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Mortified : quand des inconnus lisent leur journal intime en public

Mortified : quand des inconnus lisent leur journal intime en public

Le phénomène Mortified, qui cartonne aux Etats-Unis, vient de débarquer à Paris. Le principe ? Partager face à un public les extraits honteux de votre journal intime, rédigés 15 ans plus tôt -quand vous étiez encore une ado boutonneuse. Glamour a testé !

Paris, le 8 novembre, dans la salle bondée de la Comédie de Paris. Louise, débarque sur scène, en débardeur et jean, une pile de carnets dans les bras, et égrène les turpitudes de sa vie amoureuse. “Franck, Franck, je t'aime. Franck, Franck, tu m'aimes. Tu me défends, tu me fais rire et tu m'apportes la joie.“ À 9 ans, elle aimait Zack et Slater de Sauvés par le Gongparce qu'ils étaient beaux et passaient à la télé“, quelques années plus tard, ce sera Jeremy qui lui fera “tourner la tête“, puis Grégory ou encore Jean-Michel. Entre deux intermèdes musicaux au Ukulélé, d'autres participants se mettent à nu, seuls, devant un micro, en partageant les souvenirs honteux de leur jeunesse, tandis que derrière eux défilent des photos et autres vestiges de cette époque.

Non, il ne s'agit pas d'une séance de psychothérapie en live (quoique...), mais de Mortified, un spectacle où de parfaits inconnus lisent sur scène des extraits de leurs journaux intimes, de lettres ou poèmes qu'ils ont écrits durant l'âge ingrat. Quelques mots griffonnés dans un vieux carnet scellé (ou non) par un cadenas, selon le degré de confiance que vous accordiez à vos parents. Le mot d'ordre ? Share the Shame (partager la honte en Français).

Crédit : Todd Hartman

Cette idée un peu masochiste est née en 2002 dans l'esprit de l'Américain Dave Nadelberg. Un jour, cet ancien rédacteur tombe par hasard sur une lettre enflammée destinée à une de ses camarades de lycée. “Je faisais de mon mieux pour l'impressionner. J'essayais d'être gentil, drôle, intelligent, mais j'étais complètement à côté de la plaque. C'était amusant et je me suis dit: 'il y a peut-être des gens qui ont écrit des choses pires que moi' “, expliquait-il au site de la radio américaine NPR. Il suit son inspiration et... bingo ! De New-York à San Francisco, le phénomène prend de l'ampleur, se décline en podcast, livre, documentaire et même en série avec des people. Aujourd'hui, il dépasse même les frontières et, après Londres ou Amsterdam, Mortified débarque en France.

Poèmes gothiques et déclarations d'amour éplorées

Fan du concept, Annabelle Roberts, fondatrice de l'agence Present Perfect, décide en avril dernier d'initier l'Hexagone à Mortified. “Nous sommes spécialisés dans la prise de parole en public. Donc, c'était un concept complètement fait pour nous. On avait vraiment envie de transformer Monsieur et Madame Tout le monde en star d'un jour“, explique la Canadienne. Encore faut-il réussir l'étape la plus cruciale : dénicher des Mortified performers capables de toucher le public. Pour ce coup d'essai, les organisateurs français préfèrent miser sur le bouche à oreille.
Preuve sans doute de la difficulté à trouver des pépites, six participants seulement font partie du spectacle final dont Annabelle Roberts elle-même. Le protocole Mortified implique, en effet, qu'un membre organisateur passe aussi cette épreuve du feu.

Si le show ne dure qu'environ une heure, le choix des participants est, dans l'ensemble plutôt, réussi. Comédienne, donc habituée à la scène, Louise raconte ses péripéties amoureuses avec le phrasé d'une ado en pleine poussée hormonale.
Autre performance, autre ambiance. Diraene, 35 ans, récite d'une petite voix des poèmes dark qui feraient passer Marilyn Manson pour un apôtre du bonheur. Le public alterne entre rires en écoutant son ode au film The Crow (long-métrage préféré des gothiques des années 90) et émotion devant un texte évoquant la tristesse de ne pas être aimée en retour. Comme dans un talk-show américain, les spectateurs se fendent même d'un “ooooh“ quand Diraene révèle que le garçon qui l'ignorait est aujourd'hui son mari. Premier secret d'un bon storyteller : personne ne résiste à un happy end !

Quart d'heure de célébrité

Mais le clou du spectacle reste sans doute la correspondance pleine d'humour de Benjamin avec Gaëlle. Incorrigible romantique, ce Lyonnais a gardé toutes les lettres échangées avec son premier amour (y compris les siennes qu'il avait photocopiées). Après l'avoir plaqué, celle-ci lui raconte les détails les plus insignifiants de son existence (“j'ai fait des crêpes aujourd'hui“), pendant que lui, éploré d'amour, écrit des poèmes aux vers incompréhensibles : “J'avance seul vers l'inconnu avec mes pensées cabalistiques.“
A la sortie, le public, composé majoritairement de jeunes femmes, est conquis. Clarence, 26 ans, se dit “bluffée“ par la qualité des textes, tandis que Marie, 25 ans, avoue s'être reconnue dans ce mal-être d'ado et les nombreuses références aux années 90. De là à monter elle-même sur scène ? “Pourquoi pas ? Si c'est un délire entre copines et qu'il n'y a personne de ma famille dans la salle“, plaisante cette grande blonde.

Crédit : Todd-Hartman

Car, dans un pays pas vraiment connu pour son sens de l'autodérision, trouver des volontaires prêts à rire de leurs déboires passés ne risque pas d'être une chose aisée. “Les Français ont peur du ridicule. J'ai vécu au Canada avant donc je vois très bien la différence entre les deux pays. Mais les choses changent, la génération Y a plus envie de réel et de sincérité“, estime Annabelle Roberts.
Pour Louise, une des participantes, le concept est en phase avec une société où les réseaux sociaux ont brouillé la frontière entre le privé et le public, où chacun aime “exposer son intimité“ transformant “le vrai en sensationnel“.
Si le pas est difficile à franchir, les performers ont en tout cas vécu une expérience positive et cathartique. “On ne sait jamais comment les gens vont réagir. Mais à la fin d'un de mes poèmes, j'ai senti tout d'un coup la bienveillance du public, comme si j'étais inondée d'amour. Je conseille vraiment l'expérience, c'est un bon moyen de se réconcilier avec son moi adolescent“, confie Diraene. Et de plaisanter : “Qui sait, on va peut-être enchaîner sur une tournée.

Envie de partager vos écrits d'ado ? Plus d'infos sur Mortified Paris.

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Norine Raja
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