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Les féministes 2.0

la barbe

Depuis l'affaire DSK, entre les boutades sexistes et autres clichés misogynes clamés en toute impunité, les féministes vibrent et se rassemblent. Voici le portrait de 4 femmes qui, à travers leur site, ont décidé de changer le monde.

La Barbe - Alice Coffin, 33 ans, barbue de mère en fille : "La Barbe, c'est du second degré à prendre au sérieux. L'ironie au servie d'une cause grave."
L'association La Barbe se moque gentiment depuis 2008 de l'omniprésence masculine, quel que soit le colloque ou la commémoration. Lassées de tant de mâles dans les sphères de pouvoirs, les militantes de la Barbe revêtent leur attribut le plus viril et dénoncent de visu l'aberration qui saute aux yeux. Alice Coffin, 33 ans, journaliste et barbue à temps partiel, nous parle de cette association velue.

C'est quoi la Barbe ?
En 2008, on a eu l'idée d'agir avec la Barbe pendant la campagne pour les présidentielles, surtout avec Ségolène Royal et les propos sexistes qui entouraient sa campagne. En tant que femme, elle était sans cesse la cible de propos misogynes. La Barbe, c'est du second degré à prendre au sérieux. L'ironie au service d'une cause grave. En gros, on débarque aux réunions avec une barbe, pour montrer à quel point le pouvoir appartient aux barbus, les hommes.

Les hommes peuvent participer ?
Les hommes ne peuvent pas participer car le principe, c'est de s'ajouter des attributs virils, à savoir la barbe ! Donc dans les actions ils ne peuvent pas participer; mais ils sont volontiers conviés à rejoindre l'association "les amis de La Barbe". Ils sont les bienvenus, car il n'y en a pas assez !

C'est quoi être féministe aujourd'hui ?
Pas si différent qu'il y a 20 ans : c'est lutter contre la domination masculine. Il y a eu des évolutions dans certains domaines, mais dans d'autres pas du tout, par exemple dans la politique et autres cercles de pouvoir. Le forum de l'e-G8 l'a bien montré : il y a 104 hommes pour 8 femmes. Le pouvoir est très naturellement assimilé aux hommes : en réunion, ils ont souvent plus de temps de paroles, forment des groupes... Les femmes sont vite mises de côté.

Quel est l'apport du net dans le militantisme féministe?
Plusieurs changements. Les mouvements sociaux sont facilités par le net, qui permet de rameuter rapidement des gens. Par exemple notre action à Radio France le 8 décembre 2010, au moment où la radio élisait la personne culturelle de l'année : sur 8 personnes proposées, il n'y avait que des hommes ! On voulait avoir un mode d'action à l'intérieur et à l'extérieur de la radio, on a fait un appel sur notre page Facebook, et entre nous on communiquait principalement par mail. Ca a plutôt bien marché. C'est d'ailleurs le MLF qui avait inventé des moyens de communication marginaux : elles se donnaient rendez-vous via un répondeur à codes qui donnait toutes les infos. L'ancêtre de la hotline en quelque sorte. Il y a une vraie volonté d'avoir des moyens de communication rapides entre nous,  surtout qu'à La Barbe on évite de hiérarchiser : il n'y a pas de présidente, de chef, de porte-parole. Le net permet donc une démocratie avec une liste commune, des infos libres et une rapidité d'action. C'est pour cela que le site labarbelabarbe.org s'est vite monté : il nous permet de montrer nos actions filmées, qu'on met aussi sur Youtube. C'est le lieu d'accès à nos actions, nos tracts, c'est une vitrine directe. Facebook aussi marche bien, ça permet d'intéresser notre entourage proche, toucher les gens, ça permet aux infos de circuler, de donner envie de participer. Concrètement.
Twitter
c'est plus récent : c'est une nouvelle stratégie 2.0, ça permet une grande réactivité et d'alpaguer les gens directement. Par exemple, pendant l'émission "C'est dans l'air", qui a un record de présence masculine avec 88% d'hommes invités, et qui, pour l'affaire DSK, souhaitant parler des violences faites aux femmes, a invité dans la semaine 14 mecs pour 16 invités (le comble), nous, sur Twitter, on les alpaguait, on les félicitait, on les encourageait à continuer comme ça ! Ca permet un effet multiplicateur.

