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La fête clandestine, c’est chic !

La fête clandestine

On se refile des adresses sous le manteau, on frappe à la porte d’inconnus pour aller dîner, on va fumer dans des bars secrets… Bienvenue dans l’univers de la fête clandestine, plus spontanée, moins réglementée, et très à la mode en ville.

Damien et Julie ont deux particularitésâ??: ils sont fans de musique et ont une terrasse avec vue sur le Sacré-Cœur. Un jour, Damien, éducateur mélomane, fait le lien entre les deux. Pourquoi ne pas utiliser ses 25 m2 plantés de lierre et de fleurs pour accueillir des concerts et donc… des spectateurs. C’est la naissance, il y a trois ans, des «â??Concerts du 7e cielâ??». Chaque semaine, de juin à septembre, une trentaine d’heureux élus profitent de la scène improvisée de Damien, après avoir été tirés au sort sur un Webzine de musique (Popnews.com). «â??On ne veut pas divulguer notre adresse, explique-t-il. Donc, on leur donne rendez-vous devant un café en bas et on va les chercher. Ça donne un côté un peu mystérieux à la soirée.â??» Et c’est gratuit, puisqu’on est juste invité à apporter une bouteille si on veut boire un verre. En contrepartieâ??: un concert de pop, de folk, de rock ou de classique, de groupes français ou étrangers repérés par Damien. «â??Tout se joue en acoustique, précise-t-il. Du coup, ça se passe très bien avec les voisins. Ce qui fait le plus de bruit, ce sont les bravos.â??» Rien d’interdit donc mais une alternative underground aux grosses scènes, et le sentiment de se retrouver entre initiés dans un endroit secret.

Un dîner presque caché

Dans le même esprit, les restos clandé. Le conceptâ??: faire resto chez soi mais surtout ouvrir son appart à des gens qu’on n’a jamais croisés avant. L’intérêtâ??: vivre une expérience différente, à la frontière du dîner entre potes et du resto classique. Dans l’est de Londres, à Hackney, on se presse à ces «â??dîners secretsâ??» depuis 2009. Chez Fernandez et Leluu (Simon et Uyen dans la vraie vie), un ingénieur en informatique et une styliste, 26 personnes sont invitées à dîner plusieurs fois par mois dans le salon ou sur la terrasse, comme au resto, en mieux, parce qu’on discute à l’apéro et qu’on se retrouve à table avec des gens sympas. Et que, parfois aussi, on peut rester tard après la fin du service. «â??Il arrive qu’on se mette à discuter jusqu’à 3 h du matin, raconte Uyen. Une fois, on a refait le monde jusqu’à 6 h, tout le monde a fini par s’endormir n’importe où.â??» Des restos clandé mais pas illégaux, car les organisateurs s’arrangent pour contourner la loi. «â??On ne vend pas d’alcool, explique Simon, et on n’est pas un “commerce” car on reçoit les gens chez nous. Les participants sont des “invités” qui contribuent aux frais –â??35â??£ pour huit platsâ??– en faisant un don.â??» A Paris, Yuki, Harold et Richard ont importé le concept, il y a quelques mois, dans le grand appart où ils vivent en colocâ??: «â??On est des dingues de cuisine et on passait notre temps à se lancer des défis culinaires, explique Yuki. On s’est dit, "pourquoi ne pas jouer aux cuisiniers pros en invitant des gens chez nousâ???”â??» Depuis, elle se met aux fourneaux et prépare une cuisine franco-japonaise, tandis qu’Harold et Richard aménagent leur bureau en salle de resto et font le service. Pas de blog ni de site Internet, l’adresse se refile sous le manteau et leur salon ne désemplit pas. Dans un style un peu différent, Fabrice, graphiste, a lancé ses «â??dîners nomadesâ??» après avoir passé un C.A.P. de cuisine. Son idéeâ??: un resto éphémère dans des lieux insolites (l’atelier d’un chapelier, une soufflerie de verre…) et gardés secret jusqu’au dernier moment, avec des gens d’horizons différents qui s’inscrivent sur son blog (Chezfabrice.canalblog.com). Au cours de l’un des derniers dîners, ils ont pu déguster autour d’une grande table un velouté de chou-fleur citronnelle, monté au jus de moules cuites sous cloche de verre à 500â??°C. Ce qui, forcément, crée des liens.

Un bar derrière le rideau de fer

Quelque part, dans le 20e à Paris, le rideau de fer est baissé et il faut frapper à la porte pour rentrer. Ici a éclos un bar clandestin improvisé. Une brocante la journée, qui se transforme la nuit tombée en rade de quartier, où l’on peut venir boire un verre de vin à 2,50 euros et fumer une clope en s’affalant sur un fauteuil vintage. Rien d’exceptionnel a priori sauf que c’est interdit et que la faune hétéroclite qui se presse là a le sentiment d’un vrai vent de liberté. «â??Déjà, c’est plus sympa que le bar concept où tu payes 8 euros une vodka-pomme, commente Thierry, un habitué. Ici, ça draine des gens du quartier, des potes de potes qui se refilent l’adresse. Tu peux croiser des gens très différents, un type qui a l’air d’un clodo ou un graphiste branché. Ça fait du bien, le sentiment de quelque chose d’un peu moins cadré. Ce genre d’endroit est aussi une réaction à l’overdose de réglementationsâ??: anti-tabac, anti-bruit… anti-fête finalementâ??!â??» C’est ça, la vibe clandé, la possibilité de passer une soirée sympa sans être obligé de sortir pour fumer MAIS en laissant son verre à l’intérieur ET en ne parlant pas trop fort pour éviter les nuisances sonores. Avec ça, on risque aussi de s’amuser beaucoup plus.

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Flora Desprats et Laetitia Møller
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