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Jérôme Cahuzac : retour sur une affaire d'Etat

affaire cahuzac

L'ancien ministre du Budget a soutenu mordicus son innocence face à Mediapart qui l'accusait, preuves à l'appui, de détenir un compte en Suisse. Pourtant, mardi 2 avril, Cahuzac a enfin tout avoué. Récit d'un suicide politique.

Acte I : les accusations "diffamatoires" de Mediapart contre Jérôme Cahuzac

Mardi 4 décembre, le site Mediapart publie un article explosif de Fabrice Arfi, Le compte suisse du ministre du budget, dans lequel le journaliste assure que Jérôme Cahuzac a possédé "pendant de longues années et jusqu'en 2010" un compte au sein de la banque suisse UBS, à Genève, qu'il n'a jamais déclaré au fisc. Le site Mediapart précise que le compte a été clos lors d'un "discret déplacement" de M. Cahuzac à Genève, seulement quelques jours avant qu'il ne devienne président de la commission des finances de l'Assemblée. Face à ces accusations, le ministre dément immédiatement les informations du site, qu'il qualifie de "diffamatoires" et dans un communiqué publié sur son site, Cahuzac promet de porter plainte, accusant Mediapart de n'avoir pas produit les moindres preuves de ses affirmations.

Le lendemain, Jérôme Cahuzac répète ses dénégations sur RTL et affirme fermement son innocence sur son compte twitter.


 

De son côté, Mediapart ne vacille pas et clarifie plus que jamais sa position. Car si la politique du site est de souvent révéler les infos au compte-goutte, Mediapart affirme cependant avoir suffisamment de preuves sur ce qu'il dévoile.

 

Acte II : L'enregistrement de Cahuzac dévoilé par Mediapart

Tandis que Jérôme Cahuzac continue de nier les accusations portées contre lui, et tout compte en Suisse, Mediapart publie un enregistrement téléphonique datant de 2000 où Cahuzac, par mégarde, rappelle son précédent interlocuteur et enregistre une conversation très compromettante sur le répondeur de ce dernier :

"Moi, ce qui m’embête, c’est que j’ai toujours un compte ouvert à l’UBS, mais il n’y plus rien là-bas, non? La seule façon de le fermer, c’est d’y aller ? (...) Il faut ma signature (…) C’est extrêmement chiant. Il faut y aller, moi je ne peux pas y aller, je vois pas comment faire."

Durant un peu plus de trois minutes, on entend une voix que Mediapart identifie comme étant celle de Jérôme Cahuzac. Il poursuit : "Ça me fait chier d’avoir un compte ouvert là-bas, l’UBS c’est quand même pas forcément la plus planquée des banques (...). Surtout qu’il n’est pas exclu que je devienne maire au mois de mars, donc je ne tiens vraiment pas du tout à ce qu’il y ait la moindre ambiguïté."

Le 17 janvier, alors que le ministre nie toujours en bloc les faits, Michel Gonelle, avocat et ancien maire RPR de Villeneuve-sur-Lot, admet enfin être le détenteur de l'enregistrement et annonce qu'il l'a remis à la police. 

Acte III : la démission de Cahuzac et la réaffirmation de son innocence

Mardi 19 mars, le parquet de Paris ouvre une information judiciaire contre X pour blanchiment et fraude fiscale. Tandis que la côte de popularité du président François Hollande est en chute libre, le ministre du budget Cahuzac décide de quitter le gouvernement, officiellement de sa propre initiative. Dans un communiqué, il persiste et signe, affirmant que cette démission ne "change rien à [son] innocence ni au caractère calomniateur des accusations lancées" contre lui. De son côté, la rédaction de Mediapart se félicite enfin d'être prise au sérieux, du point de vue de la justice mais aussi de l'opinion publique ; le site prouve enfin que, quelle que soit la couleur politique du gouvernement, il entend faire son travail avec la même impartialité.