Le ton de la barbe, cette ironie, c'est nouveau pour des féministes ?
Pas tant que ça, en fait. La première action du MLF ça a quand même été d'aller honorer la femme du soldat inconnu ! L'ironie a toujours été présente. Les féministes ont toujours été décalées, même dans leurs slogans. Le vrai renouveau là, c'est le 2.0 et la vidéo qui va amplifier tous les ressorts des actions. L'ironie concrètement nous permet d'échapper aux problématiques concernant les femmes, et ainsi on ne s'occupe que des hommes, on les félicite, on loue leurs actes de bravoure, on est dans l'action plutôt que dans le débat. On évite les discussions stériles, parce qu'en théorie on n'est pas forcément toutes d'accord non plus.

Que dire aux filles qui ne se sentent pas concernées par cela ?
Même si personne n'a d'expérience personnelle de sexisme, le combat n'est pas dépassé. Nous, le truc, c'est qu'on donne des chiffres afin de rendre clairement visible la domination masculine. Quand on interroge les femmes sur leurs entreprises, elles finissent par admettre que les boss, ce sont les hommes. Pourquoi s'impliquer ? C'est viscéral pour moi. Ca arrange aussi d'autres filles de ne pas voir certaines choses. Pourtant, les chiffres concernent toutes les femmes. Faut voir les photos du G8... Quand on a l'œil, ça devient épouvantable. Nous, on essaie d'alerter. Même sur les tâches ménagères, les choses n'ont pas vraiment évoluées.

Quelles sont vos dernières victoires ?
On a réussi à s'unir entre plusieurs associations autour d'une action commune : samedi dernier avec la pétition liée à l'affaire DSK : Sexisme : ils se lâchent, les femmes trinquent ! Le vif du problème, ce n'est pas tant ce qui s'est passé à New York, car jusqu'ici on n'en sait rien, mais les prises de parole, politiques et médiatiques, avec des remarques très sexistes. Ca a créé une union rare des associations dimanche, place Stravinsky à Beaubourg, avec 3000 personnes. C'est un grand rassemblement pour un truc organisée en 24h, avec une véritable ampleur médiatique, des échos... Il y a une vraie prise de conscience en ce moment. L'affaire DSK va permettre un tournant sur la prise de conscience des femmes en France. Ce n'est désormais plus possible d'entendre les propos auxquels on est habituées depuis des années sans réagir. Cresson, Voynet, Royal... Ce n'est pas nouveau les gaffes. Ce qui est nouveau en revanche, c'est la réaction. En 2012, des femmes seront candidates, et cette fois, ça marque le coup d'arrêt aux propos entendus en 2007. Il y a désormais une vraie condamnation, qui a des répercussions. La preuve, c'est aussi l'entente des associations, qui marque un tournant. On est déjà à plus de 25000 signatures, et ça continue. Via le net, qui fait le relais, fédère, et nous fait connaître.

Les Nouvelles News, où l'actu selon l'œil féminin d'Isabelle Germain, sa fondatrice : "Le féminisme, c'est lutter pour l'égalité homme-femme, prolonger la valeur démocratique et républicaine d'égalité."

C'est quoi le site Les Nouvelles News ?
Avant, j'étais journaliste économique et présidente de l'Association des Femmes Journalistes. On s'est rendu compte que dans le contenu des articles, les femmes étaient sous-représentées (20%) et surtout stéréotypées : ce sont soit des victimes, ou des femmes ayant un lien de parenté avec le sujet de l'article, soit des anonymes, une vieille dame renversée... Les enquêtes se font tous les 5 ans depuis 1995, et le constat était accablant, puisqu'il n'y a pas eu d'évolution depuis. J'ai donc créé Les Nouvelles News en 2009, avec pour but de changer l'imaginaire collectif et de donner la parole aux femmes autant qu'aux hommes.

