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Génération No Capote ?

No capote

A force d'entendre nos copines culpabiliser parce qu'elles ne se sont pas protégées avec leur dernière conquête, on s'est demandées pourquoi le préservatif était de plus en plus mis au tiroir ces dernières années. Témoignages et décryptage d'experts.

En 2010, les résultats de l'enquête KABP (Knowledge, Attitudes, Beliefs and Practices 6ème édition, l’enquête ayant déjà été réalisée en 1992, 1994, 1998, 2001 et 2004) révèlent un recul des connaissances des 18-30 ans sur les maladies sexuellement transmissibles ainsi qu'un éloignement du VIH de leurs préoccupations (voir l'enquête). En bref, les jeunes se protègent de moins en moins. Mais pourquoi ?

Parce que le sida fait moins peur
Ces dernières années, on constate en effet une pause dans le recours au préservatif. "Cette phase concorde avec l'arrivée de la trithérapie. Les jeunes se disent tout simplement qu'on ne meurt plus du sida", explique Janine Mossuz-Lavau, sociologue au Centre de Recherches Politiques de Science-Po (CEVIPOF) spécialiste de la sexualité. "Si le préservatif est a priori utilisé par de nouveaux partenaires lors de leur premier rapport sexuel, il l'abandonnent rapidement sans pour autant passer par l'étape dépistage." Une première précaution qui s'avère donc totalement inutile.

Pour Vincent Vidal, journaliste indépendant et auteur de plusieurs ouvrages sur le préservatif, "on ne communique plus suffisamment sur la question. A Paris par exemple, la mairie se contente d'une campagne de prévention seulement l'été venu. Elle devrait faire ça toute l'année. Parallèlement, quand on parle de sida aujourd'hui, c'est surtout pour dire que la recherche avance." Un optimisme qui dédramatise malheureusement le VIH.

Valentine, 21 ans.
"Mettre un préservatif, c’est un truc évident quand on commence sa vie sexuelle, et j’ai l’impression que ça le devient beaucoup moins après. On se souvient tous de nos potes de classe de 15 ans qui étaient tout fiers d’avoir un Durex dans leur portefeuille. Mais force est de constater que la donne a changé. Toutes les fois où j’ai eu des rapports avec des mecs, c’est moi qui ai demandé à ce qu’il mette un préservatif. Je crois qu’on peut dire que c’est un geste qui devait être plutôt naturel dans les années 1990 et 2000, mais qui est en train de vraiment s’affaiblir. Il y a une sorte de phrase bateau qui revient souvent : "Non mais t’inquiètes, c’est sûr j’ai rien". Mouais. Le pire, c’est qu’il arrive qu’on se dise qu’après tout, c’est sûrement vrai. Je n’ai pas envie de dire que c’est la faute du mec qui fait pression, parce que finalement, s’il est arrivé que je ne me protège pas, c’est aussi parce que j’ai fini par dire oui, par facilité. Tout ce que ça m’a apporté, c’est une bonne dose d’angoisse avant l’ouverture de mes résultats de test VIH. Et puis il y a aussi un deuxième truc, plus sournois, qui se produit quelques fois. Quand je me mets "sérieusement" avec un garçon, on se protège toujours au début. Et puis, petit à petit, le préservatif devient de plus en plus gênant. Je pense qu’on a beaucoup plus tendance à vouloir s’en passer quand on est avec quelqu’un qu’on connait vraiment bien, parce qu’on se dit qu’on ne court plus vraiment de risques. Ce qui n’est pourtant pas toujours le cas."

 

Olivia, 25 ans.
"Ces deux dernières années, après une relation de trois ans, j'ai eu plusieurs aventures plus ou moins longues. Sur quatre mecs, trois ne mettaient pas de préservatifs lors de nos rapports sexuels, même le premier soir. Ce n'est pas faute d'avoir proposé, mais je ne voulais pas non plus insister par peur de casser l'ambiance. L'un m'a dit : "Je déteste les capotes. Mais ne t'inquiète pas, je suis clean". L'autre l'enlevait pendant qu'on faisait l'amour parce qu'il trouvait ça désagréable, et le troisième avait clairement un blocage avec. Pendant notre première nuit ensemble, dès que j'ai attrapé le préservatif dans son emballage, il a perdu ses moyens. Du coup, on a fait sans... Je sais que c'est nul. Le pire, c'est qu'en deux ans, je n'ai fait qu'un seul dépistage. En réalité, j'ai peut-être moi-même un blocage avec les préservatifs. Et je suis sûrement totalement irresponsable."


