• covfefe-GLAM-snippet-LVV

Actuellement en kiosque !

GL cover mag Septembre 2017 header maxi Alt 2

Edition papier

Découvrir

Edition numérique

Découvrir
Inboard

Éclairage : que se passe-t-il en Centrafrique ?

Éclairage : que se passe-t-il en Centrafrique ?

Depuis plusieurs mois, la situation en Centrafrique est catastrophique. Tandis que crimes, viols et bafouages des droits humains sont perpétrés au quotidien, la France a envoyé ses troupes le 5 décembre. Mais vous comprenez pourquoi ?

 24 mars 2012 : le putsch de Michel Djotodia et sa bande

En mars 2013, après des mois de pression, les rebelles d'une coalition de groupes armés appelée Séléka prennent en un éclair le pouvoir par les armes à Bangui, la capitale de la République centrafricaine, avec pour argument l'incapacité du président François Bozizé à faire régner la sécurité dans le pays. Pour rappel, la Séléka - "coalition" en sango - est une coalition à coloration religieuse musulmane, constituée de partis politiques et de forces rebelles centrafricains opposés au président Bozizé, fondée en août 2012. Un homme à leur tête, Michel Djotodia, se présente alors comme le nouvel homme fort de la Centrafrique, promettant un monde meilleur à ce pays de 4,6 millions d’habitants où 80% de la population est chrétienne. La Centrafrique a une lourde histoire d’atteintes aux droits humains commis par les gouvernements successifs et par des groupes armés qui, pour la plupart, n’ont jamais fait l’objet d’enquêtes.

Depuis, la situation ne s'est hélas pas améliorée : presque 500.000 personnes chassées de chez elles, des villages détruits, plus d’un million d’hommes, de femmes et d’enfants affamés, des milliers de cas de sévices, viols, exécutions et des centaines d’enfants recrutés pour combattre montrent que le nouveau président du pays, Michel Djotodia, ne fait pas mieux que son prédécesseur. À Bangui, la capitale du pays, la terreur de la Séléka règne et il n'y a ni eau, ni électricité pour la population. Dans les rues, l'odeur nauséabonde des cadavres de civils et miliciens rend l'atmosphère irrespirable et insoutenable.

L'incapacité du nouveau gouvernement à instaurer paix et sécurité

Depuis leur coup d'Etat, les chefs du gouvernement ont échoué à faire mieux que leurs prédécesseurs. Le Premier ministre, Nicolas Tiangaye, et le chef de l’Etat autoproclamé, Michel Djotodia, totalement dépassés par les événements, ont demandé alors l’aide de Paris car depuis la chute de François Bozizé à laquelle ils ont directement contribué, ils n’ont plus aucun contrôle sur leurs hommes - la Séléka, donc -, qui sèment la terreur dans les quartiers. Ainsi, la situation du pays est totalement anarchique.

Crédit photo : SIA KAMBOU / AFP
Beaucoup se doutaient que les rebelles de la Séléka n'avaient pas de réelle vision pour le pays et que leur objectif était uniquement de renverser François Bozizé. Pourtant, Michel Djotodia, face aux vives altercations qui ont notamment au lieu le 14 avril 2013, accusait des partisans de l'ancien régime d'actes de sabotage (viols, pillages, etc.) et dénonçait les "nostalgiques de l'ère Bozizé, à qui des armes ont été distribuées et qui ont assassiné des hommes de la Séléka". Il est même allé jusqu'à affirmer, sur les ondes de la radio nationale du pays, que le chaos dans lequel le pays était plongé était dû à "(…) un groupe d'individus, les quelques rares qui tiraient profit de cette période, qui sont acquis à Bozizé, qui veulent pousser les Centrafricains à la guerre civile pour qu'ils s'entretuent. Mais les Centrafricains n'en veulent plus et ils ne sont pas prêts de s'entredéchirer."


Or, une autre raison peut être plus franchement invoquée à ces violences et débordements : la rébellion de la Séléka était déjà corrompue dès le départ, car presqu’essentiellement constituée de voyous incontrôlables. En septembre 2013, Djotodia est ainsi obligé d'annoncer la dissolution de la Séléka, mais la plupart de ses membres refuseront d'ailleurs de se désarmer. Les Anti-balaka, - "anti-machettes" en sango - alors apparaîssent ; c'est entre ces milices d'auto-défense chrétienne munis de fusils de chasse, de machettes, parfois de Kalachnikov et de mortiers et les ex-rebelles de la Séléka que les affrontements sont les plus virulents, à base de règlements de comptes et vengeances en tous genres. En attendant, tandis que Washington a qualifié la situation actuelle de "pré-génocidaire" , François Hollande lui-même a fini par tirer la sonnette d’alarme et proposer l'envoi de troupes en Centrafrique pour aider les autorités à rétablir l’ordre.