Pourquoi avoir choisi le web ?
Le web, c'est l'avenir de la presse. Vraiment. Puis c'est plus facile à monter, financièrement parlant. Nous, on est une toute petite équipe, avec un permanent, moi-même, et on se cherche encore.

C'est quoi être féministe aujourd'hui ?
Le féminisme, c'est lutter pour l'égalité homme-femme, prolonger la valeur démocratique et républicaine d'égalité. Mais surtout pas contre les hommes. Mais "féminisme" est un terme galvaudé, associé aux contre-hommes. "Je ne suis pas féministe mais..." Si j'emploie ce mot, je me coupe d'un lectorat potentiel. Et tout dépend de la définition qu'on lui donne. Il y a une importante distinction à faire : le mot féminisme est plein de préjugés, et les féministes sont décriées. D'ailleurs ça choque les étrangers, notre frilosité avec ce terme. C'est ce que déplorait Denise Bombardier sur France Inter. Il faut se démarquer du préjugé. Je ne revendique pas ce terme : Les Nouvelles News n'est ni un journal féminin, ni un journal féministe. Ce sont des infos générales, avec des femmes qui s'expriment sur tous les sujets. Notre équipe est mixte et l''idée pour nous, c'est de se battre pour l'égalité des droits et dans les faits. On n'est pas des coupeuses de couilles. "Féministe" reste donc pour moi un mot à manier avec prudence en France, car on risque de couper les ponts avec des personnes avec qui, dans le fond, on est finalement d'accord.

Mais votre site est une référence pour les féministes...
Il y a ambiguïté. C'est un journal généraliste au départ, mais faute de moyens on se concentre surtout sur les sujets qui ne sont pas traités dans les autres journaux. On choisit donc souvent des sujets autour de la parité et l'égalité. Par exemple, les indicateurs de richesses nous tient particulièrement à cœur (le PIB) parce qu'il quantifie seulement les richesses des biens et des services marchands, où ce sont souvent des hommes qui gouvernent, et pas le bien-être de l'éducation, du foyer, domaines souvent réservé aux femmes...

Quoi dire aux filles qui ne se sentent pas concernées par cela ?
Beaucoup de femmes ne comprennent pas et nient. Les gens ne voient pas les différences hommes-femmes dans le contenu de l'info parce qu'ils se sont habitués. On a besoin d'un média égalitaire. Mais c'est comme l'air qu'on respire : il y a une profonde non-conscience du déséquilibre. Il faut donc sensibiliser avec les chiffres et faire de gros efforts de pédagogie. Souvent on finit par nous dire : "Je ne lis plus les médias pareil", donc il faut un éveil. Le problème, c'est que les hommes qui dirigent les médias y voient une remise en question d'eux-mêmes, et donc préfèrent largement être dans le déni que dans le changement.

Quelles sont vos dernières victoires ?
Nos audiences sont en croissance : on a 40000 visiteurs par mois. C'est beaucoup pour nous. On a aussi 7000 personnes abonnées à notre newsletter, avec 40% d'hommes dans notre lectorat.  C'est important pour moi, car je ne veux pas faire un ghetto à femmes. Je veux changer l'imaginaire collectif et ne plus cantonner les femmes à leur micro sphère.

Second Sexe de Sophie Bramly, le site pour une autre façon de voir le sexe : "Aujourd'hui, c'est plus un travail sur nous-mêmes pour imposer notre force dont nous avons besoin, plutôt qu'un réel combat."

