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Isabelle Boinot, une illustratrice libérée

Isabelle

Illustratrice, Isabelle Boinot vient de publier un petit livre de recettes tout en croquis. Rencontre avec cette artiste à l'univers étrange et coloré.

Chez Isabelle, ce n'est pas très grand. On entre dans un petite pièce, on monte sur une petite mezzanine, on s'assoit à une petite table. Un peu partout, toutes sortes d'objets renforcent cette impression de maison en miniature : des figurines, des cartes, des dessins, des bouts de tissus ou d'emballages imprimés qui eux-mêmes recouvrent d'autres objets. La maison d'Isabelle donne l'impression d'être dans l'un de ses carnets de voyages, comme ceux qu'elle a publié sur l'Italie ou le Japon, et dans lesquels elle crayonne, griffonne, colle tout ce qui se trouve sur son passage. Comme elle vient de sortir un petit livre de cuisine illustré et que c'est l'heure du goûter, elle nous a préparé l'une de ses recettes, un cake au thé vert Matcha. "C'était pour vous montrer que mes recettes sont bien réalisables !". Miam.

Ces Recettes à emporter, c'est le 7ème livre qu'elle publie. Mais c'est le premier qui parle exclusivement de cuisine. "Pour une fois, ce livre rentrera dans un rayon bien précis d'une librairie. D'habitude, on se sait jamais vraiment dans quelle catégorie me classer", dit-elle amusée. Isabelle n'aime pas trop qu'on la mette dans des cases - ou plutôt se mettre elle-même dans des cases. "J'aurais trop peur de m'ennuyer à faire tous les jours la même chose. Si j'ai fait ce livre de cuisine par exemple, c'est parce j'avais l'habitude de dessiner à la va-vite mes recettes sur des bouts de papier. Mes amis m'ont dit : "Fais-en un bouquin !" Oui, parce que cette jolie brune de 35 ans n'est pas seulement une bonne cuisinière et l'auteur de petits livres, elle est aussi une artiste qui expose dans de nombreuses galeries d'Europe et au Japon, illustratrice de presse et professeur de dessin. Rien que ça. "Bien sûr, c'est génial d'avoir cette liberté de création, mais c'est aussi un choix de carrière qui demande énormément d'énergie."

Son diplôme de l'école des Beaux-arts d’Angoulême (E.E.S.A.T.I) en poche, elle quitte sa ville natale et débarque à Paris en 1999, avec une idée en tête : faire de l'illustration jeunesse. Mais le désenchantement est rapide : "Je me suis rendue compte que c'était un petit milieu cloisonné. Au fil de mes rencontres, j'ai abandonné cette idée." En 2004, elle et ses amis artistes montent alors un projet collectif qui répond à leurs attentes communes : Frederic Magazine, un site internet qui présente les travaux d'artistes de tous horizons et dont la bande apprécie le travail. Rapidement, Frederic Magazine devient un livre - 3 sont parus à ce jour - qui se prolonge à travers des expositions un peu partout dans le monde.

De son côté, Isabelle rassemble son travail dans des petits livres. Le premier, Samantha, fut publié en 2004 aux éditions En Marge. Naîtrons ensuite Montre Tout (collection Cahiers de dessin contemporain), Sumimasen (Carnet de voyage/Japon), Prego (Carnet de voyage/Italie), L’Abc des Stars et enfin Mes recettes à Emporter. Commencèrent aussi les collaborations d'Isabelle avec la presse : elle publie régulièrement des illustrations dans Les Inrockuptibles, XXI, Le Tigre ou Mouvement. Elle a aussi accepté de dessiner pour une marque de tee-shirts suédoise. "Mais j'ai aussi refusé par mal de projets dans ce genre". Il lui est primordial de rester en accord avec le support pour lequel elle travaille : "Au même titre que je ne me voyais pas dessiner pour certaines marques de vêtements, je ne me vois vraiment pas vendre mes dessins à de grandes entreprises. Faire de la pub, ça reviendrait à vendre une partie de moi-même."
 

Définitivement, Isabelle reste donc une des ces artistes inclassables, qui peuvent parfois déranger en France."Mais je comprends pas, vous faites quoi exactement ? ", a-t-elle souvent pu entendre. "Se définir comme une illustratrice ne suffit pas. Il faut ajouter que l'on est illustratrice pour enfants, de BD, de presse... Bref, un électron libre, ça reste souvent incompris ici !" C'est à l'étranger, et particulièrement au Japon, qu'elle a pu prendre conscience d'un tel décalage entre les pays dans la perception du travail des artistes. Le Japon, ça lui parle. A tel point qu'elle compte y retourner dans les semaines qui viennent pour la 5ème fois, avec plusieurs projets artistiques en tête. "Au Japon, les gens sont moins choqués par l'image. Ici, on a souvent qualifié mes dessins d'anxiogènes. Là-bas, je me sens plus libre. Et à chaque fois, je reviens avec des images plein la tête."

Alors en attendant de retourner s'abreuver de curiosités jap', elle écume les vide-greniers à Paris dans le but de tomber sur un objet qui la touchera :"J'aime bien les objets qui font peur, comme les poupées sans yeux." Et finalement, au bout de deux heures, on se dit qu'on comprend un peu mieux qui sont les personnages que dessine Isabelle : des gens libres. Libres de ne pas être beaux, libres de se balader dans des livres sans but précis. Libres d'exister, tout simplement.

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Marine Benoit
Inread
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