Parce qu'on ne veut pas "casser l'ambiance"
Indéniablement, dans un monde où l'on nous inonde d'images qui font à la fois office de baromètre de glamour et de normalité, le préservatif trouve rarement sa place. Dans la scène d'amour torride du dernier film qu'on a vu au ciné, le pénible moment du déballage de préservatif  a comme qui dirait été coupé au montage. De manière plus extrême, l'industrie de la pornographie a totalement occulté la capote. "Depuis plusieurs années, les jeunes ont une image de la sexualité basée sur la performance. Les femmes doivent être épilées intégralement sinon elles sont sales, les hommes doivent bander pendant des heures sinon ils sont des losers. Cette "génération internet" voit presque le sexe comme un challenge dont le préservatif est un facteur d'échec", explique Vincent Vidal. Résultat, les fausses excuses ont la part belle : "Je me sens serré dedans", "Il n'en existe pas à ma taille", "Si tu veux mettre une capote, c'est que tu ne me fais pas confiance", "Je trouve ça tellement désagréable"... "Il est incroyable qu'on puisse encore sortir des aberrations pareilles, s'offusque Vincent Vidal. Il existe des marques de préservatifs qui font 55 tailles différentes et dont la membrane est tellement fine qu'il est quasi impossible de déterminer au toucher si capote il y a ou non ! Arrêtons les excuses".

Julie, 28 ans.
"Il y a deux ans, je me suis séparée de mon mec pendant plusieurs mois. Un soir, je suis rentrée chez moi avec un garçon qui me draguait depuis pas mal de temps. Avant qu'il ne se passe quoi que ce soit de plus que nos baisers, on a discuté sur mon canapé. A un moment, il m'a sorti un truc aberrant : "Moi le préservatif, je suis contre". J'ai trouvé ça vraiment bête et puéril, d'autant plus qu'il semblait catégorique. Déjà que je n'avais pas vraiment envie de coucher avec lui ce soir-là, ça m'a totalement refroidie. Je lui ai gentiment fait comprendre qu'il fallait qu'il rentre chez lui, et qu'il ne se passerait jamais rien entre nous."

 

Fadoua, 31 ans.
"La capote et moi, ça n’a jamais été une grande histoire d’amour. La sortir au moment où c’est chaud-bouillant – et je ne parle pas des mecs à qui ça coupe tout- j’ai toujours trouvé ça anti-sexe. Et je n’aime pas non plus le contact du Latex, je trouve que ça couine. Il a pourtant bien fallu s’y mettre, comme tout le monde, et à chaque fois, je me dis que ce n’est pas la mer à boire, et que je me sens quand même mieux après. Mais bon, ce n’est pas franchement un systématisme, et plus je vieillis, plus je suis amoureuse, moins ça l’est. Et j’en suis pas fière, croyez-le."


Parce que l'on pense que l'habit fait le moine
Couleur de peau, apparence soignée, niveau de vie... Aujourd'hui, on remarque que de nombreux jeunes accordent leur confiance au faciès. "Il y a quelques années, une étude avait été réalisée par des sociologues belges, raconte Janine Mossuz-Lavau. "Depuis la pandémie de sida, avez-vous changé vos habitudes sexuelles ?" était l'une des questions posées aux sujets. Je me souviens que l'un d'entre eux a répondu : "Je ne fais plus l'amour avec des filles maigres et avec des boutons". Beaucoup de femmes avaient, elles, répondu : "Je ne fais l'amour qu'avec des garçons qui ont l'air sain."On réalise que les raccourcis et les clichés ont la dent dure."

Sarah, 26 ans.
"Je suis assez stressée par le fait de ne pas me protéger. Peur des MST, de tomber enceinte... Récemment, j'ai rencontré un mec en soirée. Avant qu'il ne se passe quoi que ce soit, on s'est vus plusieurs fois, toujours en société. Finalement, un soir un peu arrosé, on a fini par rentrer ensemble, chez lui. Au moment de passer à l'action, il m'annonce qu'il n'a pas de préservatif. Je lui dit alors qu'on ne peut pas faire l'amour sans. Sur le coup, il a eu l'air agacé, puis il a essayé de me convaincre que c'était pas un problème, tout en me caressant et en me demandant de me détendre. Je n'ai pas cédé. J'ai finalement dormi chez lui mais la nuit a été assez froide. Je suis repartie tôt le lendemain sans jamais avoir de nouvelles par la suite. Je me demanderai toujours si c'est cette histoire de capote qui a fait retomber notre flirt comme un soufflet..."


Parce qu'on oublie qu'il n'y pas non plus que le Sida
Les maladies sexuellement transmissibles, il en existe un bon petit paquet : herpès génital, chlamydiae, papillomavirus... Elles ne sont forcément pas mortelles, certes, mais peuvent entraîner de graves complications. Et ça, on a aussi tendance à l'oublier. "Sans parler de la grossesse... Je connais un pharmacien qui travaille dans le 10ème arrondissement de Paris. L'autre jour, il me racontait que chaque dimanche matin, il vendait en moyenne 8 pilules du lendemain à des jeunes filles mineures. Ca prouve que les jeunes on pris de très, très mauvaises habitudes... Je n'ai qu'un conseil à donner : osez le préservatif et faites-en un complice", conclut Vincent Vidal.

Merci à Janine Mossuz-Lavau, directrice de recherche au CEVIPOV et auteur de Guerre des sexes : stop !, éditions Flammarion, 12€ et à Vincent Vidal, journaliste indépendant et auteur d'Osez le préservatif, éditions La Musardine, 7€.

Plus d'informations sur les sites du CRIPS (Centre Régional d'Information et de Prévention du Sida), du Sida Info Service et du Kiosque.

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Marine Benoit
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