Le 24 septembre dernier à New York, en ouvrant les travaux de la 68ème Assemblée générale des Nations unies, le secrétaire général Ban Ki-Moon a adressé un véritable SOS à l’attention de la communauté internationale face au chaos dans lequel est engluée la Centrafrique depuis la prise du pouvoir par l’ex-coalition des rebelles. Mais, comme l'a concédé Ban Ki-Moon lui-même, les appels à l'aide ne se sont soldés que par des "contributions désespérément insuffisantes".

Depuis, les combats sont sanglants des deux côtés, que ce soit les rebelles de l'ex-Séléka ou les ripostes des troupes des Anti-balaka, qui ont notamment massacré quelques 80 musulmans dans une mosquée le 5 décembre, pendant que l'ONU était justement en pourparlers. (photo ci-dessous)

massacre de musulmans en centrafrique

Le soutien militaire de la France

Ainsi, l'appel au secours à la France et à la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC) des nouvelles autorités n'est pas sans ironie. Et il faudra attendre plusieurs mois pour que le Conseil de sécurité de l’ONU autorise, le jeudi 5 décembre dernier, une intervention militaire française en République centrafricaine. Pourtant, la France, en mars dernier, avait refusé d'intervenir en Centrafrique au moment où, désespéré par la venue de la Séléka, le président François Bozizé l’appelait au secours. Pourquoi intervenir maintenant ?  Plusieurs raisons sont évoquées :

- La peur d'un drame comme le génocide rwandais. La France sait, depuis, qu'elle ne peut pas rester les bras croisés en ignorant ce qu'il se passe dans ses anciennes colonies.

- Les intérêts économiques qu'entretient la France avec les pays frontaliers, le Cameroun, le Tchad et le Congo. Ces pays seraient donc à défendre en amont, et le chaos à maîtriser avant qu'il ne dépasse les frontières de la Centrafrique.

- La France veut s'imposer comme un acteur majeur face à la communauté internationale, forte de sa victoire sur les djihadistes du Nord-Mali. C'est le moment opportun d'ouvrir un autre front dans un pays africain qui, depuis près de huit mois, peine à reprendre le contrôle, dans la quasi-indifférence de la sous-région et de l’Union africaine (UA)… Hélas.

Rappelons aussi qu'officiellement, la France envoie des forces pour appuyer la Misca (Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine), mission de maintien de la paix décidée le 5 décembre 2013 par le Conseil de sécurité des Nations unies via la résolution 2127 demandée par la France, qui succède à la mission de consolidation de la paix en Centrafrique (MICOPAX). La Misca, notamment constituée de contingents tchadiens, camerounais et gabonais, compte environ 3000 hommes et doit prendre, à terme, le relais des forces françaises pour maintenir la stabilité et la sécurité dans le pays. Et surtout, empêcher la "vengeance" de la population chrétienne, excédée par les rebelles de l'ex-Séléka, qui s'en prend désormais à tous les Musulmans et leurs lieux de cultes, sans distinction.

FRED DUFOUR / AFP

L'opération Sangaris

L'opération Sangaris, menée par les troupes de l'armée française, est donc entamée depuis le 5 décembre 2013. L'opération tire son nom d'un papillon rouge, le sangaris, qui vit dans ce pays plongé dans le chaos. La mission des soldats français, commandés par le général Francisco Soriano, sera d’épauler la force africaine Misca déjà présente sur place. Cinq jours à peine après le début de l’opération Sangaris en République centrafricaine, deux soldats français, âgés de 22 et 23 ans, ont été tués dans la nuit du 9 au 10 décembre lors d’un échange de tirs à Bangui, à proximité de l’aéroport. Un hommage leur sera rendu à Paris lundi prochain, aux Invalides, en présence de François Hollande pour honorer le cortège funèbre.

Ces deux premières victimes françaises du chaos centrafricain viennent s’ajouter à la liste des quelques 400 morts enregistrés ces derniers jours dans la capitale seulement. L'armée française compte 1600 soldats mobilisés pour désarmer les rebelles et reprendre le contrôle de la situation. Dans le quartier Combattants, qui commence juste à la sortie de l'aéroport M'Poko de Bangui, les Français ont affronté à plusieurs occasions des hommes armés, qui opposaient une grande résistance. Malheureusement, les opérations de désarmement de l'ex-Séléka par les soldats français crée aussi un cercle vicieux d'autres violences : ces derniers sont suivis dans leurs opérations par la foule non-musulmane très hostile aux ex-Séléka, qui se jette sur les Musulmans désarmés dès que les soldats s'éloignent, pour les lyncher à mort, enfonçant un peu plus le pays dans le chaos et l'anarchie.

.

