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L'univers pop de Lamia Ziadé

Lamia Ziadé

Artiste et illustratrice libanaise installée à Paris, Lamia Ziadé publie un livre à la fois coloré et distancié sur ses souvenirs vivaces de la guerre au Liban.

Quand Lamia Ziadé ouvre la porte de son appartement du boulevard de Clignancourt, une multitude d’informations se bousculent et se contredisent : son t-shirt lamé brillant, ses livres qui débordent de partout, ses bibelots qui trainent dans un joyeux bordel, ses collages libertins et les pois chiches enrobés de sucre qui accompagnent le café. Ce fouillis coloré colle parfaitement avec les mille un et une facettes de cette jolie Libanaise: illustratrice de livre pour enfants, maman de deux adolescents, plasticienne et dessinatrice érotique, elle s’adonne aujourd’hui à un travail de mémoire et raconte avec justesse le Beyrouth des années 70.  

Il aura fallu plus de 30 ans à Lamia Ziadé pour replonger dans ses souvenirs d’enfances au Liban pour en faire un roman graphique, concentré sur les cinq premières années de la guerre. « Le livre commence en  1975, c’est la première année de la guerre civile, j’avais 7 ans. Je me souviens très précisément du premier jour de la guerre. Je me le suis remémoré, raconté, j’ai entretenu la mémoire de cette journée, sinon je l’aurais oublié comme n’importe quel autre jour. C’était un dimanche, on était allé au restaurant à la campagne en dehors de Beyrouth pour déjeuner et à notre retour tout avait basculé. » Restée au Liban jusqu’à ses 18 ans, Lamia Ziadé n’évoque pourtant qu’une partie de la guerre dans Bye Bye Babylone, celle des années 70, celle d’avant son adolescence. « J’ai vécu quasiment toute la guerre au Liban mais j’ai arrêté mon livre en 1979 car après la guerre s’engouffre, elle devient vraiment lugubre et coïncide avec mon adolescence. Le début de la guerre a un côté 70’s qui m’attire un peu, le reste non. »

Après son bac, elle part faire des études d’arts graphiques à Paris, tout en retournant très fréquemment au Liban malgré l’enlisement du pays dans la guerre. « Je me rappelle de certaines vacances où je retournais 15 jours à Beyrouth me cacher. C’était n’importe quoi. Mes parents avaient l’impression que j’étais plus en sécurité au Liban sous les bombes que dans une ville comme Paris avec les garçons et la drogue. J’avais du mal à évoquer tout ça avec mes amis, eux revenaient de vacances en Bretagne ou dans les Alpes. C’était tellement décalé que je préférais ne pas m’attarder sur des jours entiers passés dans un couloir sous les bombes. »

Difficile d’étudier quand toute sa famille vit la guerre au quotidien, l’envie de repartir, de tout abandonner est là, à la fois pesante et stimulante. « J’étais tout le temps inquiète, j’avais du mal à appeler mes parents qui étaient sous les bombes pour leur dire que j’avais eu 1 ou 2 sur 20. Du coup je me suis accrochée et à la fin de l’année j’étais parmi les meilleures de ma promotion. » Son diplôme en poche, Lamia répond à une petite annonce pour dessiner les imprimés chez Jean Paul Gaultier. Un premier job qui en jette et débouche sur un an et demi de folie. « Je dessinais tous les imprimés textiles, les  foulards, les cravates, les t-shirts et les tissus pour faire les vêtements. J’étais peut être un peu trop jeune pour en profiter pleinement mais c’était fou, spécialement avec Jean Paul Gaultier. Je ne crois pas que tous les couturiers soientt comme lui,  j’ai eu de la chance. »

Elle se lance ensuite dans l’illustration de livres pour enfants et travaille aussi en freelance pour la  pub, le cinéma, la mode et la presse pendant presque dix ans. Elle rencontre l’écrivain Vincent Ravalec avec qui elle sort un livre érotique. « J’ai toujours fait des dessins érotiques. Cette expérience a débouché sur d’autres choses, complètement différentes. J’ai arrêté l’illustration pour me diriger vers l’art contemporain. Le galeriste Kamel Mennour m’a contactée et exposée  plusieurs fois. J’ai fait des tableaux érotiques, grand format, avec de la matière, du tissu. »
L’attaque israélienne de 2006 au Liban agit comme un électrochoc sur Lamia, qui avait toujours refusé d’écrire sur ses souvenirs de guerre.« Pour moi c’était un cauchemar de me lancer dans un truc pareil. Je voulais le faire vraiment bien et je voyais bien que c’était quelque chose d’énorme qui allait me prendre beaucoup de temps. Après les évènements de 2006, j’ai senti qu’il était nécessaire que je fasse un livre. C’est la seule fois où je n’ai pas pu retourner au Liban qui était en pleine guerre de juillet. J’étais bloquée à Paris et j’ai commencé à dessiner et à écrire. »

Lamia a une façon bien à elle de raconter la guerre, ses dessins sont ultra colorés, répertoriant des marques de bonbons comme des modèles de fusils. Son écriture est à la fois distante et descriptive, déroulant les mots comme une urgence et un devoir de mémoire. « Au départ j’ai conçu ce livre comme un répertoire, un inventaire des objets, des lieux et des armes de la guerre. Je me suis laissée prendre à écrire beaucoup plus que je n’avais prévu. C’est un texte d’accompagnement, qui n’est pas le sujet principal, c’est pour ça que je garde mes distances, que c’est un peu froid. Je suis d’ailleurs un peu comme ça, je ne fais pas de dessins épiques. J’avais plutôt besoin de faire quelque chose de très pop, pour ne pas sombrer dans le sinistre. » Bye Bye Babylone est un bout d’histoire d’une justesse et d’une minutie belle et glaçante, qui raconte la barbarie sans sensiblerie, avec toute la candeur, l’espoir et les frayeurs d’une enfant de 7 ans.

Visite guidée chez Lamia Ziadé

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Sarah Constantin
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