 

Acte IV : l'aveu final de Cahuzac

Quelques dix jours après, le 2 avril, c'est la fin : Jérôme Cahuzac avoue tout. Le Canard Enchaîné, à paraître le lendemain, explique que Jérôme Cahuzac a indiqué aux juges qu'il avait bien possédé un compte en Suisse, transféré à Singapour, et dans lequel se trouvent environ 600 000 €. Dans l'après-midi, l'ancien ministre confirme cette info en publiant sur son blog un billet dans lequel il reconnaît tous les faits :
"Par lettre du 26 mars 2013, j’ai demandé à Messieurs les juges d’instruction Roger Le Loire et Renaud Van Ruymbeke de bien vouloir me recevoir afin que, délivré des obligations de ma fonction, je puisse enfin donner les explications qui s’imposent au regard de la détention à l’étranger d’un compte bancaire dont je suis le bénéficiaire depuis une vingtaine d’années. J’ai rencontré les deux juges aujourd’hui. Je leur ai confirmé l’existence de ce compte et je les ai informés de ce que j’avais d’ores et déjà donné les instructions nécessaires pour que l’intégralité des actifs déposés sur ce compte, qui n’a pas été abondé depuis une douzaine d’années, soit environ 600.000 €, soient rapatriés sur mon compte bancaire à Paris. A Monsieur le Président de la République, au Premier Ministre, à mes anciens collègues du gouvernement, je demande pardon du dommage que je leur ai causé. A mes collègues parlementaires, à mes électeurs, aux Françaises et aux Français j’exprime mes sincères et plus profonds regrets. Je pense aussi à mes collaborateurs, à mes amis et à ma famille que j’ai tant déçus. J’ai mené une lutte intérieure taraudante pour tenter de résoudre le conflit entre le devoir de vérité auquel j’ai manqué et le souci de remplir les missions qui m’ont été confiées et notamment la dernière que je n’ai pu mener à bien. J’ai été pris dans une spirale du mensonge et m’y suis fourvoyé. Je suis dévasté par le remords. Penser que je pourrais éviter d’affronter un passé que je voulais considérer comme révolu était une faute inqualifiable. J’affronterai désormais cette réalité en toute transparence."

A peine quelques minutes plus tard, Cahuzac est donc mis en examen pour blanchiment de fraude fiscale. C'est la fin du parcours pour l'ex-ministre, qui depuis, selon des proches, reste enfermé chez des amis, craignant toute sortie et ne fait qu'envoyer des centaines d'SMS à son entourage, demandant pardon. Ainsi, la gauche et le gouvernement en prennent un coup, depuis qu'ils avaient choisi de suivre M. Cahuzac dans ses dénégations. La réaction de colère la plus poignante demeure celle de Gérard Filoche, syndicaliste de gauche "depuis 20 ans" et Secrétaire national au PS, qui a la gorge serrée de rage face à ce scandale :


Acte V : la réaction d'Hollande à la télé et la débandade de la gauche

L'UMP, aussi friande que le FN sur ce scandale Cahuzac, demande tout haut ce que tous se demandent tout bas : que savait François Hollande ? Et son premier Ministre ?

 

Le Président François Hollande, face à cette débandade au sein de son gouvernement, n'a pas pu rester muet bien longtemps. Le Président de la République a donc enregistré une allocution à la suite des aveux de Jérôme Cahuzac. Hollande y déclare fermement que son ex-ministre a commis une faute "impardonnable", promettant dans son discours une série de mesures et niant avoir été au courant de l’existence du compte suisse.



Pourtant Mediapart enfonce le clou sur le cas Hollande ; le site affirme clairement que le Président savait... En effet, la source de Mediapart, Michel Gonelle, confirme avoir appelé l'Élysée, le 15 décembre, afin d"'assurer le président et ses collaborateurs de l'authenticité de l'enregistrement". Il affirme avoir hélas obtenu pour seule réponse un communiqué de la présidence de la République, précisant que s'il détient des éléments, "il n'a qu'à les transmettre à la justice". Or, à ce moment-là, il n'y avait pas d'enquête ouverte. Hier matin, Michel Gonelle affirmait encore sur i>Télé : "Je suis fondé à penser que le président de la République connaissait précisément l'origine de cette affaire dès le 15 décembre."