C'est quoi Second Sexe ?
L'idée du site m'est venue comme une piqûre de moustique. Je travaillais chez Universal Music, je savais que le mot concurrent de mp3, sur le net, c'était "sexe".  Le sexe, c'est 50% de l'internet mondial... Pourtant, après 3 mois de surf acharné sur des sites porno, j'ai dû me rendre à l'évidence : on était inexistantes, en terme de volume dans cet univers fondamental de notre vie. En plus, comme on est toujours en train de faire milles choses, d'être pressées, je voulais un site qui contienne à la fois des infos, des objets, des films, qui soit ludique... C'est ce dont les femmes ont besoin, au même endroit, sur un même site.
Le nom est une référence directe au livre de Beauvoir, évidemment. Elle disait que pour que les femmes existent socialement, il fallait qu'elles existent économiquement. Ensuite, après l'indépendance économique, il fallait gérer notre désir. Mais là il y a un problème. On a dû mal à dresser notre désir. Nous ne sommes pas encore assez conquérantes. On croit toujours à un prince charmant qui traîne quelque part et ça, c'est très nocif. Enfin, c'est un comportement passif, on attend de lui ce qu'on doit prendre par nous-mêmes.

C'est quoi être féministe aujourd'hui ?
J'ai un problème avec ce mot. Il a une consonance rattachée au passé, revendicatrice et énervée. L'idée pour moi c'est de prendre ce qui est à nous et c'est tout : le plaisir est un pouvoir. On a besoin d'un nouveau mot, ou de mieux accepter celui-là... Ce n'est pas le même état d'esprit, pas la même situation. Avant, les femmes avaient de vraies raisons, étaient enfermées dans le mariage, elles avaient besoin du combat. Aujourd'hui, c'est plus un travail sur nous-mêmes pour imposer notre force dont nous avons besoin, plutôt qu'un réel combat. Aujourd'hui, ce n'est pas changer le regard des hommes qui m'importe, mais celui des femmes sur elles-mêmes. Les hommes par exemple, ont une confiance en eux inébranlable, que les femmes n'ont pas. Ils demandent une augmentation sûrs d'eux et de leur valeur, tandis que les femmes y vont à reculons, honteuses.

On n'a pas le même positionnement, c'est pour cela que j'ai choisi le domaine de la sexualité : la confiance en soi par le sexe entraîne alors une revalorisation de soi. C'est de cela que les femmes souffrent aujourd'hui, des multiples injonctions qu'elles acceptent et qui ne les épanouissent pas. Par exemple, une femme d'aujourd'hui c'est la grand mère de l'époque avec un boulot, la pression de la jeunesse éternelle, à une séduction à tout prix... La check list d'une femme d'aujourd'hui est un cauchemar. Il n'y a plus rien dont elle puisse dire "ça, je m'en fous, le boulot je m'en fous, ou les enfants, je m'en fous...". Elle veut assurer partout. Elle en sort épuisée, donc vulnérable.

Que vous permet le web dans ce projet ?
L'utilisation de plusieurs médias, des publications, des posts, des films... Ca multiplie les messages. Ouvre les perspectives. Et le site est un espace complet qui leur appartient.

Que dire aux filles qui ne se sentent pas concernées par cela ?
Si elles se sentent équilibrées, tant mieux. Moi je vois souvent des filles déchirées entre carrière et amour, qui paniquent ensuite vers 40 ans. Finalement, je crois que les femmes commencent à s'épanouir sexuellement vers 40 ans, et lâchent totalement prise vers le 3ème et 4ème âge. Je trouve juste ça dommage, même si c'est éblouissant de s'éveiller à sa sexualité. Si on apprenait mieux aux jeunes femmes le clitoris, la masturbation, l'autonomie, la possibilité de prendre son plaisir plutôt que d'attendre qu'on nous le donne, ça changerait notre comportement intime, puis social, et professionnel. J'en suis convaincue.