Interrogée sur RTL, Ségolène Royal a marqué son soutien à l'intervention en Centrafrique. "Nous avons une histoire commune avec ce pays, parfois pas toujours glorieuse, nous avons une responsabilité", a justifié la présidente du conseil régional de Poitou-Charentes. Le président François Hollande a de son côté réaffirmé ses objectifs le 7 décembre dernier, au terme du sommet de l’Elysée consacré à la paix et à la sécurité en Afrique. S’exprimant sur la situation en Centrafrique, il a clairement déclaré : "On ne peut pas laisser en place un président qui n'a rien pu faire, voire même a laissé faire, et (...) l'idée est d'aller le plus vite à des élections."

Le témoignage d'un reporter

L'un des reporters de TF1, Pierre Grange, raconte son quotidien en Centrafrique, avec à ses côtés Jean-François Monnet, journaliste reporter d'images. Habitué à de nombreux conflits, Grange explique cependant que : "Ce conflit est très particulier car on peut suivre tous les belligérants, que ce soit les Séléka ou les milices chrétiennes d'auto-défense, qui acceptent notre présence et de nous parler", explique-t-il. Mardi dernier, lui et son JRI se sont retrouvés au centre d'un échange de tirs. "Quand on essuie des tirs, la première chose est de rester très concentré pour déterminer d'où ils viennent et ainsi savoir où se protéger". Mais plus que les balles perdues, ces derniers redoutent surtout le lynchage : "D'ailleurs plus les jours passent, plus il devient difficile d'aller dans les zones majoritairement habitées par les [civils] Musulmans, hostiles à l'intervention française", précise-t-il. Mardi, lui et Jean-François Monnet ont ainsi été pris à partie par des habitants musulmans qui les ont contraints à fuir les lieux où ils travaillaient.
-->Plus d'infos sur LCI.TF1.fr

En attendant, la tension est subitement retombée mercredi 12 décembre à Bangui après des journées sanguinaires marquées par des pillages, des lynchages et des appels à la haine entre les Chrétiens et les Musulmans. L'armée française a continué son méthodique et délicat désarmement des groupes armés.

Un bilan humain catastrophique

On dénombre environ 110 000 déplacés fuyant les violences vivant dans des camps, à Bangui, dans conditions de vie très précaires et 500 000 dans tout le pays. Certains habitants de la capitale dorment à même le sol des pistes de l'aéroport, lieu hautement stratégique protégé par l'armée française, afin d'être plus proches des soldats, un peu plus en sécurité. Les ONG affirment qu'il y aurait au moins 40 000 Chrétiens réfugiés là.

Quel avenir pour ce conflit ?

Certains spécialistes, comme Raoul Mbog, journaliste spécialiste de l'Afrique centrale pour Slate Afrique, affirment que l'attitude de l'actuel président Djotodia ne fait que renforcer le souhait du retour du président destitué François Bozizé ; non seulement à cause de la rage de la population envers les rebelles de l'ex-Séléka et leurs actes cruels et sanguinaires, mais aussi parce que les déclarations de François Hollande offre un avenir plus qu'incertain à Djotodia.
Au demeurant, l'opération Sangaris est loin d'être terminée : hier matin,  jeudi 12 décembre, l'ex-ministre UMP de la Défense Gérard Longuet a tempéré les espoirs d'une intervention "courte de 4 à 6 mois" idéalisée par l'actuel ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian. À l'antenne d' I>TELE, il a estimé pour sa part que la mission française en Centrafrique durera "au moins un an" et a rappelé, à titre de comparaison, que la France "est depuis 20 ans au Tchad"... Et n'est toujours pas sortie du Mali. "Le président Hollande devrait dire très simplement qu'on est là pour une mission et que tant que la mission n'est pas accomplie, on restera", a-t-il déclaré.

Veuillez installer Flash Player pour lire la vidéo


Vendredi 13 décembre : la situation s'aggrave

Jean-Yves Le Drian, le ministre français de la Défense, est arrivé ce vendredi matin à Bangui. Il a estimé que la "spirale de l’affrontement s’est brutalement aggravée" en Centrafrique, qu'il qualifie de "pays à la dérive" entraînant un risque de "crise humanitaire" : "La spirale de l’affrontement s’est brutalement aggravée, ajoutant à la crise sécuritaire les prémices d’une crise humanitaire", a affirmé le ministre lors d’un discours devant 200 soldats français déployés dans le cadre de l’opération Sangaris. Enfin, avant de s’envoler vers Bossangoa en hélicoptère, où il doit rencontrer le président centrafricain Michel Djotodia, le ministre a clairement rappelé aux soldats les objectifs de leur mission : "Enrayer les exactions, les dérives confessionnelles, permettre le retour des humanitaires et le déploiement des structures étatiques de base".

 

LIRE LA SUITE
Bethsabée Krivoshey
Inread
Loginnn

Vous possédez un compte Glamour ? Gagnez du temps !

se connecter
Mme M.

JE SOUHAITE RECEVOIR

En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies pour disposer de services fonctionnels et d’offres adaptées à vos centres d’intérêt, dans le respect de notre politique de protection de votre vie privée. Cliquez ici pour en savoir plus.