Pire encore, même Pierre Moscovici, ministre de l'Economie et des Finances, semble tremper dans l'affaire. Dans une interview du journaliste Fabrice Arfi sur RMC mercredi 03 avril au matin, le journaliste affirme le ministre de l’Economie aurait "utilisé les moyens de l’Etat à des fins personnelles pour tenter de blanchir un copain, alors que la justice enquêtait déjà. Ça, c’est Pierre Moscovici lui-même qui l’a reconnu. Il a dit qu’il avait demandé à l’administration fiscale et a dit "la réponse de la Suisse me permet de dire que je n’ai pas de doute et que ce doute que je n’avais pas n’est pas ébranlé". De son côté, Moscovici affirme avoir péché par excès de confiance :" Il n'y a eu aucune complaisance, aucune volonté d'entraver la justice, aucune volonté de couvrir ou de blanchir. Il y a eu la confiance, avec des questions et à chaque fois, les réponses que faisait cet homme."

Alors qu'en temps de gouvernance UMP sous Nicolas Sarkozy, lors du scandale autour d'Éric Woerth, le même Cahuzac appelait à la dissolution du gouvernement (voir la vidéo à partir de 2 minutes), que va donc faire la gauche pour sauver son honneur et se dépêtrer du scandale Cahuzac, devenu une véritable affaire d'état ?


 

Conclusion : une victoire du journalisme indépendant

Au final, c'est surtout le site Mediapart qui ressort glorieux de cette affaire ; eux qui ont vu toutes leurs révélations remises en cause apprécient dorénavant un retour en grâce.

Enfin, ce matin vendredi 5 avril sur France Inter, le journaliste de La Croix, Antoine Peillon, auteur de Ces 600 milliards qui manquent à la France (Seuil), invité sur la Matinale de Patrick Cohen a commenté en ces termes le compte caché de Jérôme Cahuzac et la fraude fiscale en général : "Il y a visiblement une volonté politique (...) entravée par l'administration. Je désigne le Renseignement intérieur qui, sur certains points, ne transmet pas les informations dont il dispose. (...) Il est de notoriété publique qu'à Bercy, les fonctionnaires ne travaillent pas forcément au régime de récupération de ce qui est la fraude fiscale. (...) La volonté politique est évidente depuis un an, en revanche le résultat pour l'instant est très moyen..."

 


Puis, interrogé sur le compte "dormant" de Cahuzac en particulier, Antoine Peillon a mis en cause l'ignorance qu'il y ait pu avoir autour de l'existence de ce compte : "Dormant ? Pour 600 000 €, UBS se serait donné tout ce mal, aurait exporté de Genève à Singapour ce modeste tout petit pécule..? C'est une blague." Pour "bichonner" un compte de 600 000 € à ce point, a-t-il ajouté au micro de Patrick Cohen, "avec une ingénierie financière très très lourde, ça n'est pas crédible. Vous savez, quand on a un conseiller financier à Paris, une banque conseillère financière à Genève, la banque Reyl, une banque UBS - que je connais bien - à Genève et qui ensuite gère vos affaires à Singapour... ça représente beaucoup de frais, ça représente beaucoup d'activités, beaucoup d'ingénierie... Cela ne se fait pas pour 600 000 €, le ticket d'entrée pour ce genre d'activité c'est 10 millions d'euros en général. C'est ce que j'ai pu constater lors de mon enquête, c'est confirmé par toutes les sources sérieuses qui connaissent ce sujet ; on n'est pas du tout dans l'ordre de grandeur crédible pour que Jérôme Cahuzac ait pu bénéficier de tous ces services..."'

Ce qui est certain, c'est l'ambiance de dégoût qui désormais plane sur la politique française en général. Audrey Pulvar parle, elle, de "cocufiage de la gauche" :

 

Affaire à suivre...


 

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