Quelles sont vos dernières victoires ?
Un moment qui m'a marqué, c'est la projection au Max Linder de la première série de film pour adultes qu'on a fait, "X femmes". A l'avant-première, il y avait 600 personnes, en plus l'écran est immense dans cette salle, les scènes de pénétrations prenaient vraiment tout l'écran... J'étais pétrifiée, j'osais même plus entrer dans la salle, morte de trouille, très gênée. Finalement le retour des femmes sur les films a été exceptionnel. Les femmes me disait qu'elles avaient vu les choses sous un autre angle, elles étaient hallucinées, avec pleins de questions en tête, elles ont fini par aller dîner ensemble, pour continuer à en parler... Ces films, c'était une clef qui permettait aux femmes de réfléchir.  Depuis on a mille autres projets, notamment de longues fictions en route, et des projets télé. Ca a été un énorme encouragement. Une action pour sensibiliser les femmes de l'importance de faire les choses comme elles l'entendent, elles. C'est la chose la plus difficile du monde à faire, selon moi.

Osez le féminisme ! ou la Vie de Meuf 3.0 de Caroline de Haas, 27 ans : "Pour nous, le féminisme c'est le progrès, y'a de la joie, de l'enthousiasme."

C'est quoi Osez Le Féminisme et Vie de Meuf ?
Tout a commencé par un concours de circonstances . Avec la pétition pour le planning familial, quand en 2009 le gouvernement a voulu couper les crédits, on a obtenu 150000 signatures en un mois, et ce grâce au net. On s'est donc rendue compte que le féminisme continuaient à intéresser les gens. Le droit des femmes n'était pas oublié. On voulait créer quelque chose qui permette l'engagement, toucher les jeunes générations grâce au net et aussi l'écrit : on en profite pour écrire clairement les arguments de fond sur notre site. Depuis le 25 juin 2009, on a donc le site OLF, et on a eu 5000 connexions sur la page en juillet. Alors on a continué, et via les abonnements, les adhésions, on a désormais des antennes locales dans 15 villes, 12000 fans et 1000 cotisants. C'est super.

C'est quoi être féministe aujourd'hui ? C'est osé ?
Les féministes ont toujours osé. Elles nous charrient en manif : "Oh ça va nous on ose depuis longtemps les filles !". Le truc, c'est surtout qu'on en a marre de s'excuser d'être féministes. Pour nous, le féminisme c'est le progrès, y'a de la joie, de l'enthousiasme. Même en politique on assume ses idées, si on est PS on va pas se faire huer. On n'a pas à s'excuser d'être féministes. Même si des gens ne sont pas d'accord avec nous, c'est pas la honte; on n'est pas hystériques, et on n'est pas féministes parce que lesbiennes ou autres considérations personnelles ridicules.

Être féministe, c'est d'abord prendre conscience des inégalités femmes-hommes; ensuite, c'est avoir envie de changer le monde. Il faut convaincre les gens qu'il y a un problème et pour cela, notre meilleure arme, c'est l'INSEE et les chiffres : 27% d'écarts de salaires, 80% des tâches ménagères faites par les femmes, 18.5% de femmes à l'Assemblée Nationale... Ca parle tout seul. Je n'ai pas d'expérience personnelle de sexisme mais je ne connais pas une seule femme qui n'en ait pas connue. Moi je vis avec un féministe. Mon cercle d'amis l'est aussi. Ca aide. Si on débarrasse une table, tout le monde se lève, pas que les filles. Mais les mécanismes de la domination masculine sont visibles en permanence. N'importe quelle réunion mixte, faut voir les prises de paroles, le temps accordé aux hommes par rapport aux femmes. Autre exemple: vous rentrez chez vous tard le soir, 23h passées. Vous pensez tout de suite à une éventuelle agression, à une violence possible. Un homme, non. Nous, on a notre trajet parasité par cette crainte, tandis que les mecs peuvent tranquillement penser à leur dîner de la semaine, leur réunion de boulot de demain, etc. Au lieu de réfléchir à soi, on réfléchit à la peur. C'est une perte de disponibilité considérable.

