah), une épouse opprimée croise le chemin d’un extraterrestre. Transformée en géante de plus de 15 mètres, l’héroïne part dire deux mots à son mari volage et vénal. Attention spoiler : tel King Kong, ce personnage monstrueux menaçant les institutions patriarcales (dix ans avant l’apparition des mouvements de libération des femmes) ne pouvait pas bien finir. "Dans toutes les sociétés humaines, la stature est un signal physique de domination. Et les individus ou les couples qui viennent mettre en doute cette domination dérangent", relève Priscille Touraille. Le rappel à l’ordre social passe souvent par des voies ridicules.

Le sociologue anglais Philip Cohen rappelle par exemple que si le crâne de Lady Di atteignait à peine la grande oreille du prince Charles sur les photos officielles, les deux faisaient, en fait, la même taille. En France aussi on triche, avec des unes de presse mises en scène pour faire apparaître Nicolas Sarkozy (1,66 m, grand amateur de talonnettes) à la hauteur de Carla Bruni (1,75 m). Mais le besoin de faire rentrer les grandes dans le rang peut être moins amusant. "Girafe, monstre, grande perche, asperge... A l’école, j’ai eu droit à tout", se souvient Jade (1,87 m), du blog Grandes-assumees.com. Pour Aléa (1,85 m), les remarques restent quasi quotidiennes : "Des inconnus s’exclament “Vous êtes grande !” Je sais... “Vous mesurez combien ? Vous faites du basket ? Vous êtes mannequin ?” C’est difficile le regard des autres. Par exemple, j’ai toujours peur de me lever pour danser." Sur les groupes Facebook réservés aux plus d’1,75 m (5 % seulement des Françaises), les grandes se demandent encore si elles vont s’autoriser à porter des talons.


PETITE FEMME DEVIENDRA GRANDE

Une enquête menée il y a quatorze ans par le sociologue Nicolas Herpin pour l’Insee ("La taille des hommes et son incidence sur la vie de couple") montrait que les femmes grandes et les hommes petits avaient plus de peine à trouver chaussure à leur pied. Conséquence de cette discrimination qui perdure sur le marché de la rencontre : les hommes de grande taille et les femmes de petite taille, plus dans la norme, ont une descendance plus nombreuse. "Leurs gènes se transmettent plus largement, et l’idéal genré continue sa domination comme si de rien n’était", note Priscille Touraille. Pour que les femmes se retrouvent à hauteur d’hommes, il faudrait donc inverser cette sélection matrimoniale et faire que femmes grandes et hommes petits fassent beaucoup d’enfants, sur de nombreuses générations. Mais le stéréotype du couple "bien assorti" est tellement puissant que 70 % des femmes refusent l’idée de former un couple avec un homme plus petit qu’elles. "Quand tu as dû dealer avec tes complexes et assumer une part de virilité et de puissance que les gens projettent sur toi, tu n’as pas une grande envie d’affronter cette pression en permanence, c’est bon d’être une petite chose parfois", justifie Judith, 1,78 m. Malgré plusieurs discussions avec ses amies, qui ne comprennent pas qu’elle sorte avec un homme qu’elle dépasse de dix centimètres, Charlotte (1,86 m) assume : "Ce qui compte, ce n’est pas la taille des bras protecteurs mais celle du cœur. Et la taille aide à séparer le bon grain de l’ivraie. Un homme qui n’a pas besoin de dominer physiquement sa femme est nécessairement moins crétin."
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Aurore Merchin, adaptation Magali Bertin
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