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Génocide au Rwanda, 20 ans après : les victimes posent avec leurs anciens bourreaux

Génocide au Rwanda, 20 ans après : les victimes posent avec leurs anciens bourreaux

Comment créer une véritable réconciliation des peuples, alors que le Rwanda commémore aujourd'hui le génocide survenu en ses terres il y a 20 ans ? Le photographe Pieter Hugo a réuni, sur une même photo, anciens bourreaux et survivants du drame.

Le génocide au Rwanda a débuté le 7 avril 1994, se perpétrant jusqu'en juillet : près d'un million de morts chez les Tutsis dans ce terrible conflit entre le gouvernement rwandais des Hutus et le Front patriotique rwandais (FPR), principalement composés de Tutsis donc. Trois mois sanglants où les autorités rwandaises perdirent la guerre civile au profit du FPR, non sans avoir atteint leur objectif génocidaire de "liquider" les Tutsis. Comment reconstruire l'unité des peuples après un tel drame ? À but non lucratif, l"Association Modeste et Innocent" (AMI) a pour objectif de faire le lien entre les Hutus en quête de pardon et les survivants Tutsis, dévastés par la perte de leurs proches et la haine qu'ils ressentent envers leurs bourreaux.

Mais la paix se créé petit à petit, et à un niveau individuel d'abord ; ces Tutsis et Hutus, encadrés par l'association AMI, qui ont accepté de poser ensemble pour Pieter Hugo, font leur l'effort quotidien du pays à se réconcilier. Si le pardon est accordé, la famille des Hutus apporte des victuailles et ils célèbrent ensemble la réconciliation par des chants et des danses.

La série de photographies de Pieter Hugo illustre la réconciliation, réunissant sur un cliché ceux que le passé oppose. Exposées en grand format dans les rues de La Haye (avant d'être peut-être par la suite exposées dans des mémoriaux et églises du Rwanda) à l'occasion de la commémoration "Rwanda 20 ans" et commissionnées par Creative Court, une organisation artistique qui fait partie de la commémoration, ces photos explorent donc le thème du pardon.

Hugo explique que les relations entre Tutsis et Hutus variaient selon les photos : certains s'asseyaient ensemble et parlaient des histoires du village, tandis que d'autres ont à peine supporté d'être photographiés côte à côte. "Dans les photographies, la distance ou l'intimité que vous voyez est assez révélatrice," explique-t-il encore au New York Time Magazine. “Ces gens n'ont nulle part où aller - ils doivent faire la paix. (…) Le pardon ici n'est pas une sorte de bienveillance. C'est plutôt un instinct de survie", clarifie encore le photographe. À l'occasion de cette séance photo, les modèles photographiés témoignent de leur motivation et de leur sentiment lors de ce processus de paix à échelle humaine.

Ici, à gauche, Sinzikiramuka, l'auteur des crimes, s'explique (photo ci-dessous) : "Je lui ai demandé pardon car son frère a été tué en ma présence. Il m'a demandé pourquoi j'étais coupable, et je lui ai répondu que je le suis comme quelqu'un qui a été témoin du crime mais incapable de sauver la personne. C'était l'ordre des autorités. Je lui ai fait savoir où se trouvaient les meurtriers, et les meurtriers lui ont aussi demandé son pardon."
Karorero, le survivant, à droite, déclare de son côté : "Parfois la justice ne nous donne pas de réponse satisfaisante - les procès sont sujets à la corruption. Mais quant il s'agit de pardon volontaire, on est satisfait une bonne fois pour toute. Quand quelqu'un est plein de rage, il peut perdre la tête. Mais quand j'ai accordé le pardon, j'ai senti mon esprit en paix. "

Voici quelques autres photos que Pieter Hugo a prises lorsqu'il s'est rendu au sud du Rwanda :

Jean-Pierre Karenzi, auteur des crimes et Viviane Nyiramana, survivante

Jean-Pierre Karenzi : “Ma conscience n'était pas en paix, et quand j'ai voulu la voir j'avais extrêmement honte. Après avoir été sensibilisé sur les concepts d'unité et réconciliation, je suis allé chez elle et lui ai demandé son pardon. Puis j'ai serré sa main. Depuis, nous sommes en bons termes."

Viviane Nyiramana : “Il a tué mon père et trois de mes frères. Il a fait ces meurtres avec d'autres gens, mais il est venu me voir seul et a demandé mon pardon. Lui et un autre groupe de criminels qui avaient été en prison sont venus m'aider à construire une maison avec un toit. J'avais peur de lui - maintenant j'ai réussi à lui pardonner, les choses sont redevenues normales, et je sens mon esprit en paix."

Godefroid Mudaheranwa, auteur des crimes (à gauche) et Evasta Mukanyandwi, survivante

Juvenal Nzabamwita, auteur des crimes (à droite) et Cansilde Kampundu, survivante

Deogratias Habyarimana, auteur des crimes (à droite) et Cesarie Mukabutera, survivante

Dominique Ndahimana, auteur des crimes (à gauche) et Cansilde Munganyinka, survivante

Dominique Ndahimana : “Le jour où j'ai voulu demander pardon, je me suis senti apaisé et soulagé. J'avais perdu mon humanité à cause du crime que j'ai commis, mais maintenant je me sens comme n'importe quel autre être humain."

Cansilde Munganyinka : “Après que je me suis faite chasser de mon village et que Dominique et d'autres l'ont pillé, je suis devenue SDF et folle. Ensuite, quand il est venu demander mon pardon, je lui ai dit :"Je n'ai rien pour nourrir mes enfants. Vas-tu m'aider à éléver mes enfants ? Vas-tu construire une maison pour eux ?" La semaine d'après, Dominique est venu avec des survivants et des anciens prisonniers qui avaient perpétré le génocide. Ils étaient plus de 50, et ils ont construit ma maison de famille. Depuis, j'ai commencé à me sentir mieux. J'étais comme un bâton sec ; maintenant je sens la paix dans mon cœur, et je partage cette paix avec mes voisins."

--> Pour plus de photos et de témoignages, rendez-vous sur le site du New York Times Magazine.

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