Et le blog Vie de Meuf ?
A la base on voulait parler des problèmes d'égalité professionnelle, pour commémorer la loi Roudy, le 13 juillet 2010. On a donc fait le blog pour prouver aux détracteurs que le sexisme est toujours présent. En janvier 2011, on a atteint les 1,5 million de visites, avec 2500 anecdotes racontées. Les gens passent environ 4 à 5 minutes sur le site, ce qui est plutôt bien ! Puis une maison d'édition est venue nous voir. Nous, on avait une condition : on ne voulait pas que ce soit un recueil déprimant d'un malaise social, mais un outil pour changer les mentalités. Alors on a rangé les posts par thème avec une introduction et des mémos avec les lois et autres dates historiques importantes. VdMeuf, ça fait directement référence à la vie de merde des meufs, qui sont dans l'infériorité : c'est pour cela qu'il faut s'engager ! Les militantes viennent par Facebook, qui reste le premier outil de recrutement.

Le web est donc au cœur de OLF...
On recrute par internet, Facebook, pour les campagnes. Le premier à faire ça, avec des moyens nettement supérieurs aux nôtres évidemment, c'est Obama. Nous, on lance la campagne, on met en ligne le formulaire, et comme ça on voit la disponibilité des gens pour participer en collant des stickers, ou autre... Ca nous fait un fichier de base de données de gens disponibles pour se bouger, prêts à donner de la visibilité à notre démarche.
Facebook nous permet d'alpaguer la jeunesse, les 20-35 ans. Par mail on cible plus large, les femmes de 60 ans et plus. Les cotisantes reçoivent un mail tous les 15 jours. Et Twitter, ça permet de cibler les politiques et les journalistes. ViedeMeuf est parti de Twitter, et maintenant c'est même devenu un hashtag utilisé. Le buzz, c'est via Twitter surtout. Grâce à ce site, Vie de Meuf est carrément devenu une expression !

Que dire aux filles qui ne se sentent pas concernées par cela ?
Qu'il ya  plusieurs façons de s'engager, au-delà des clichés : mails, Facebook, blogs, médias, réunion... L'engagement pour moi c'est la clef de tout. Dans l'espace public, ça consiste à prendre la parole pour effacer l'illusion de l'égalité femmes-hommes. Certes il y a eu une évolution grâce aux rapports de force du passé, le féminisme contre la société... C'est une énergie positive. La société bouge, mais en s'engageant elle bouge plus rapidement. D'où le besoin aussi de s'y mettre à plusieurs : on est ensemble sur le même clou. C'est plus facile. Et l'affaire DSK nous met sur le bon chemin : les propos sexistes ont libéré l'indignation.

Vous avez un nouveau projet, Osez le Clito !...
Osez le Clito !
, c'est une soirée et un site. Déjà, c'est pour se marrer. Et prendre du plaisir. C'est aussi pour libérer la parole politique, publique sur la question de la sexualité des enfants, des ados et des adultes, encore trop normée et caricaturale. Dans les cours d'écoles, les garçons parlent de masturbation, les filles ne rétorquent jamais en parlant de leur clitoris... Pourtant, biologiquement, c'est un organe incroyable, au centre de notre sexualité. Les filles ont quand même deux fois plus de terminaisons nerveuses que les garçons ! Et la sexualité continue à être centrée sur les hommes et la pénétration et leur pénis. Alors qu'en vrai, selon la biologie, c'est nous qui devrions avoir tout le temps envie, avec une libido au centre de notre vie, de la société, des mœurs... Et les femmes imaginées comme créatures plus réfléchies, moins libidineuses... C'est faux ! On revalorise le plaisir féminin.

Vie de meuf, le sexisme ordinaire illustré (éd. JBZ & Cie), 12,50 €, sorti le 19 mai 2011.

 

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Bethsabée Krivoshey
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